Brexit : une facture à près de 4 milliards de dollars pour les pays en développement, selon ODI

Theresa May est le nouveau Premier ministre britannique. Elle a succédé à David Cameron le 13 juillet. © Matt Dunham/AP/SIPA

Exportations, aide publique au développement, transferts de revenus... Dans un rapport publié mi-juillet, le think tank britannique Overseas Development Institute (ODI) tâche de jauger les répercussions du Brexit sur les pays en développement, notamment africains. Facture estimative due à la chute de la livre sterling et au ralentissement de l'économie outre-Manche : 3,8 milliards de dollars. Explications.

Passé le premier choc sur les marchés financiers, la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne, ainsi qu’elle a été votée le 23 juin, « aura des effets principalement négatifs sur les pays en développement », note le think tank britannique Overseas Development Institute (ODI) dans un rapport publié mi-juillet.

Il y estime que l’effet cumulé de la baisse de la livre sterling de 10% dans la semaine qui a suivi le vote de la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne, et du recul de croissance du PIB britannique (il prend une hypothèse de -3%), auront pour conséquence mécanique de réduire les exportations des Pays les moins avancés (PMA) vers le Royaume-Uni de 500 millions de dollars.

Exportations

Renchéries par la baisse de la monnaie britannique, et freinées par le ralentissement de l’économie dans son ensemble outre-Manche, les exportation reculeront. Au premier chef concerné, le Kenya dont les exports, de fleurs notamment, vers le Royaume-Uni atteignaient 431 millions de dollars en 2014. Elles reculeront de -1,1%, estime l’ODI. Idem de l’Afrique du Sud qui a cumulé 3,5 milliards de dollars d’exportations en 2014 vers le Royaume-Uni. Le recul attendu de ces ventes est estimé à -0,5%.

Maurice (357,5 millions de dollars, -2,40%), la Zambie (97,8 millions de dollars, -0,10%), le Malawi (63 millions de dollars, -0,60%), l’Éthiopie (60,6 millions de dollars, -0,20%) ou la Tanzanie (46,6 millions de dollars, -0,10%) souffriront également du double effet d’une livre dévalorisée et du ralentissement du PIB britannique. Globalement, dans les PMA le recul atteindra -0,6% sur les 3,73 milliards de dollars d’exports en 2014.

Transferts

Autre effet collatéral de la dévaluation de la livre sterling : les transferts de revenus du Royaume-Uni vers les pays en développement. « La perte en dépenses de consommation dans les pays en développement serait équivalente à 1,4 milliard de dollars, dont 370 millions au Nigeria et en Inde », écrit l’ODI.

Aide publique au développement

L’aide publique au développement ne serait, elle non plus, pas épargnée. Tablant sur un recul de la livre de 10%, le think tank anticipe une baisse de 1,87 milliard de dollars sur une dotation britannique totale en aide publique au développement qui atteignait 18,7 milliards de dollars en 2015. « D’autres canaux de financement du développement, tels que la Banque européenne d’investissement (BEI), seront également affectés. […] Si le Royaume-Uni se retire de la BEI, le pays n’aura plus voix au chapitre en ce qui concerne les investissements dans les pays en développement et les volumes d’investissement dans certains pays pauvres pourraient chuter », anticipe également l’ODI.

Exportations (500 millions de dollars), transferts (1,4 milliard) et aide publique au développement (1,87 milliard) cumuleront ainsi un coût total estimé à 3,77 milliards de dollars. Et l’ODI d’avertir que « si la baisse de la livre s’accentue encore, les effets augmenteront d’autant ». La livre s’échangeait à 1,3264 contre 1 dollar lundi 18 juillet. Elle cotait à 1,48 dollar le 23 juin, alors en hausse alors que les marchés tablaient sur une victoire du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.

Quelques effets d’aubaine ?

Paradoxalement, la conjoncture post-Brexit pourrait aussi s’avérer favorable à des valeurs refuges recherchées par des investisseurs échaudés par une volatilité croissante. Ceux-ci pourraient se rabattre sur les matières premières minières et agricoles, dont l’Afrique est une grande pourvoyeuse. « Alors que la hausse du cour de l’or a été le bénéficiaire immédiat du Brexit, des augmentations de prix du sucre, du café ou du cacao ont suivi », nuance l’ODI, qui ne table cependant que sur des effets conjoncturels.

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