Société

Tunisie : Ahmed Ben Amor, vice-président de l’association Shams contre l’homophobie, survit à une tentative de suicide

Des militants de l'association Shams pour les droits des LGBT en Tunisie. © Facebook/Shams

La vie d’Ahmed Ben Amor, vice-président de l’association tunisienne Shams, a pris une tournure tragique ce week-end. Menacé de mort et harcelé verbalement pour son combat contre l’homophobie en Tunisie, il a été hospitalisé samedi après avoir tenté de se suicider.

La pression subie par le jeune homme de 20 ans, notamment à la suite de ses apparitions médiatiques, a été trop forte. Le 9 juillet, l’association Shams a annoncé que son vice-président était hospitalisé dans « un état comateux » après avoir avalé « une énorme quantité de médicaments ». Dimanche, son état s’est amélioré et « il semble sauvé ».

Des centaines de menaces de mort

Invité à débattre de l’homosexualité dans l’émission « Klem Ennes » fin avril, en réponse aux propos virulents de l’acteur Ahmed Landolsi (qui a qualifié l’homosexualité de « maladie »), Ahmed Ben Amor s’est retrouvé face à un mur de clichés et d’incompréhension. Seul face à deux fervents opposants, il a tenté tant bien que mal de faire entendre sa voix lors de cette première apparition télévisée. Une intervention qui lui vaudra ensuite des centaines de messages homophobes et des menaces de mort sur les réseaux sociaux, sur son téléphone et dans la rue. Depuis, la peur et la paranoïa hantent Ahmed Ben Amor, qui ne sort jamais seul de chez lui, a-t-il confié à plusieurs médias.

Tous nos membres qui sont restés en Tunisie ainsi que tous les autres militants LGBT subissent ces mêmes pressions sous le regard complice de l’État tunisien

« Les menaces et la pression que subit Ahmed au quotidien sont bel et bien la cause de cette malheureuse tentative désespérée », a expliqué Yadh Krendel, président co-fondateur de Shams, à Jeune Afrique. « Tous nos membres qui sont restés en Tunisie ainsi que tous les autres militants LGBT subissent ces mêmes pressions sous le regard complice de l’État tunisien. Il faut que ce dernier s’implique dans la protection de nos minorités », a-t-il ajouté.

Lundi, Ahmed Ben Amor s’est exprimé pour la première fois depuis son hospitalisation :

« Double-jeu des pouvoirs publics tunisiens »

Dans un communiqué publié le 11 juillet et intitulé « Tunisie : que fais-tu de ta jeunesse ? », l’association Shams a tenu à remercier son entourage, des militants tunisiens et étrangers ainsi que les internautes qui ont exprimé leur soutien via des messages d’amitié. Sur Twitter, le hashtag #WeLoveYouAhmed est utilisé dans le monde entier depuis dimanche en signe d’encouragement.

Mais l’association partage également son « amertume » et sa « colère » face à la violence des propos tenus pendant le coma du jeune homme, ainsi que « l’incroyable double-jeu des pouvoirs publics tunisiens qui brandissent la beauté de la démocratie naissante à l’international et qui menacent, traquent, bafouent les droits de l’homme les plus élémentaires sur leur sol. »

En décembre 2015, le vice-président Hedi Sahly avait déjà dû fuir la Tunisie après avoir été victime de plusieurs menaces de mort à son encontre ainsi qu’à celle de ses proches. Puis en janvier 2016, l’association a reçu une lettre du contentieux de l’État lui notifiant la suspension de son activité pour existence illégale, avant que cette suspension ne soit annulée en appel en février.

Créée en 2015, Shams (« soleil » en arabe) est la première association à défendre ouvertement les droits des homosexuels en Tunisie, en demandant notamment l’abrogation de l’article 230 du code pénal tunisien (qui criminalise les rapports sexuels entre personnes consentantes de même sexe).

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