Algérie – CAN 2015 : M’Bolhi, la solitude du gardien de but

M'Bolhi n'est pas médiatisé, malgré ses compétences. © Matthias Hangst / Getty Images South America / Getty Images/AFP

Malgré sa remarquable prestation lors du dernier Mondial au Brésil, Raïs M'Bolhi, le portier de l'équipe nationale de football, demeure méconnu et sous-coté. Mais une belle CAN avec les Fennecs pourrait relancer sa carrière. 

Il n’aime pas parler de lui. Trouver trace d’une quelconque interview que Raïs M’Bolhi, 28 ans, aurait accepté d’accorder relève de la gageure. "Et pourtant, j’ai essayé de le convaincre, mais parler à la presse, ce n’est pas son truc, s’amuse Carl Medjani, son coéquipier en sélection nationale algérienne. Il est posé, humble, fuit la lumière. Au premier abord, il semble un peu distant, mais ce n’est pas le cas. Il se protège."

Cette discrétion, Raïs M’Bolhi l’a toujours cultivée. Philippe Troussier, ex-sélectionneur de plusieurs équipes africaines, l’a découvert à l’Olympique de Marseille (OM) en 2004-2005. "C’était le troisième gardien. Il n’avait que 18 ou 19 ans et on l’entendait peu. J’ai pu mieux le jauger quand il a signé au FC Ryukyu (Japon), dont j’étais le manager général. Depuis son départ de l’OM, il avait joué en Écosse (Heart of Midlothian) et en Grèce (Ethnikos, Panetolikos). Au Japon, il avait fait le job, sans plus. Il avait des qualités de réflexes, mais il ne s’était pas vraiment imposé. C’était une période de transition pour lui."

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L’exil, amorcé depuis son départ pour l’Écosse en 2006, résume un peu sa carrière erratique. "Je pense qu’il aurait mérité mieux au vu de ses qualités. Il n’a que 28 ans, il a encore du temps devant lui", veut croire Mickael Boully, entraîneur des gardiens de l’Algérie. M’Bolhi aurait pu jouer pour le Congo, équipe avec laquelle il a effectué un stage en 2006, mais Noël Tosi, sélectionneur de l’époque, n’avait pas donné suite.

 Photo Matthias Schrader/AP

"C’est un gardien sous-coté"

"Au pays, peu savent qu’il a des origines congolaises par son père. Les gens ne s’intéressent donc pas vraiment à son parcours", explique un membre de l’encadrement des Diables rouges. "Il a grandi avec sa mère algérienne [décédée en 2010]. Le Congo, il n’en parlait pas", explique Noureddine Kourichi, sélectionneur adjoint de 2011 à juillet 2014.

En Algérie, l’arrivée en équipe nationale d’un joueur d’origine subsaharienne a suscité quelques commentaires acerbes, "notamment sur les forums de supporters. Certains l’appelaient le Congolais, ou le Zaïrois [sic], d’autres le critiquaient parce qu’il ne parle pas très bien arabe ou qu’il aurait choisi l’Algérie par opportunisme. Mais ils étaient une minorité", explique un fin connaisseur du contexte local.

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Au dernier Mondial, qui a vu l’Algérie atteindre les huitièmes de finale, plusieurs joueurs ont retenu l’attention des observateurs, dont M’Bolhi, que certains ont même (re)découvert. "Il est parti jeune de France. Cela a été parfois un peu compliqué, mais c’est un gardien sous-coté", argue Medjani, qui rappelle que M’Bolhi avait participé au Mondial 2010. "Il avait fait deux bons matchs contre l’Angleterre (0-0) et les États-Unis (0-1), mais ne s’est pas suffisamment illustré pour signer ailleurs qu’en Bulgarie."

Son transfert, fin 2010, à Krylia Samara Sovetov, un club russe sans grandes références, n’a pas franchement été une réussite : son employeur le prête au CSKA Sofia (2011-2012), puis au GFC Ajaccio (Ligue 2 française) en 2013, avant de le vendre au club bulgare en août 2013.

C’est un gros bosseur

Le mystère qui entoure la carrière aussi atypique qu’anonyme de M’Bolhi ne s’est pas estompé avec son transfert, après le dernier Mondial, au Philadelphia Union (États-Unis), où il joue peu. "J’ignore pourquoi il n’a jamais trouvé preneur dans un championnat plus relevé, car il a largement le niveau. A-t-il été mal conseillé ?" s’interroge Medjani, alors que Mickael Boully estime que la prochaine Coupe d’Afrique des nations (CAN) pourrait servir sa notoriété : "Je ne sais pas s’il a eu une autre proposition que celle du Philadelphia [il a eu des contacts en Turquie]. Je pense que s’il fait une bonne CAN, des clubs s’intéresseront à lui. C’est un gros bosseur. Mais peut-être devrait-il s’exposer un peu plus médiatiquement. Je le lui ai conseillé."

Troussier n’est pas loin de partager l’avis de Medjani et de Boully, en y apportant toutefois une nuance. "Il a fait un beau Mondial, mais son parcours en club est atypique, et il est possible que cela suscite des réticences. M’Bolhi a les qualités pour jouer dans un bon championnat, mais il doit davantage s’imposer."

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