Ce jour-là : dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976 un commando israélien frappe l’aéroport d’Entebbe en Ouganda

L’ancien président ougandais Idi Amin Dada. © Archives Jeune Afrique

Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, l'aéroport international d'Entebbe, en Ouganda, est le théâtre d'une improbable opération militaire israélienne visant à libérer une centaine de ressortissants retenus en otage par le Front Populaire de Libération de la Palestine.

Digne d’un film d’espionnage, l’opération Thunderbolt menée par des troupes d’élite de l’armée israélienne est sans précédent.

27 juin 1976 : le vol Air France 139 Tel-Aviv-Paris est détourné vers la Libye

Le 27 juin 1976 le vol Air France 139 Tel-Aviv-Paris vient juste de redécoller d’Athènes où il avait fait escale pour embarquer des passagers. Soudain, peu après le décollage, vers 12h30, quatre pirates de l’air détournent l’avion vers Benghazi en Libye. Les preneurs d’otages sont deux membres du FPLP et deux Allemands (Wilfried Böse et Brigitte Kuhlmann) appartenant aux « Revolutionäre Zellen » (cellules révolutionnaires).

Après cette courte halte libyenne effectuée pour se ravitailler en carburant, l’avion redécolle en direction du sud de l’Afrique sans destination précise. Ayant essuyé un refus des autorités soudanaises pour atterrir à Khartoum, l’Airbus A-300 se pose à trois heures du matin sur l’aéroport d’Entebbe, situé sur les rives du lac Victoria, à une trentaine de kilomètres de la capitale ougandaise, Kampala.

Les quatre preneurs d’otages, qui détiennent 248 passagers, sont vite rejoints à bord par trois membres du FPLP déjà présents en Ouganda. Désormais au nombre de sept, les pirates de l’air aidés de l’armée ougandaise d’Idi Amin Dada s’empressent de trier les passagers en fonction de leur nationalité et de leur religion. Les non-israéliens et les non-juifs sont vite libérés, tandis que les autres, au nombre de 94 sans compter les douze membres d’équipage, sont dirigés dans l’ancien terminal de l’aéroport.

Il apparaîtra bien plus tard, avec la déclassification d’archives diplomatiques françaises, qu’Amin Dada a joué un rôle plus ambiguë qu’il n’y paraît, faisant notamment office de médiateur entre les autorités israéliennes et françaises et les preneurs d’otages.

Les revendications des terroristes sont simples : ils exigent la libération d’une cinquantaine de combattants du FPLP emprisonnés en Israël et dans plusieurs pays européens tels que la Suède et la Suisse, ainsi que celle de membres des « Revolutionäre Zellen » détenus en Allemagne de l’Ouest.

1er juillet : les fausses négociations commencent

Le 1er juillet, Israël accepte d’entamer des négociations. Cette attitude, surprenante de la part de l’État hébreu, n’est que de façade : en réalité, l’une des opérations militaires les plus audacieuses de l’Histoire moderne est en cours de préparation.

Une de Jeune Afrique n°810 du 16 juillet 1976

L’état major israélien, après avoir constaté que l’aéroport d’Entebbe ne dispose pas de défense antiaérienne, et avec l’aval du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, lance une opération de sauvetage. Consistant à déployer des unités armées dans un environnement hostile à 4 000 km des frontières israéliennes, l’opération Thunderbolt est plus qu’osée, et ne se fera pas sans remous géopolitiques sur le continent.

Pour préparer l’opération, Tsahal regroupe le plus de renseignements disponibles sur l’aéroport et les preneurs d’otages grâce à la collaboration du Mossad et au témoignage des otages libérés. Les militaires disposent en outre d’un avantage non négligeable : l’aéroport ayant été construit par une entreprise israélienne en 1972, ils ont en leur possession les plans des lieux.

3 juillet, 23 heures : l’assaut sur Entebbe est lancé

Dans la nuit du 3 juillet, aux alentours de 23 heures, un premier C-130 Hercule de l’armée israélienne se pose sur la petite piste abandonnée de l’aéroport. Il est suivi de deux autres appareils identiques.

Les 200 hommes du commando israélien ont deux missions distinctes. Une partie d’entre eux est chargée de détruire les avions de chasse ougandais (des Mig 17 et 21) pour empêcher toute poursuite aérienne au retour, et satisfaire au passage leur allié kényan qui leur a fourni un soutien logistique en autorisant les trois avions à faire escale à l’aéroport de Nairobi.

Le deuxième commando, dirigé par le commandant Yonathan Netanyahou (frère de Benyamin Netanyahou), s’approche du terminal en trompant les soldats ougandais en faction au moyen d’un subterfuge particulièrement original : lorsque les soldats israéliens débarquent de la soute du C-130, ceux-ci sont placés dans trois voitures, deux jeep et une Mercedes noir. Le stratagème ne fait qu’imiter le protocole de déplacement d’Idi Amin Dada : ainsi motorisé, le commando gagne un temps précieux avant de mener l’assaut contre les preneurs d’otages et les soldats ougandais.

Le commando fait irruption dans le terminal où les otages sont retenus. La surprise est totale : après un échange de tirs intense, les services spéciaux israéliens abattent tous les preneurs d’otages ainsi que quelques soldats ougandais. Trois otages sont tués dans la mêlée et le commandant de l’opération Yonatan Netanyahou est mortellement blessé.

4 juillet, minuit et demi : les C-130 reprennent les airs

Après une heure trente de présence, les trois C-130 décollent d’Entebbe en direction du Kenya, où un avion médicalisé et un ravitaillement en carburant les attendent. Derrière, l’aéroport est un lieu de désolation. Le quart de la chasse aérienne ougandaise est détruite et entre 20 et 40 soldats ougandais (selon les sources) sont tués.

4 juillet, midi : les otages et leurs libérateurs sont accueillis à Tel-Aviv par une foule en liesse

Les avions israéliens arrivent le 4 juillet aux alentours de midi à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, où une foule en liesse est venue les accueillir. La plupart des États occidentaux célèbrent une victoire d’Israël sur les terroristes.

Cependant dans le monde afro-arabe, les réactions sont beaucoup plus mitigées, quand elles ne sont pas accusatrices. Beaucoup de chef d’États du continent accusent le Kenya de Jomo Kenyatta d’avoir collaboré avec les Israéliens uniquement pour affaiblir militairement son ennemi et voisin ougandais. Lors du sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine de Port-Louis, à l’Île Maurice (du 2 au 5 juillet 1976), les États membres critiquent avec fermeté cette agression israélienne contre un pays africain.

Cette opération affaiblira sérieusement le régime d’Amin Dada, qui finira par tomber à l’issue de la guerre tanzano-ougandaise en avril 1979.

Retrouvez ci-dessous le point de vue de Habib Boularès publié dans le n°810 de Jeune Afrique du 16 juillet 1976. N’hésitez pas à agrandir la fenêtre pour un plus grand confort de lecture en cliquant sur le bouton en bas à droite.