Reportage – Dans l’effervescence de la Ticad VI à Nairobi

Par - Envoyé spécial à Nairobi

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, à l’issue de la Ticad V, à Yokohama, le 3 juin 2013. © toru yamanaka/AFP

La conférence internationale de Tokyo pour le développement en Afrique, 6ème du nom (Ticad VI), vient à peine d’ouvrir ses portes qu’elle s’annonce déjà comme un succès pour le Japon et pour ses partenaires africains réunis les 27 et 28 août à Nairobi. Reportage sur place et interview de Yasuhisa Kawamura, porte-parole et directeur-général de la communication du ministère des Affaires étrangères.

Signe de la volonté nippone de donner aux Africains eux-mêmes la propriété de ce processus de coopération et d’aide au développement lancé en 1993, c’est la première fois que l’événement est organisé en Afrique.

Pour l’occasion, plus de 1 300 Japonais ont fait le déplacement, à commencer par le Premier ministre, Shinzo Abe, arrivé dès le 26 août pour répondre à l’invitation de son homologue Kenyan, le Président Uhuru Kenyatta.

Les deux hommes se sont rencontrés tôt vendredi pour échanger sur le contenu des deux jours à venir, avant que le chef de gouvernement ne multiplie les rencontres bilatérales avec les responsables africains, à commencer par le Président guinéen Alpha Condé.

Shinzo Abe doit annoncer samedi les priorités, définies avec ses partenaires du continent, qu’il entend suivre d’ici à la Ticad VII, prévue pour se tenir au Japon en 2019, le rendez-vous étant désormais organisé depuis 2013 tous les trois ans contre cinq auparavant.

Au rang des succès que compte mettre en avant le Premier ministre japonais lors de cette Ticad VI, il y a la promesse tenue aux deux-tiers concernant les décaissements annoncés lors de l’édition précédente organisée en 2013 à Yokohama.

Selon le Ministère japonais des Affaires étrangères (MOFA), 21,5 milliards de dollars ont été investis dans les différents projets d’assistance lancés à travers le continent ces trois dernières années, sur les 32 milliards annoncés.

Autre signe encourageant, le secteur privé a tenu ses engagements financiers. Le fait qu’il se soit déplacé en nombre à Nairobi, avec près de 200 compagnies représentées, dont près d’une centaine exposant au salon professionnel mis en place la veille de la Ticad par l’Organisation japonais du commerce extérieur (Jetro), est perçu par les Japonais, et plus encore par les Africains, comme la confirmation de l’engagement sans précédent des entreprises nipponnes sur le continent.

À l’ouverture de la conférence, Yasuhisa Kawamura, porte-parole et directeur-général de la communication du ministère des Affaires étrangères du Japon a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Quelles sont selon vous les particularités du processus Ticad par rapport aux autres rendez-vous de ce genre ?

Yasuhisa Kawamura : La Ticad est un forum ouvert au monde entier pour développer les synergies qui peuvent contribuer au développement de l’Afrique. Parmi les caractéristiques propres au Ticad, il y a la volonté de permettre aux Africains de prendre possession par eux-mêmes du processus de coopération démarré depuis plus de deux décennies, dans le cadre de ce partenariat international. Nous prêtons ensuite une grande attention aux priorités identifiées par nos amis africains. Trois événements essentiels sont intervenus ces trois dernières années : l’augmentation des cours de matières premières, l’épidémie d’Ebola et enfin la propagation du radicalisme et du terrorisme qu’il est impératif de stopper. Ce sont les trois nouvelles exigences dont la contribution japonaise entend tenir compte lors de la Ticad VI.

Que retient le Japon de ces trois dernières années, qui ont séparé les Ticad V et VI ?

Qu’il est important pour l’Afrique de disposer d’infrastructures de qualité, dans les secteurs du transport, de l’énergie, de l’éducation ou encore de la santé, pour accompagner la croissance économique actuelle du continent. Plus précisément, si l’Afrique veut se renforcer, elle doit diversifier ses activités. Et nous devons contribuer à ce changement essentiel. C’est ce que le Premier ministre vient annoncer lors de son déplacement à Nairobi.

Avec le soutien du secteur privé japonais, qui a répondu en nombre pour cette sixième édition, avez-vous noté un regain d’intérêt de sa part pour l’Afrique ces dernières années ?

Tout le monde aujourd’hui regarde les croissances économique et démographique africaine avec énormément d’attention. Les compagnies japonaises ont beaucoup à apporter à l’Afrique, en termes de technologie, d’expertise, mais également de formation des ressources humaines et l’Afrique a donc besoin de stabilité pour attirer ces investisseurs sur la durée. La présence importante de nos entreprises au Kenya, dont une trentaine de PME, démontre leur volonté de travailler sur les marchés africains.

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