Fermer

Tunisie : Maison de l’image et espace d’expressions

Le photographe et l'architecte ont cassé leur tirelire pour monter ce projet culturel. © Ons Abid pour J.A.

Comment filmer, photographier et dire la Tunisie d'aujourd'hui ? Olfa Feki, architecte, et Wassim Ghozlani, photographe, viennent de créer dans ce but la Maison de l'image.

Ils se sont rencontrés en 2009 : il exposait ses photos et elle était l’organisatrice de l’exposition. Depuis, ils ne se sont plus quittés. À eux deux, ils totalisent à peine 60 ans, mais ils sont bien déterminés à faire de la Maison de l’image un point de ralliement incontournable pour les professionnels et les amateurs de pixels.

Trois ans après la révolution tunisienne, Olfa Feki, architecte, et Wassim Ghozlani, photographe, ne manquent pas d’audace. Alors que le pays cherche à relancer l’investissement et que la débâcle de l’État providence frappe de plein fouet la culture, ils ont cassé leur tirelire, mis leurs proches à contribution et contracté un crédit pour investir près de 200 000 euros dans un projet culturel privé… Mais ce duo sait ce qu’il fait. Depuis 2010, l’idée de la Maison de l’image a pris le temps de mûrir tandis qu’ils mettaient en place sous le label Shutter Party, grâce au circuit associatif, des expositions collectives et des performances autour de la vidéo.

Le site web accompagnant la démarche est très vite devenu une référence, si bien que la structure virtuelle a jeté les bases d’un lieu physique pouvant accueillir différents volets des métiers de l’image. Le soulèvement de 2011 a donné une accélération au projet, dans la mesure où photographie et vidéo ont permis de montrer les bouleversements du pays.

En tenaille entre liberté et pressions sociopolitiques

Ces expressions immédiates de l’instant historique ont été exposées avec succès à l’étranger, mais les photographes tunisiens, accoutumés aux commandes publicitaires ou journalistiques, s’interrogeaient sur la manière de s’approprier un environnement mutant, pris en tenaille entre liberté et pressions sociopolitiques.

Tous les projecteurs sont braqués sur la Tunisie, la scène culturelle a du potentiel mais pas d’espaces d’expression, précise Wassim.

Constatant le besoin et le manque d’espaces consacrés à l’image, Feki et Ghozlani étaient interpellés par la portée de lieux comme la Maison européenne de la photographie (Paris) ou l’International Center of Photography (New York). "C’est le moment de faire ! Tous les projecteurs sont braqués sur la Tunisie, la scène culturelle a du potentiel mais pas d’espaces d’expression", précise Wassim, qui ne conçoit sa démarche que dans un cadre collectif et souhaite "la naissance et l’engagement d’une communauté autour de la Maison de l’image."

À partir de janvier 2015, ce nouveau lieu présente "Views of Tunisia", la première de ses quatre expositions annuelles, qui affiche le regard singulier porté par 24 photographes sur les 24 gouvernorats que compte la Tunisie. Le binôme s’est déjà rodé en organisant, en plein chantier, "Reporting the Change", une exposition en collaboration avec le World Press Photo, ainsi qu’une série de projections de courts-métrages lors des dernières Journées cinématographiques de Carthage.

En outre, la maison a ouvert ses portes aux étudiants en leur proposant pour 15 dinars par mois un accès à une bibliothèque spécialisée et à un studio de prises de vue. "L’existence même de ce lieu est une victoire, explique l’artiste vidéaste et blogueur Ismaël. Encore faut-il que les dirigeants soient conscients de la part de liberté qu’il peut contenir. Liberté artistique mais pas seulement : liberté de penser, de pratiquer de nouvelles façons de créer, de gérer des espaces d’art à une époque avec laquelle il faudra lutter, dans un "ici et maintenant" qu’il faudra impérativement transcender."

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro