Lac Tchad : où en est l’offensive de la Force multinationale mixte contre Boko Haram ?

Des troupes nigérianes impliquées contre Boko Haram dans le nord-est du pays, en mars 2015. © str/AP/SIPA

La grande offensive de la force régionale contre Boko Haram est lancée. Au nord et à l’ouest du lac Tchad, Nigériens et Tchadiens sont à la manœuvre, tandis que Nigérians et Camerounais évoluent dans la zone sud. Jeune Afrique fait le point.

Les opérations ont (enfin) débuté. Si Boko Haram a une nouvelle fois frappé au Cameroun sous la forme d’un attentat-suicide mercredi 29 juin, ce que la secte n’avait pas fait depuis février, celle-ci se trouve désormais sous le feu de la Force multinationale mixte (FMM) dans son réduit des environs du lac Tchad.

Comme l’avait annoncé le ministre de la Défense nigérien, Hassoumi Massaoudou, au lendemain de l’attaque de Bosso le 3 juin, l’offensive de la FMM se déroule sur trois axes autour du lac Tchad (voir carte en fin d’article).

Nigériens et Tchadiens au Nord-Ouest

Des manœuvres ont été lancées depuis mi-juin. Dans un premier temps, selon une source ministérielle au Niger, les forces nigériennes ont pilonné Boko Haram dans la zone nord et ouest du lac Tchad, depuis les bases de Bosso et de N’guigmi, avec un appui aérien, notamment des hélicoptères de combat venus de Diffa.

Les forces tchadiennes en faisaient de même depuis leurs positions. Mais une partie de celles-ci a, depuis, progressé vers le Niger. De source nigérienne, des troupes tchadiennes, dont de nombreux véhicules et des blindés légers, sont aujourd’hui stationnées à Nguigmi, avec l’armée du Niger. L’objectif de la FMM dans la région est de sécuriser la zone de la frontière entre le Nigeria et le Niger, matérialisée par la rivière Komadougou.

Les Nigérians au Sud-Ouest

Si sa mise en action a été trop lente, notamment au goût des Nigériens et des Tchadiens, l’armée nigériane progresse au sol dans le nord-est de l’État de Borno, vers le sud-ouest du lac Tchad. L’opération « Lafiya Dole » de l’armée nigériane, lancée dans le cadre de l’opération « Gama Aiki » de la FMM, a pour objectif de détruire les bases de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad et de l’empêcher d’en créer de nouvelles, selon un porte-parole de l’armée.

Selon les plans d’état-major de la FMM, l’armée nigériane doit ouvrir un front de son côté de la frontière, tandis que Nigériens et Tchadiens occuperaient durablement des positions le long de la rivière Komadougou, frontière entre le Niger et le Nigeria. Les actions militaires, soutenues par des éléments camerounais, se déroulent notamment du sud vers le nord le long de la frontière avec le Cameroun depuis l’est de Maiduguri, non loin de la forêt de Sambisa, dans les alentours de Bama et de Ngoshe plus récemment.

L’offensive présente un objectif double : encercler les jihadistes dans la forêt de Sambisa, leur base la plus importante, et pousser les éléments de Boko Haram en fuite vers le nord, et donc le lac Tchad, où la FMM a planifié une offensive en tenaille.

Les Camerounais au Sud

L’armée camerounaise, dans le cadre du secteur numéro un de la FMM, commandée par le général Bouba Dobekréo, ancien conseiller du Bataillon d’intervention rapide (BIR), a lancé le 24 juin une offensive dans le bassin du lac Tchad, la plus importante dans cette zone depuis le lancement des hostilités contre Boko Haram.

Les troupes, 2 500 hommes, ont fait mouvement depuis Makary, où elles avaient été massées depuis le 20 juin. Progressant en territoire nigérian, via le village de Kamouna, l’offensive, qui est « en train de s’achever », selon un gradé camerounais, visait à attaquer la base de Boko Haram près de Saguir et à réduire l’influence de la secte autour du lac Tchad. La base de Saguir était considérée comme une des principales menaces pour le nord du Cameroun.

Soutenu depuis l’arrière par le BIR, le contingent camerounais de la FMM ambitionne de sécuriser la zone frontalière avec le Nigeria, depuis Ngoshe jusqu’au lac Tchad. L’armée camerounaise envisage à ce titre d’entretenir une présence préventive dans la zone. À de multiples reprises, Boko Haram a en effet maintenu sa présence dans des villages que l’armée nigériane avait tardé à réinvestir. « S’il n’y a pas de présence régalienne dans les zones que nous reprenons au Nigeria, ces offensives seront des échecs », prévient un responsable de l’armée camerounaise.

Cliquez sur les repères pour afficher les forces en présence et les actions menées.

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