Nigeria : MSF évoque une situation sanitaire « désastreuse » dans l’État de Borno

Par Jeune Afrique avec AFP

Un enfant souffrant de malnutrition dans un camp de réfugiés à Yola, le 3 mars 2015. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le nord-est du Nigeria a besoin d'une mobilisation humanitaire rapide et massive pour des centaines de milliers de personnes, selon l'ONG Médecins Sans Frontières, qui a mis en garde mercredi à Genève contre "la probable pire crise" sanitaire au monde.

« L’ONU doit augmenter son action et attribuer à cette situation le degré ‘d’urgence maximale' », a martelé, mercredi 27 juillet, devant la presse le directeur général de la section suisse de Médecins Sans Frontières (MSF) Bruno Jochum. Un tel dispositif aurait été justifié depuis plusieurs mois et le responsable craint qu’il ne prenne encore des mois à être mis en place.

L’armée nigériane n’a toutefois regagné que récemment une partie de la région contrôlée auparavant par les extrémistes de Boko Haram. Les conditions sécuritaires restent « extrêmement difficiles », admet M. Jochum. Mais la reconquête de l’armée a déjà permis d’accéder à des poches de déplacés entièrement isolées. Selon l’ONG, de 500 000 à 800 000 personnes vivent dans une « situation désastreuse » dans plusieurs villes de l’État de Borno depuis plus d’un an. Et plus de deux millions des personnes sont déplacées.

Banki, ville « abandonnée »

Quatre villes importantes, situées dans le nord de l’État, n’ont pu encore être atteintes. Après avoir pu apporter de l’assistance fin juin à Bama, une équipe d’évaluation de MSF a pu entrer la semaine dernière pour la première fois à Banki, ville de 15 000 habitants à la frontière camerounaise. De retour du Nigeria, le responsable des urgences de l’ONG Hugues Robert évoque une ville qui semble « abandonnée ». « De nombreuses personnes sont pourtant calfeutrées dans un site de plusieurs centaines de mètres de longueur et de largeur. Elles n’en sortent qu’avec une protection militaire. » Dans cette ville, « aucun stock alimentaire » n’a été constaté dans les ménages, insiste M. Robert. Des distributions n’avaient pu avoir lieu que de manière très irrégulière et en petites quantités.

Les humanitaires aussi ne peuvent se déplacer que sous escorte. Des compromis rendus indispensables par la présence d’engins explosifs improvisés (IED) et de mines sur les routes. Autre problème, les personnes bloquées souffrent aussi d’une certaine « suspicion » de l’armée parce qu’elles n’ont pas fui devant Boko Haram.

Cinq à sept décès chaque jour

Selon les premières estimations, les taux de mortalité et de malnutrition sévère sont les mêmes qu’à Bama. Cinq à sept personnes seraient décédées chaque jour. Le taux de malnutrition sévère chez les enfants de moins de cinq ans atteint 15 % et près d’un enfant sur trois est mal nourri.

MSF a distribué des aliments thérapeutiques à près de 5 000 enfants et les a vaccinés contre la rougeole. L’ONG a acheminé 40 tonnes de nourriture pour plus de 3 500 familles, suivies le lendemain de 30 tonnes livrées par l’ONU. Il en faut 300 par mois pour une population comme celle de Banki.