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L’UA souhaite une force multinationale de 7500 hommes contre Boko Haram

Le siège de l'Union africaine, à Addis-Abeba. © AFP

Le conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine s'est fermement engagé jeudi soir en faveur de la création d'une force multinationale contre Boko Haram. Les dirigeants africains plaident aussi pour le vote d'une résolution à l'ONU et la mise en place d'un fonds dédié.

Réunis le 29 janvier au soir, à Addis-Abeba, en marge du 24e sommet de l’Union africaine, les pays membres du conseil Paix et sécurité ont approuvé le déploiement d’une Force multinationale mixte (FMM), telle qu’ébauchée à Niamey le 20 janvier, pour lutter contre le groupe terroriste Boko Haram. Participeront à cette force les pays de la Commission du bassin du lac Tchad (Cameroun, Tchad, Nigeria, Niger), ainsi que le Bénin, qui a déjà proposé un bataillon de 700 hommes, et "tous les pays africains qui souhaiteront se porter volontaires", précise un ministre sahélien des Affaires étrangères.

Du 5 au 7 février, des experts se réuniront à Yaoundé, au Cameroun, afin "de préciser le concept d’opération et les règles d’engagement" de cette force, a expliqué le chef de la diplomatie camerounaise, Pierre Moukoko.

Résolution au Conseil de sécurité de l’ONU 

L’idée est d’ensuite obtenir le vote d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. "Les Français, les Britanniques et les Américains nous soutiennent, assure le ministre sahélien. Ils se sont engagés à présenter rapidement le projet à New York." Une fois le texte adopté, les dirigeants africains espèrent qu’un fond dédié ("trust fund") pourra être mis en place et que l’ONU y contribuera très largement. "Ce type d’opération coûte extrêmement cher. Seuls les Nations unies ont les moyens d’engager les fonds pour nous aider", ajoute Pierre Moukoko.

>> Lire aussi Boko Haram : intervention tchadienne, présence française et métastases

"Il est recommandé que les pays de la région soient autorisés à porter la Force multinationale à 7 500 hommes", a précisé Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la commission de l’UA, dans un communiqué publié à l’issue de la réunion. D’après une source diplomatique ouest-africaine, les représentants nigérians ne se sont pas opposés au déploiement d’une telle force, mais ont émis plusieurs conditions : qu’elle soit opérationnelle après les élections présidentielle et législatives du 14 février dans leur pays et qu’elle soit commandée par un militaire nigérian.

Ne demandons pas à l’ONU, à la France ou à un autre pays européens d’intervenir chaque fois que nous avons un problème en Afrique, dit Idriss déby Itno.

Dans la salle étaient notamment présents deux chefs d’État directement concernés par le sujet du jour : le Tchadien Idriss Déby Itno et le Nigérien Mahamadou Issoufou. Absents, les présidents nigérian et camerounais, Goodluck Jonathan et Paul Biya, étaient eux représentés par leurs ministres des Affaires étrangères.

"Nous devons agir"

Avant de quitter les lieux, le président tchadien, qui a déjà envoyé des troupes pour sécuriser le nord du Cameroun, s’est brièvement exprimé devant la presse. "Ne demandons pas à l’ONU, à la France ou à un autre pays européens d’intervenir chaque fois que nous avons un problème en Afrique. L’Afrique a des moyens, des capacités et des hommes. Il suffit d’avoir la volonté. […]. C’est un drame qui se déroule sous nos yeux et ceux de la communauté internationale. Nous ne pouvons pas attendre que telle résolution soit prise ou que telle autorisation soit donnée. Il appartient à tous ceux sont de bonne volonté de nous appuyer dans notre action."

Dans son discours d’ouverture, Nkosazana Dlamini-Zuma avait une nouvelle fois appelé à l’union face au groupe terroriste nigérian. "Nous devons agir. Boko Haram est une menace pour toute l’Afrique et pas seulement pour le Nigeria. En tant que mère, je ne peux pas rester les bras croisés quand je vois des jeunes filles se faire kidnapper et des garçons tués", a-t-elle insisté, usant d’un registre émotionnel dont elle est peu coutumière.

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Anne Kappès-Grangé et Benjamin Roger, envoyés spéciaux à Addis-Abeba

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