Présidentielle à São Tomé-et-Príncipe : victoire sans surprise du camp du Premier ministre

Par Jeune Afrique avec AFP

Une électrice vote à São Tomé-et-Príncipe, le 17 juillet 2016. © AFP

Seul en lice après le boycott du président sortant, Evaristo Carvalho, le candidat du parti du Premier ministre a remporté sans surprise le second tour de la présidentielle de São Tomé-et-Príncipe, au terme d'une élection pour le moins rocambolesque.

Evaristo Carvalho, 74 ans, vice-président de l’Action démocratique indépendante (Adi, centre-droit, au pouvoir) du chef du gouvernement Patrice Trovoada, a obtenu 42 058 voix pour 1 548 bulletins blancs et 7 567 votes nuls, selon les résultats encore provisoires de la Commission électorale nationale (Cen).

Forte abstention 

Mais le principal enseignement du scrutin est probablement l’abstention : seuls 46% des 111 222 inscrits se sont déplacés à l’isoloir. L’abstention a sans doute été le choix d’une partie des partisans du président sortant, Manuel Pinto da Costa (indépendant), 79 ans, voire de la candidate arrivée 3e au premier tour, Maria das Neves, soutenue par l’historique Mouvement pour la libération de São Tomé-et-Príncipe (MLSTP).

Les deux candidats avaient conjointement demandé l’annulation de tout le processus électoral, dénonçant des fraudes au premier tour. Ils ont été déboutés par le Tribunal constitutionnel.

Retournement et raté électoral 

La Commission électorale l’avait proclamé vainqueur dès le premier tour le 17 juillet, avec 50,1% des voix, avant de se contredire. Evaristo Carvalho avait finalement obtenu 49,8% des voix contre 24,8% pour Manuel Pinto da Costa, selon les résultats définitifs proclamés plus tard par le Tribunal électoral.

Ce retournement et ces ratés avaient inquiété jusqu’au représentant des Nations unies en Afrique centrale. « Il ne me revient pas de trouver une solution. Mon rôle est d’alerter », a déclaré ce représentant, Abdoulaye Bathily.

La situation politique à São Tomé-et-Príncipe avait même « préoccupé » les chefs d’États de la Communauté économique d’Afrique centrale (Cemac) auteurs d’un « vibrant appel » aux responsables de l’archipel « afin de parachever sereinement le processus électoral en cours » fin juillet à Malabo. São Tomé-et-Príncipe fait pourtant figure de modèle démocratique en Afrique centrale, où certains présidents sont constamment réélus, comme Teodoro Obiang, au pouvoir depuis 1979 en Guinée-Équatoriale.

Patrice Trovoada, grand gagnant 

Selon la Constitution, le président a peu de prérogatives. Comme au Portugal, l’ancienne puissance coloniale, ce dernier arbitre mais ne gouverne pas, laissant le pouvoir au Premier ministre. Patrice Trovoada, déjà vainqueur des législatives en 2014, est d’ailleurs le grand gagnant de l’élection.

En gagnant son pari, Patrice Trovoada, 54 ans, écrit le dernier chapitre d’une rivalité familiale avec Pinto da Costa, qui avait contraint son père, Miguel Trovoada à l’exil en France dans les années 1980.

Président de l’indépendance en 1975 jusqu’à 1990, Pinto da Costa avait instauré un régime marxiste-léniniste avec parti unique (le MLSTP) et rattaché son pays au bloc soviétique. Mais en 1991, Trovoada père avait finalement été élu président  après l’instauration du multipartisme, effectuant deux mandats de cinq ans.

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