Affaire « Bâtisseur de richesses » : les épargnants gabonais portent plainte à Paris

Yves David Mapakou, la fondateur de BR SARL, attaqué à Paris. © DR

Des associations représentant les épargnants floués de la PME gabonaise "Bâtisseur de richesses" ont porté plainte à Paris vendredi. Elles estiment les pertes subies à jusqu'à 38 millions d'euros. Le fondateur de l'entreprise, interpellé à Paris plus tôt cette année, demeure introuvable.

Estimant que l’information judiciaire ouverte par tribunal de première instance (TPI) de Libreville sur la PME gabonaise « Bâtisseur de richesses » (BR – SARL) « est étouffée », plusieurs associations gabonaises ont porté plainte auprès du pôle financier du Parquet de Paris pour escroquerie en bande organisée, abus de confiance, blanchiment de capitaux, recel et complicité d’exercice illégal de la profession de banquier, selon les motifs de leur plainte datée du 29 juillet et consultée par Jeune Afrique.

La plainte, déposée à la demande du Franco-Gabonais Franck Charles Agondjot, président du « Bureau Collectif des clients spoliés par la BR SARL », ainsi que trois associations gabonaises, vise Yves David Élysée Mapakou, l’ancien directeur général de BR – SARL « Bâtisseur de richesses », et deux de ses actionnaires fondateurs, de nationalité béninoise, Ignace Koubla et Aristide Kodjo Guenzo.

Un préjudice estimé à 25 milliards de F CFA

Le Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG), le « Bureau Collectif des clients spoliés par la BR SARL » et « On ne m’achète pas », représentés par Maître Norbert Tricaud, avocat au barreau de Paris, estiment à 30 000 le nombre d’épargnants gabonais et français concernés.

Une partie de l’épargne a-t-elle transité par la France ?

L’épargne, qu’auraient détourné les fondateurs de cette PME selon les associations à l’origine de la plainte, pourraient atteindre 25 milliards de F CFA (38 millions d’euros).

En mai, des évaluations faisaient plutôt état de 9 000 à 10 000 anciens clients « escroqués », dont la perte cumulée atteignait une dizaine de milliards de F CFA [environ 15 millions d’euros].

Les offres d’épargne proposées par BR – SARL portaient des taux d’intérêt extrêmement attractifs, de 10 % à 20 %, avant qu’elle ne cesse brutalement ses activités en novembre 2015, et que Yves David Élysée Mapakou ne prenne la poudre d’escampette en France.

Une partie de l’épargne des déposants aurait pu transiter par l’hexagone selon les auteurs de la plainte, qui notent que « les premiers témoignages font état d’importants transferts par BR – SARL de l’argent de ses clients à destination de deux principaux pays, à savoir la République populaire de Chine et la République française ».

La nomination d’un juge d’instruction dans le viseur

La plainte met également en cause « le manque de vigilance » jugé « surprenant » de la part du ministère gabonais de l’Économie et de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), basée à Libreville, régulateurs du secteur financier.

En novembre 2015, les autorités de Libreville indiquaient que « ni l’entreprise citée ni ses dirigeants n’ont obtenu d’agrément délivré par le ministre de l’Économie. Cette entreprise et ses dirigeants sont donc susceptibles d’êtres poursuivis et seront effectivement poursuivis pour exercice illégal de l’activité de microfinance. »

Yves David Élysée Mapakou, par ailleurs condamné en mars 2009 par la cour criminelle de Libreville à cinq ans de prison ferme pour le viol d’une mineure de 13 ans, peine pour laquelle il a été gracié en 2012,  a été interpellé à Paris en avril 2016 — pour un motif inconnu — comme relayé par la presse gabonaise et rappelé dans la plainte déposée à Paris. Il est depuis introuvable.

Ses deux ex-associés ont été un temps sous mandat de dépôt, selon le TPI de Libreville interrogé par Jeune Afrique en mai. « Ils seraient désormais encore au Gabon et en liberté conditionnelle », indique Georges Mpaga, le président du ROLBG.

« Argent facile »

Cité par RFI mardi 02 août, le porte-parole de la présidence gabonaise, Alain-Claude Bilié Bi Nzé, a rejeté la responsabilité de l’État du Gabon et a estimé que BR – SARL « a floué les gens qui eux, ont décidé d’aller vers l’argent facile parce qu’au Gabon, il y a des banques avec des taux officiels reconnus. […] ».

Pour Norbert Tricaud, l’avocat des plaignants, « l’objectif est désormais de constituer une liste précise des victimes, d’obtenir les relevés des opérations bancaires effectuées par BR – SARL, notamment auprès d’Ecobank et de la Poste Bank qui hébergeaient ses comptes, et la nomination d’un juge d’instruction », a-t-il déclaré ce mercredi.