Brexit – Carlos Lopes : « Je suis inquiet pour les Africains »

Par et - envoyés spéciaux à Kigali

Carlos Lopes, lorsqu'il était Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, à Paris le 18 novembre 2015. © Vincent Fournier/JA

Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique depuis 2012, Carlos Lopes a accordé un entretien à Jeune Afrique en marge du Conseil exécutif du 27e sommet de l’Union africaine (UA), réuni à Kigali les 13 et 14 juillet.

Jeune Afrique : Après la sortie programmée du Royaume-Uni de l’Union européenne, Boris Johnson, l’un des artisans du « Leave » britannique, connu par ailleurs pour ses propos controversés sur l’Afrique, vient d’être nommé ministre des Affaires étrangères. Cela ne risque-t-il pas d’affecter encore un peu plus les relations entre le Royaume-Uni et le continent africain ?

Carlos Lopes : Le Brexit est une vraie préoccupation pour le continent. Certains pays comme le Ghana, le Kenya et l’Afrique du Sud, sont particulièrement liés à la Grande-Bretagne. Mais la nomination de Boris Johnson est récente, et il est encore tôt pour la commenter. Personnellement, je ne pense pas que la position de tout un pays diffère radicalement avec le changement d’un ministre.

D’un point de vue économique, quelles pourraient être les conséquences du Brexit pour l’Afrique ?

Face à l’incertitude quant aux modalités de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la place financière de Londres sera instable pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. L’appétit pour les investissements à risque va diminuer considérablement. L’Afrique en fait partie. Par ailleurs, certains pays du continent étant de grands partenaires du Royaume-Uni, l’instabilité britannique aura forcément des conséquences sur eux. Enfin, certaines monnaies africaines, qui ont déjà perdu 30% de leur valeur depuis deux ans, vont connaître un surcroît de volatilité et de spéculation.

Le Brexit, et la nomination de Johnson, n’est ce pas la victoire du populisme, une tendance à l’oeuvre dans d’autres pays européens ?

Vous avez raison, et je suis inquiet. Pour les Africains, et particulièrement les migrants africains. Les migrants sont mal perçus en Europe, alors qu’ils sont finalement peu nombreux : les Africains représentent 8,5% des migrants au niveau mondial, dont une grande majorité émigre en Afrique. En Europe, il sont aujourd’hui 9 millions. Sur une population d’un milliard, dans un continent pauvre, c’est en fait très peu.

Les mouvements populistes ne tiennent pas compte de ces détails et privilégient un discours xénophobe, un discours de haine et de peur. L’Afrique est elle aussi responsable car elle n’a pas encore su discuter de ce problème. Mais cette discussion aura lieu.

C’est-à-dire ?

Les ministres des Finances, de l’Économie et de la Planification du continent ont décidé de mettre en place une commission spéciale pour préparer une stratégie sur l’émigration. Elle verra le jour très prochainement.