Gabon : des heurts lors d’une marche de l’opposition, 11 arrestations

Par - envoyée speciale à Libreville

Contrôle d'identité dans une rue de Port-Gentil, suite aux violences post-électorales de 2009. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

La tension est montée de plusieurs crans à Libreville, où les forces de l'ordre ont chargé une marche de l'opposition samedi. Deux journalistes dont un de l'Agence France-Presse ont violemment été molestés par les forces de l'ordre.

Réunis pour s’opposer à la candidature d’Ali Bongo Ondimba, candidat à sa succession, des leaders de l’opposition avaient convoqué une manifestation, samedi 23 juillet, en milieu de journée. Parmi eux, certains des 14 candidats à l’élection présidentielle gabonaise du 27 août, dont Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba-Ndama.

Alors que ces opposants, qui défilaient en tête de cortège main dans la main, s’élançaient pour rejoindre le rond-point de la Démocratie où ils devaient tenir une conférence de presse, les forces de l’ordre ont lancé des grenades lacrymogènes et chargé les manifestants, provoquant la dispersion dans la confusion des opposants et d’une centaine de leurs partisans. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba-Ndama, a ainsi couru dans des ruelles pour se réfugier dans une petite cour.

« Incident regrettable »

Un journaliste reporter d’images de l’Agence France-Presse (AFP) a été violemment passé à tabac par les forces de l’ordre pendant que policiers et gendarmes quadrillaient le quartier, où des heurts se sont poursuivis avec des jeunes. Sa caméra, identifiée comme celle de l’AFP, a été jetée à terre avant d’être restituée, selon son témoignage. Un autre journaliste a également été molesté, a appris l’agence.

Onze arrestations ont eu lieu, a affirmé le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeya lors d’une conférence de presse samedi soir, faisant également état d’un blessé grave parmi les forces de l’ordre. Avant d’affirmer que la brève arrestation du reporter de l’agence française « se justifie parce que ce journaliste se trouvait au milieu des manifestants et qu’il ne portait sur lui aucun signe distinctif qui aurait pu l’identifier ».

« Tout incident de cette nature est regrettable », a pour sa part réagi le porte-parole du gouvernement depuis Oyem, où Ali Bongo Ondimba effectue une tournée. « L’opposition n’a pas formulé de demande pour ce samedi, ce n’était pas une manifestation autorisée car la loi gabonaise exige une demande d’autorisation pour manifester », ajoute le porte-parole, contacté par Jeune Afrique.

Tensions à l’approche du scrutin

Une assertion que démentent des cadres de l’Union nationale, qui assurent avoir notifié la marche au gouvernement, affirmant que la loi ne prévoit pas d’autorisation préalable à toute manifestation. Comme les autres opposants présents, ces derniers défilaient pour contester la candidature du chef de l’Etat, selon eux contraire à l’article 10 de la Constitution qui précise que pour être candidat à la présidence de la République, il faut être gabonais de naissance; une qualité que les opposants au chef de l’Etat refusent de lui reconnaître.

Des critiques raillées par le président lors d’un meeting le 9 juillet dans la capitale. Face à ses partisans, Ali Bongo Ondimba avait répliqué : « Est-ce-que je suis gabonais ? Je viens d’où ? » avait-il demandé à la foule. « Du Gabon ! », avaient répondu ses supporteurs à Libreville, où les esprits s’échauffent à l’approche de la présidentielle.

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