Attentat de Nice : l’enquête sur Mohamed Lahouaiej-Bouhlel se poursuit

Par Jeune Afrique avec AFP

reproduction du permis de séjour de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, fournie le 15 juillet 2016 par la police française. © AFP

Quatre jours après l'attaque terroriste qui a fait 84 morts dans la soirée du 14 juillet, les investigations se poursuivent sur le tueur de Nice, dont le profil demeure flou.

À ce stade, l’enquête sur l’attentat de Nice n’a pas permis d’établir de liens entre le conducteur de camion et des réseaux terroristes, a indiqué le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, interviewé sur RTL lundi 18 juillet. En revanche, les premiers éléments de l’enquête semblent montrer que le conducteur du camion, formellement identifié comme étant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un ressortissant tunisien domicilié à Nice, avait prémédité son acte, a-t-il ajouté. Six personnes dans l’entourage du tueur ou parmi les personnes soupçonnées de lui avoir fourni des armes, se trouvent toujours en garde à vue.

Un acte prémédité

Le chauffeur-livreur de 31 ans avait repéré les lieux et orchestré le massacre  plusieurs jours auparavant puisque dès le 4 juillet, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel réserve à Saint-Laurent du Var (Alpes-Maritimes), près de Nice, un camion frigorifique de 19 tonnes. Selon une source proche du dossier, ce dernier a repéré les lieux avec ce véhicule qu’il loue à compter du 11 juillet, les 12 et 13 juillet.

Ces repérages, le choix du lieu et l’heure de l’attaque laissent peu de doute sur l’intention du tueur de Nice de faire le maximum de victimes. Lorsqu’il fonce dans la foule au volant du poids lourd sur la promenade des Anglais, quelque 30 000 personnes étaient venues admirer le feux d’artifice organisé pour célébrer la fête nationale du 14 juillet. Selon le dernier bilan fourni par le ministère de l’Intérieur, l’attaque terroriste a fait 84 morts et 308 blessés, dont 58 sont encore hospitalisés et 29 se trouvent en réanimation.

A-t-il agi seul ?

Dans les SMS retrouvés dans son téléphone, le tueur se félicite peu avant l’attaque de s’être procuré le pistolet 7.65 qu’il a utilisé contre des policiers, avant d’être abattu, et évoque la fourniture d’autres armes.

À qui étaient destinés les textos ? Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, plus de 200 enquêteurs de la Direction centrale de la police judiciaire sont mobilisés pour « identifier l’ensemble des destinataires » des messages.

Quels liens avec les réseaux terroristes ?

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a-t-il agi en « loup solitaire » ou bien entretenait-il des liens avec les réseaux terroristes ? « Pour l’instant, ces liens ne sont pas établis par l’enquête », a lâché lundi matin Bernard Cazeneuve. Pour autant, « le mode opératoire empreinte totalement aux messages de Daesh (acronyme de l’État islamique) », qui a revendiqué ce week-end l’attentat de Nice, a insisté le ministre de l’Intérieur.

« On ne peut exclure qu’un individu déséquilibré et très violent, et il semble que sa psychologie témoigne de ces traits de caractère, ait été à un moment, dans une radicalisation rapide engagé dans ce crime absolument épouvantable », a poursuivi Bernard Cazeneuve qui avait indiqué précédemment que le conducteur du camion semblait « s’être radicalisé très rapidement ».

Six personnes en garde-à-vue

Sur les sept personnes interpellées, six se trouvent toujours en garde à vue. Selon le Figaro, trois gardés à vue ont été transférés dans les locaux de l’antiterrorisme à Levallois, une information qui n’a pas été confirmée par Bernard Cazeneuve.

Trois personnes ont été arrêtées puis placées en garde à vue dimanche. Parmi elles, un couple d’Albanais, dont l’homme est soupçonné d’avoir fourni le pistolet à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Reste à savoir si ces personnes connaissaient son projet, ce qui en ferait de véritables complices.

Selon l’avocat d’un des hommes interrogés, âgé de 22 ans et qui connaissait le terroriste « depuis quelques mois », son client « ne [s »étant]  jamais radicalisé,  il n’aurait jamais pu être sur la même conduite de vie que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ». Quand bien même, « il ne pouvait pas être assez dans l’intimité de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel pour l’avoir remarquée, cette radicalisation ». Son client était soupçonné de lui avoir apporté un soutien logistique, mais « il n’y a rien » contre lui, a-t-il ajouté. Selon son témoignage, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel « était intégré, il connaissait beaucoup de monde ».

Son ex-femme relâchée

Interrogée depuis vendredi matin, l’ex-épouse de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a été relâchée dimanche matin. « Cette dame s’est retrouvée effondrée par l’acte commis par son mari, père de trois enfants », a expliqué dimanche à l’AFP son avocat, Me Jean-Yves Garino, qui s’est entretenu pendant deux heures avec elle. « Elle avait subi des coups répétés de son mari, des violences physiques et du harcèlement. Le divorce était en cours. Il avait aussi frappé la mère de ma cliente. Des plaintes avaient été déposées », a précisé son avocat. Selon lui, elle n’a pas assisté à l’éventuelle radicalisation de son mari : « elle ne vivait plus avec lui, elle le croisait juste quand il venait voir ses enfants dans un jardin public », a-t-il souligné.

Au total, plus d’une centaine de témoins ont été entendus depuis la nuit de l’attentat. Selon ses voisins, interrogés par l’AFP au lendemain de l’attentat, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était un homme « solitaire » et « silencieux », « peu pratiquant » et « marqué par sa séparation ». Dans la petite salle de sport que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel fréquentait il y a deux ans, les abonnés se souviennent d’un « frimeur », un « dragueur », a raconté un témoin à l’AFP. Lors des auditions, des membres de son entourage gardés à vue l’ont décrit comme quelqu’un « qui n’avait pas d’intérêt pour la religion », mais au moins l’un d’eux a évoqué un basculement « récent » vers « l’islam radical » qui pourrait remonter à fin juin.

 

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