Belgique – Damso : « Travailler derrière un bureau, ça ne m’intéressait pas »

Le rappeur bruxellois Damso. © DR/Universal

À 24 ans, le rappeur Damso débarque directement dans la cour des grands en signant une apparition sur Nero Nemesis, le dernier opus de Booba, et en signant sur le label de ce dernier son premier disque, « Batterie faible » (sortie le 8 juillet sur le label 92i).

Originaire de la RD Congo, Damso vient de la très prolifique scène bruxelloise. Rappeur aguerri au flow virtuose, il excelle aussi bien dans l’écriture de ses punchlines (bien crues) que dans ses productions. De passage à Paris, nous avons rencontré un rappeur à la carrure imposante et au calme olympien, bien décidé à imposer son style en France. Pour Jeune Afrique il revient sur son parcours, sa signature sur le label de Booba, la RD Congo, la scène rap bruxelloise et sur ce qui l’a poussé à ne pas choisir la vie de bureau.

 

 

Jeune Afrique : Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Damso : Je suis né à Kinshasa et je suis arrivé en Belgique à 9 ans et demi. J’y ai fait ma scolarité, puis, comme beaucoup d’Africains, j’ai fait pas mal d’allers et retours en RD Congo. Je suis revenu vraiment l’année dernière, pour me lancer dans la musique.

Vos liens sont-ils encore forts avec la RD Congo ?

Bien sûr. J’y étais pour le mariage de ma sœur il y a un mois. Il y a toute ma famille là-bas.

En RD Congo, votre famille avait-elle un lien particulier avec la musique ?

Mon père joue de la guitare. Mais mes frères écoutaient du rap. Je pense que le fait d’avoir entendu des rappeurs comme 2Pac m’a influencé dans ce que je fais. Et en RDC il y a de la musique partout. Le soir quand tu te couches, tu entends tout le temps de la musique au loin, des guitares. Il y a une ambiance qui n’existe pas ici.

 

 

Quand avez-vous commencé à rapper ?

J’ai commencé à l’âge de 13 ans. À la base c’est mon frère qui rappait et faisait des instrus. Moi j’ai commencé par en faire aussi, puis ça m’a inspiré. J’écrivais déjà depuis longtemps, surtout des histoires, plutôt trash. Et un jour, il y avait un beat qui passait et j’ai rappé. Il a kiffé et j’ai continué en faisant mes propres prod. Mais j’ai toujours écrit, depuis mes huit ans. La communication orale c’était pas trop mon truc.

En parallèle vous avez fait des études ?

Oui, j’ai fait du marketing et de la psycho. Mais le racisme a été un frein dans mes choix de vie. Je ne me suis jamais senti vraiment accepté. J’ai essayé de trouver des boulots, j’ai eu des entretiens. Mais ça n’a pas marché. C’est peut-être à cause de ma taille, je fais peur, je ne sais pas. C’est aussi ce qui m’a poussé dans l’illégalité ; ce n’était pas pour faire le malin, il me fallait du cash. Tout ça met en colère, mais ça donne aussi envie de faire ses propres choix. Travailler derrière un bureau avec un patron qui te traite de « sale nègre », ça ne m’intéressait pas. Je n’ai pas envie d’acquiescer parce que je dois payer mon loyer à la fin du mois. Ça m’a motivé.

 

 

Votre famille était-elle satisfaite de ce choix de carrière ?

Franchement, au début non. J’ai même été un peu chassé de la maison ! Au début certains de mes frères me soutenaient. Maintenant que j’ai fait mes preuves, j’ai signé chez Universal, c’est passé. Mais c’est une question de sécurité, ils avaient peur que je me plante.

Comment expliquez-vous aujourd’hui la montée en puissance de la scène belge ?

On rappe depuis longtemps, et tous les artistes se sont trouvés. En France, un artiste fait un tube et ça fait directement le tour du pays avec des millions de vues sur YouTube. Tandis que nous, on commence vraiment petit à petit, ça nous laisse le temps de nous trouver. Et beaucoup d’artistes se sont trouvés en même temps. Comme Hamza, qui rappe depuis super longtemps. Ça marche maintenant parce qu’on a nos studios. Quand tu vois un artiste émerger, il est presque déjà complet.

 

 

C’est comment la vie à Bruxelles ?

C’est très mélangé. Ici, à Paris, il y a vraiment les banlieues autour, etc. Chez nous il n’y en a pas, tout est mélangé, riches et pauvres, Noirs et Blancs. Tu peux avoir un quartier pauvre à côté d’un quartier riche, ça dérange pas, c’est comme ça.

 

 

Ça a un impact au niveau artistique ?

Oui. Comme tout le monde se connaît, tu peux faire circuler facilement tes prod. On est tous un peu connectés.

Comment vos titres sont-ils arrivés aux oreilles de Booba ?

Il y a quelques mois je suis arrivé à un moment où il fallait que je signe quelque part. Je n’avais pas les moyens d’exporter mes sons, ça demande des budgets. C’est le frère de Shay, rappeuse du label 92i (label de Booba, NDLR), qui a envoyé le projet à Booba. Il y avait d’autres maisons qui m’approchaient, mais il a tout de suite accroché. Il m’a appelé et c’est comme ça que ça a démarré. Il m’a demandé si j’étais chaud pour un feat., il m’a envoyé la prod, j’ai écrit et j’ai renvoyé le même jour. Il m’a renvoyé un autre son, j’ai écrit et renvoyé le même jour. Il a choisi Pinocchio, il a ajouté Gato après, et ça a démarré.

 

 

Comment voyez-vous l’explosion mondiale de la pop africaine ?

Ils tuent. Mais de toutes façons ils ont toujours tué, sauf que là il y a quelque chose. Wizkid il fait des sons terribles. Il est fort.

Et la vague Afrotrap, avec MHD notamment…

J’aime bien ce qu’il fait, il est fort.

On peut dire que le freestyle que vous avez fait sur OKLM (le média de Booba, NDLR) dans l’émission Couvre Feu a marqué les esprits. Il s’est passé quelque chose…

Ce qui est fou dans cette histoire c’est que je ne savais pas que c’était un freestyle. Booba m’avait appelé pour me demander si j’étais chaud pour passer dans l’émission Couvre Feu. J’y suis allé tranquille, mais quand j’arrive sur place, je vois Niska, Kalash… gros freestyle. J’étais pas préparé mais c’est mieux, il y a un vrai truc naturel. Il y avait une bonne ambiance, j’ai kiffé. Quand je suis ressorti, on était comme à un après-match de basket avec des potes. On s’est bien marré, on a fait un bon match. Ça m’a rappelé mes freestyle avec mes potes quand j’étais jeune, sauf que là c’est avec des grands noms qui vendent des disques et font des millions de vues. Mais oui, ça me rappelle l’ambiance dans la rue quand j’étais plus jeune, on mettait nos téléphones et on rappait, on s’en foutait. Chacun sortait des textes. L’alchimie était parfaite. À la base c’est ça le rap, on se lâche, on kick, on s’en fout.

 

Le titre de votre album qui sort le 8 juillet c’est Batterie faible. Pouvez-vous nous faire une petite explication de texte ?

C’est une manière prétentieuse de dire que je viens recharger le game. Mais c’est surtout pour dire que je viens proposer artistiquement autre chose. Je viens recharger avec d’autres sonorités, d’autres styles. C’est pas du commercial ; je viens, je fais mon truc.

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