Fermer

À 41 ans, la Cedeao doit s’adapter aux temps présents

par

Rinaldo Depagne est directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’International Crisis Group.

Des Maliens manifestent à Bamako contre l'intervention étrangère au Mali, le 18 octobre 2012. ©

Le 4 juin dernier, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) étaient réunis à Dakar.

Signe des temps, l’ordre du jour de cette 49e conférence a réservé plus d’espace aux questions politiques qu’au débat sur le développement économique. En plus de l’examen de situations nationales dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali ou la Guinée Bissau, l’organisation s’est surtout penchée sur des thèmes transnationaux comme la lutte contre le terrorisme ou les conflits liés aux activités pastorales, qui font désormais peser de nouvelles menaces sur la sécurité de l’Afrique de l’Ouest. Pour faire face à ces nouveaux défis, l’organisation doit se réformer en profondeur.

Au moment de sa création, en 1975, la Cedeao, une communauté de quinze États aux profils politiques, linguistiques et économiques variés, avait pour mandat initial de favoriser l’intégration économique régionale. Mais depuis le début des années 90, son rôle est devenu de plus en plus politique et son action a finalement plus consisté à promouvoir la paix et la sécurité régionale qu’à stimuler les économies ouest-africaines. Composée d’États fragiles n’ayant pas encore stabilisé leur système politique, la Cedeao a été contrainte de faire face à une multiplication des crises, la forçant à jouer un rôle de « pompier » dans les pays membres. Si elle a connu quelques succès, comme par exemple en Guinée-Bissau, l’organisation a aussi montré dans le domaine de la sécurité des faiblesses évidentes qui nécessitent une profonde réforme institutionnelle et un changement de culture.

La Cedeao n’est pas équipée pour lutter contre les activités criminelles transnationales, élément majeur d’une crise multidimensionnelle

Autrefois confrontée à des crises politiques et militaires internes, comme celle qui s’est déroulée au Liberia à partir de décembre 1989, la Cedeao est désormais face à des crises plus complexes, qui ont tendance à dépasser les frontières des États et même des régions. C’est le cas de la crise sahélienne et de celle du bassin du lac Tchad, deux foyers de conflits qui excèdent son cadre géographique et sur lesquels l’organisation a du mal à être efficace. Dans le Sahel, la Cedeao n’est pas équipée pour lutter contre les activités criminelles transnationales, élément majeur d’une crise multidimensionnelle. Il lui sera difficile de pacifier cet espace sans se doter, au plus vite, d’un véritable pôle de lutte contre le crime organisé, compris au sens large du terme, et incluant le terrorisme, les trafics de drogues, de personnes ou d’armes.

Face au phénomène Boko Haram, la Cedeao est handicapée par l’absence de cadre légal commun avec la Communauté économique des États d’Afrique centrale, dont deux de ses membres le Cameroun et le Tchad, sont également touchés de plein fouet par cette organisation terroriste. Pour renforcer son action contre Boko Haram, la Cedeao a d’abord besoin d’investir dans la connaissance de son voisinage, notamment en Afrique centrale mais aussi en Afrique du Nord, base arrière ou rampe de lancement de mouvements criminels et violents. Elle doit inviter rapidement les autres communautés économiques régionales en Afrique ainsi que l’Union africaine à définir un cadre de collaboration permanent sur les questions de terrorisme et de trafics illicites.

Plus généralement, les interventions de la Cedeao ont révélé, au fil des années, un manque de moyens militaires et de capacité de mobilisation diplomatique. En d’autres termes, la Cedeao a de grandes difficultés à intervenir dans un contexte de conflit armé ouvert, comme au Mali par exemple, qu’il s’agisse de prévenir ce type de conflit ou de l’éteindre.

La Cedeao devrait procéder à un réexamen de toutes les dimensions de sa force en attente, son bras armé qui a succédé en 2004 à l’Ecomog

L’organisation doit donc se fixer de nouveaux objectifs et se doter de nouveaux moyens d’action. Outre une coopération régionale et continentale évoquée précédemment, l’organisation régionale ouest africaine devrait procéder à un réexamen de toutes les dimensions de sa force en attente, son bras armé qui a succédé en 2004 à l’Ecomog. Cela concerne non seulement la doctrine et les procédures opérationnelles, mais aussi le financement, sachant que cette force souffre d’un manque de moyens récurrent.

La Cedeao doit parallèlement développer une diplomatie active et cohérente et s’exprimer d’une seule voix. Elle doit convaincre les États membres de la nécessité de faire de la diplomatie régionale un complément voire un substitut aux efforts diplomatiques nationaux, affaiblis, eux aussi, par un manque évident de ressources financières.

Il n’existe pas d’organisation régionale forte sans pays leader. Le Nigeria, par son poids économique et démographique, est le plus apte à jouer ce rôle de moteur de la réforme. Ce pays compte pour 77 pour cent du produit intérieur brut de la Cedeao et, à ce titre, est le mieux à même d’apporter des ressources financières aux opérations de maintien ou d’imposition de la paix de l’organisation. Géant continental qui espère dans les prochaines années jouer un rôle de premier plan au sein de l’organisation des Nations unies, le Nigeria doit travailler à la restauration de sa diplomatie et faire de la redynamisation de la Cedeao un axe essentiel de cette diplomatie rénovée.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici