L’Afrique du Sud a foi en son charbon

Mine de charbon de BHP à Middelburg, en Afrique du Sud. © BHP

Malgré les effets sur l'environnement, Pretoria continue de privilégier ce combustible pour sa production d'électricité. Un choix qui encourage l'exploitation de nouveaux gisements.

Quand Johannesburg s’est retrouvé dans le noir en décembre dernier, beaucoup de Sud-Africains ont craint le retour d’une crise majeure de l’électricité, comme celle qu’ils avaient connue en 2008. Ces dernières semaines, le fournisseur national, Eskom, a multiplié les délestages dans plusieurs grandes villes pour éviter le black-out qui pénaliserait encore un peu plus une économie déjà en berne. Avec moins de 1 % de marge de production, Eskom est plus que jamais sur la brèche et appelle régulièrement à l’aide l’État sud-africain. Ces dernières années, la hausse de la demande en charbon dans certains pays asiatiques a mis en péril l’approvisionnement des centrales électriques du pays.

En 2013, malgré la pression des associations écologistes, le gouvernement a estimé que le charbon était une « ressource stratégique ». « Face à la montée de la demande dans les états asiatiques, celui-ci a jugé nécessaire de sécuriser une partie de la production pour Eskom », explique Ian Cruickshanks, chef économiste à l’Institut des relations interraciales, à Johannesburg.

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L’objectif étant de limiter les exportations, mais aussi de stabiliser le prix de vente du charbon destiné à la compagnie nationale. En revanche, si certains partis de gauche ont réclamé la nationalisation des mines, l’État a exclu cette possibilité. « Le gouvernement n’en parle pas parce qu’il n’a ni l’argent ni l’expertise pour faire cela », souligne Peter Major, analyste mines dans le groupe Cadiz.

Client fiable

À l’exception de BHP Billiton, qui a annoncé vouloir mettre en vente plusieurs mines de charbon en août, ces mesures n’ont pas inquiété les géants miniers (Anglo American, Sasol, Eyesizwe et Kumba). S’il est souvent plus rentable d’exporter le charbon plutôt que de le vendre à Eskom, ce dernier reste un client fiable.

« Eskom est un acheteur sur lequel on peut compter : il respecte les prix et s’engage sur de longues durées, quinze ou vingt ans. Il existe une relation symbiotique entre les grandes compagnies et Eskom, car chacun s’y retrouve », précise Peter Major. « C’est gagnant-gagnant. N’oublions pas que les grosses compagnies comme Anglo American ont d’autres activités minières dans le pays. Elles ont donc tout intérêt à ce que l’approvisionnement en électricité soit le meilleur possible », ajoute Ian Cruickshanks.

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Selon plusieurs géologues, le pays pourrait atteindre son pic de production de charbon en 2020.

La priorité donnée au charbon par l’Afrique du Sud, cinquième producteur mondial avec 255 millions de tonnes par an, pourrait même pousser les miniers à exploiter de nouveaux gisements découverts dans la zone du Waterberg. Selon plusieurs géologues, le pays pourrait atteindre son pic de production de charbon en 2020. Son sous-sol recèle néanmoins 95 % des réserves du continent.

« Mais, à court terme, les gisements du Waterberg ne sont pas facilement exploitables pour la production d’électricité, car il n’y a pas les infrastructures. Il faudra soit construire des centrales là-bas, soit mettre en place un chemin de fer qui fonctionne bien pour acheminer le charbon », précise Peter Major.

Conscient des limites, notamment environnementales, posées par la production d’électricité à base de charbon, l’Afrique du Sud mise aussi sur le développement de centrales nucléaires. Mais pour l’heure, ce secteur, qui représente encore 1,8 % du PIB du pays et 74 000 emplois, demeure vital pour l’économie nationale.

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