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Comment Benyamin Netanyahou a pris l’Afrique par les sentiments

Par - à Jérusalem

Le 6 juillet 2016, accompagné du président rwandais, Paul Kagamé, Benyamin Netnyahou s'est rendu au mémorial de Gisozi à Kigali où reposent dans des sépultures communes quelques 250.000 des 800.000 victimes du génocide rwandais. © Stringer/AP/SIPA

La tournée africaine du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui s'achève ce jeudi, fut riche en symboles. En misant sur la lutte antiterroriste et le partage de la mémoire, l'État hébreu espère regagner sa place sur le continent. Et renforcer sa posture sur la scène internationale.

Nul doute, le Premier ministre israélien est pleinement satisfait de sa visite historique dans quatre pays africains, qui s’achève jeudi 7 juillet. L’équation est simple: « Ici, nous sommes vus comme une superpuissance dans de nombreux domaines : les technologies, le renseignement, l’eau, l’agriculture, la cybernétique et bien d’autres choses », a-t-il confié lors de son passage au Kenya, le mardi 5 juillet.

L’accueil très chaleureux qui lui a été réservé à chaque étape de son voyage semble confirmer cette image de marque. « L’Afrique a besoin d’Israël », lui a d’ailleurs répondu le président kényan, Uhuru Kenyatta, qui s’est engagé à œuvrer pour que l’État hébreu retrouve son statut d’observateur au sein de l’Union africaine (UE). « La réintégration d’Israël dans cette organisation panafricaine est essentielle pour tous ceux qui voient le terrorisme comme un défi commun », a poursuivi l’homme fort de Nairobi.

Campagne de charme 

Le Kenya et Israël ont considérablement renforcé leur coopération sécuritaire depuis les attentats de Mombasa, en novembre 2002. Longtemps, c’est sur cette expertise très particulière qu’a misé Tel Aviv pour s’implanter sur le continent. Aujourd’hui, la donne n’a fondamentalement pas changé. En témoigne, le sommet africain qui s’est tenu le 4 juillet en Ouganda. Entouré de sept chefs d’État africains, dont son hôte, Yoweri Museveni, le Premier ministre israélien a certainement savouré l’instant, alors que son pays semble isolé sur la scène internationale, en particulier dans les instances onusiennes où il entend s’appuyer sur cette nouvelle alliance en gestation au moment de votes cruciaux. 

L’étrange lapsus de Museveni n’a pas manqué d’intriguer la presse israélienne

Son offensive de charme – renforcée par la venue d’une cinquantaine d’hommes d’affaires israéliens et un chèque de 13 millions de dollars destinés à des investissements en Afrique – n’aurait sans doute pas eu le même impact sans des messages forts. À Entebbe, Israël et l’Ouganda ont commémoré conjointement le quarantième anniversaire de l’opération menée par les commandos de Tsahal pour secourir la centaine d’otages d’un vol Paris-Tel Aviv détourné par des Palestiniens. « Ce triste événement, il y a 40 ans, est devenu un autre lien reliant la Palestine à l’Afrique », a résumé Museveni, dont le lapsus n’a pas manqué d’intriguer la presse israélienne.

Mémoire partagée

À Entebbe, Benyamin Netanyahou a enfin pu rendre un hommage solennel à son frère aîné, Yonathan, abattu dans les premières minutes de l’assaut, le 4 juillet 1976. Mais c’est une autre mémoire que le Premier ministre israélien a tenu à honorer lors de sa tournée africaine. Mercredi 6 juillet, à Kigali, Netanyahou s’est rendu au mémorial de Gisozi où reposent dans des sépultures communes quelques 250 000 des 800 000 victimes du génocide rwandais, selon l’ONU. « Mon peuple connaît également la douleur d’un génocide. C’est un lien unique, même si c’est un lien qu’aucun de nos peuples ne souhaite avoir », a déclaré le chef du gouvernement israélien, lors d’une conférence de presse avec le président Paul Kagamé. Avec des intérêts communs et, accessoirement, la mémoire en héritage, le rapprochement israélo-africain est en marche.

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