RD Congo : qui était (vraiment) l’abbé Apollinaire Malumalu

L'abbé Apollinaire Malumalu, ancien président de la Ceni en RD Congo, le 13 octobre 2014. © Gwenn Dubourthoumieu/J.A.

L'Église catholique a annoncé jeudi le décès de l'abbé Apollinaire Malumalu, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de la RD Congo. Retour sur le parcours et la vie d'un clergé expert électoral.

« Très respecté » dans le nord-est de la RD Congo

Natif de Lubero, dans le nord-est de la RD Congo, l’abbé Apollinaire Malumalu Muholongu nous confiait en octobre 2014 qu’il était resté « très attaché à sa province natale, le Nord-Kivu ».

Installé à Kinshasa depuis plusieurs années, le clergé a continué par exemple à dispenser chaque année le cours de sciences politiques à l’université catholique de Graden dans la ville de Butembo. « Je suis également resté membre du diocèse de Butembo-Beni », rappelait-il régulièrement à ses interlocuteurs, soulignant qu’il était « très respecté » dans sa communauté.

Je n’ai jamais participé à aucune campagne électorale

Chaque dimanche, l’abbé Malumalu avait d’ailleurs l’habitude de rassembler autour de lui tous les acteurs politiques de cette partie du pays, qu’ils soient de la majorité au pouvoir ou de l’opposition. « Ils [répondaient] à mon invitation parce que je ne suis pas partisan : alors que je suis l’une des notabilités sociales du Nord-Kivu capables de mobiliser la population, je n’ai jamais participé à aucune campagne électorale », commentait-il.

« Père spirituel » et « maître » des experts électoraux congolais

L’abbé Malumalu a décroché un diplôme d’études approfondies (DEA) à Lyon et un doctorat en sciences politiques à Grenoble. C’est d’ailleurs dans cette ville des Alpes, dans le sud-est de France, qu’il a été curé entre 1993 et 1996, avec 11 paroisses à sa charge.

Entre 2002 et 2003, l’abbé Malumalu prend part aux négociations de paix notamment à Pretoria pour le compte de la société civile congolaise. Après la signature de « l’accord global et inclusif » entre les différentes parties prenantes, il est nommé expert au service d’études stratégiques attaché au cabinet du chef de l’État, puis désigné président de la Commission électorale indépendante (CEI).

C’est Malumalu qui m’a tout appris. C’est un maître.

C’est sous sa présidence en effet que la CEI organise le 30 juillet 2006 la première élection présidentielle pluraliste de l’histoire de la RD Congo. « Tout au long de ce processus électoral difficile, l’abbé Malumalu a toujours été serein. Il n’était pas quelqu’un d’agité. Même devant de grands couacs – à l’instar du refus de la présidente de la CEI de signer le document relatif à la publication des résultats du second tour -, il gardait toujours son calme », se souvient Désiré Baere qui a travaillé à ses côtés dès 2005.

Pour cet expert électoral, « c’est Malumalu qui [lui] a tout appris. C’est un maître ». Corneille Nangaa, actuellement président de la Commission nationale électorale indépendante (Ceni), le considère pour sa part comme un « père spirituel ».

Était-il un proche du président Joseph Kabila ?

Inversement, ses détracteurs, plus nombreux au sein de l’opposition, l’ont souvent accusé de jouer le jeu du président Joseph Kabila dont il serait proche. Certains lui reprochent la manière dont il a organisé les élections de 2006, et d’autres pointent son nom qui revient souvent dans les structures mises en place par le président de la République.

Après avoir coordonner en 2007, les travaux de la conférence Amani à Goma, dans le Nord-Kivu, destinés à pacifier une fois pour toutes cette partie de la RD Congo, l’abbé Malumalu s’est occupé de la mobilisation des ressources financières au sein du Starec, le plan de stabilisation et de restauration des régions affectées par les conflits, créé par le président Joseph Kabila.

Le clergé a également participé aux pourparlers de Kampala en 2013 « en tant qu’expert », précisait-il. Pour lui, à l’époque, lors de ces négociations entre Kinshasa et le Mouvement du 23-Mars (M23), « il y avait d’un côté le camp de la République et de l’autre, celui des rebelles ». « Je n’ai jamais travaillé avec Joseph Kabila dans un cadre qui ne soit pas institutionnel ! », expliquait-il à Jeune Afrique lors d’une interview en 2014.

Un « grand bosseur »

Fort de l’expérience acquise lors de l’organisation des élections en 2006, l’abbé Malumalu a participé à l’École de formation électorale en Afrique centrale (EFEAC), une initiative portée par 10 pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’avaient motivé en 2013 à revenir aux affaires pour présider de nouveau la Ceni de son pays, après des élections controversées organisées en 2011 par son successeur. Un retour pour « aider le président Kabila à se maintenir au pouvoir », dénonçaient de leur côté ses détracteurs.

« Moi, je ne suis pas un chômeur », s’amusait-il à rappeler. « Il était un grand bosseur. Il m’avait un jour confié qu’il ne dormait que quatre heures par jour », confirme Désiré Baere, l’un de ses anciens collaborateurs.

L’abbé Malumalu coordonnait la rédaction d’un ouvrage de 2000 pages sur l’enseignement social de l’Église avant de devoir s’interrompre il y a quelques mois pour lutter contre une tumeur au cerveau. L’ancien président de la Ceni (il avait démissionné en octobre 2015 pour des raisons de santé) est décédé jeudi 30 juin à Dallas, au Texas où il était soigné. 

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