Tunisie : le groupe Nessma mis en cause par une ONG anticorruption

Par - à Tunis

Nabil Karoui, fondateur de la chaîne Nessma TV, le 19 avril 2012. © Amine Landoulsi/AP/SIPA

Évasion fiscale et blanchiment d’argent : c’est ce dont est accusé le groupe Nessma par l’ONG I Watch, selon une enquête mise en ligne sur son site le 10 juillet sous le titre : « Que cache la chaîne des frères Karoui ? ». Un rapport au vitriol auquel répond le fondateur de la chaîne, Nabil Karoui, en dénonçant une manœuvre politique.

L’association anti-corruption I Watch, qui veille, depuis 2011, « aux objectifs et aux acquis de la révolution », dénonce un découvert bancaire d’un million de dinars accordé sans garantie en 2011 par la Banque de l’Habitat (BH), et des transferts financiers douteux entre les différentes sociétés du groupe Nessma, sises au Luxembourg, au Canada, au Maroc et à Dubaï. Mouhab Garoui, directeur exécutif de l’ONG, assure que les bénéfices réalisés en Tunisie sont détournés vers l’étranger. Mais I Watch ne se contente pas de publier son enquête, sans toutefois l’accompagner des preuves qu’elle dit détenir. Elle somme également Nessma TV, la chaîne créée par Nabil Karoui, via un courrier adressé à son directeur général, d’ouvrir ses livres de compte et de se soumettre à un audit. Une démarche avant tout médiatique et polémique dans la mesure où une association ne peut se substituer à la justice et aux instances officielles de lutte contre la corruption.

Objectif atteint. Les allégations de I Watch sont devenues l’affaire du moment en Tunisie. Nabil Karoui, qui s’est engagé en politique dans les rangs de la formation Nidaa Tounes, et qui a quitté son poste de directeur général depuis avril 2016, dénonce une manœuvre de ses rivaux politiques : « Cet ovni sort comme par hasard juste après je me suis positionné contre la gouvernance actuelle de Nidaa Tounes », déclare-t-il à Jeune Afrique.

Il soupçonne le patron d’un parti de la coalition gouvernementale d’être à la manœuvre et souligne également que I Watch n’a jamais contacté la direction de Nessma pour obtenir des éclaircissements. « Cette opération, qui fait de moi un affairiste, est destinée à jeter l’opprobre sur moi pour me faire taire et m’écarter de la scène politique, mais aussi à toucher un média qui dérange », assène l’aîné des frères Karoui. Et de préciser que le découvert à la BH était un crédit qui a été remboursé avec le règlement de 433 000 dinars d’intérêts et que le groupe, sur les neufs dernières années, a rapatrié 160 millions de dinars sur ses activités dans d’autres pays.

Société non résidente

« Nos entrées et sorties sont composées de l’apport de nos investisseurs étrangers et de la réalisation de travaux, le tout documenté par des bons de commande et des factures », explique le dirigeant de Nidaa Tounes, qui précise que pendant un temps Nessma avait un statut de société non résidente et que tous ces mouvements financiers sont contrôlés par la Banque centrale de Tunisie (BCT). Il relève également des erreurs dans l’enquête produite par I Watch ; Nessma Limited à Dubaï est par exemple une compagnie de transport et de fret aériens, sans lien avec le groupe Nessma, hormis le nom.

L’affaire qui défraie la chronique peut avoir des répercussions au-delà de Nessma. L’absence de réaction des autorités, notamment du procureur de la république habituellement prompt à réagir en qui concerne les soupçons de blanchiment d’argent ou de corruption, est étonnante alors que le doute est jeté sur une banque publique. « Permettre à une ONG dont on ne connait pas les sources de financement d’agir en toute impunité est grave. Allégations, accusations et absence de preuves sont autant d’éléments à même d’inquiéter les investisseurs sur la liberté d’entreprendre en Tunisie », affirme Nazih Souei, avocat de Nessma, qui a lancé pas moins de 23 plaintes contre I Watch.

Copie du document envoyé par l’ONG I Watch au directeur de la chaîne Nessma TV, obtenu en exclusivité par Jeune Afrique :

Groupe Nessma

Copie du document envoyé par l'ONG I Watch au groupe Nessma, daté du 24 mai 2016. © Groupe Nessma