Arabie Saoudite : #JeSuisRaif Badawi, un hashtag contre l’obscurantisme

Écrit par Tiphaine Le Liboux

Manifestation devant l'ambassade d'Arabie Saoudite à la Hague, le 15 janvier. © AFP

Avec #JeSuisRaif, une mobilisation d'ampleur en faveur de la libération du blogueur saoudien Raif Badawi s'est engagée sur internet. Décryptage de cette mobilisation en ligne.

Si #JeSuisCharlie, #JeSuisRaif. Les soutiens du blogueur saoudien Raif Badawi se sont emparés du slogan retweeté par des millions de personnes après l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo.

Objectif : faire annuler la condamnation du blogueur à 1 000 coups de fouet, à raison de 50 coups chaque vendredi, pour avoir critiqué plusieurs dignitaires religieux de son pays.

>> Lire aussi : Qui est Raif Badawi ?

Amnesty International, "porte-voix" de #JesuisRaif

Principal relais de #JeSuisRaif, l’association Amnesty International, qui explique s’être fait "le porte-voix" de ce hashtag lancé par une poignée d’internautes le 9 janvier, jour de la première séance de flagellation infligée au blogueur.

Mobilisée depuis deux ans pour la libération de Badawi, Amnesty, qui utilisait jusqu’à là le hashtag #FreeRaif, tweete son premier #JesuisRaif, le 15 janvier.

Ce message qui s’accompagne d’une photo d’un des trois enfants Badawi sera "l’un des plus retweeté de France ce jour-là", assure Arnaud Constant, le social media manager d’Amnesty.


Plus de 13 000 #JesuisRaif, 800 000 signataires de la pétition

Depuis, plus de 13 000 tweets avec la mention #JesuisRaif ont été postés. De 9 à 10 000 d’entre eux sont écrits en français selon Amnesty, notamment depuis le Canada où s’est réfugiée la compagne de Raif Badawi.

 

 

Conséquence de cette mobilisation, le nombre de signataires de la pétition demandant l’annulation de la flagellation a lui aussi explosé : 50 000 personnes l’avaient signée au 8e jour de son lancement, jeudi 22 janvier en France, et 800 000 dans le monde entier.

"D’habitude, pour une pétition peu médiatisée, nous sommes vraiments contents lorsque nous arrivons à 10 000 signataires français en plusieurs semaines", précise Nicolas Krameyer, responsable des campagnes d’Amnesty International France dédiées aux personnes en danger.

"L’écho Charlie Hebdo"

Un retentissement directement lié à l’actualité. "L’onde de choc Charlie a été tel que le "je suis Raif" s’est imposé naturellement", poursuit-il. Liberté d’expression, liberté des médias, le cas de Raif "a fait écho auprès des personnes mobilisées pour la liberté d’expression depuis la fusillade de Charlie Hebdo", assure Nicolas Krameyer.

Cet écho associé à la "cruauté du châtiment" prononcé à l’encontre du blogueur et à "l’urgence qu’il y a à agir pour le stopper", expliquent cette forte mobilisation en faveur du blogueur, analyse t-il.

Deux séances de flagellation reportées : un succès de la mobilisation en ligne ?

La  séance de flagellation prévue vendredi 16, puis celle du 23 ont succesivement été reportées pour raisons médicales et cela alors que l’ONU, l’Union Européenne et les États-Unis ont unanimement condamné la sentence, demandant à l’Arabie Saoudite de suspendre ces châtiments corporels. Faut-il y voir un lien avec la forte mobilisation internet ?

"Établir un lien direct est toujours délicat", décrypte Anaïs Theviot, chercheuse spécialiste du militantisme en ligne à Sciences Po Bordeaux. "Mais quand quelque chose fait le buzz sur internet ça amène les médias traditionnels à parler de ce sujet", ajoute t-elle. "Faire du bruit par le nombre pour attirer l’attention, c’est l’objectif de ce genre de mobilisation sur les réseaux sociaux".

#JesuisNigeria, Ukraine etc

C’est précisément pour dénoncer le silence de la communauté internationale à propos des raids meurtriers de Boko Haram sur les rives du lac Tchad, alors que l’attaque jihadiste contre Charlie Hebdo a fait la une pendant plus d’une semaine avec des manifestations monstres à la clé et une indignation généralisée dans le monde occidental que des internautes ont lancé le hastag #JesuisNigeria.

Le "JesuisCharlie" s’est aussi décliné en Ukraine avec le slogan #JesuisVolnovakha, en soutien aux passagers d’un bus tués le 13 janvier par des tirs de roquettes séparatistes aux environs de Donestk. Qu’ils l’écrivent en français ou en ukrainien, les utilisateurs de ce hashtag expliquent que la guerre qui se déroule dans le Donbass (fief des rebelles pro-russes) est l’œuvre de terroristes, tout comme les attentats qui ont frappé la France.