Nigeria : le naira, à nouveau flottant, chute lourdement face au dollar

Par Jeune Afrique avec AFP

Billets de nairas, émis par la Banque centrale nigériane, gardienne de la politique monétaire et régulatrice du secteur bancaire. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le naira a plongé lundi de près de -30 % face au dollar américain, après la décision du gouvernement de la Banque centrale de laisser flotter la devise nigériane après des mois de taux fixe.

Les échanges du naira sur le marché interbancaire libre ont démarré ce lundi matin. L’ensemble des 24 banques commerciales actives au Nigeria y participent. L’offre est de 249 à 265 nairas pour un dollar, a indiqué à l’AFP un courtier du marché des changes. À 10H00 GMT, le naira était à 262,5 unités pour un dollar, contre 197-199 la semaine passée avant la décision de laisser flotter la devise. Selon les experts, le naira devrait se stabiliser à 250 unités pour un dollar – contre 350 unités au marché noir.

La chute des cours mondiaux du pétrole, qui compte pour environ 70 % des revenus et 90 % des réserves de devises étrangères du Nigeria, a plongé la première économie d’Afrique dans une crise économique et financière majeure.

Dans un pays dépendant très largement des exportations de brut, les devises étrangères se sont mises à manquer, entraînant une chute du naira au marché noir. Mais les autorités avaient décidé, depuis mars 2015, de maintenir le taux de change officiel à 197-199 nairas pour un dollar. Le président Muhammadu Buhari, considérait qu’une dévaluation tuerait le naira, avant de rallier à cette option la semaine dernière.

Le gouverneur de la Banque Centrale (CBN), Godwin Emefiele, a finalement annoncé la semaine dernière avoir l’intention d’autoriser, à partir de ce lundi, la dévaluation du naira, avec un taux de change purement dicté par le marché.

Espoir d’une reprise de l’investissement, mais crainte d’une hausse des prix

Une mesure applaudie par la plupart des chefs d’entreprise, estimant qu’elle va attirer des investissements étrangers dont le pays a grandement besoin, et stimuler l’activité économique du pays – et notamment favoriser les importations -, au ralenti à cause du manque de devises étrangères.

« L’abandon du taux de change fixe va permettre de réduire la spéculation et la thésaurisation de dollars », a estimé Tope Oluwaleye, de la Chambre nigériane de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Agriculture. « L’économie qui a été étranglée à cause de la pénurie de devises étrangères va pouvoir être ranimée, des emplois vont être créés et la productivité va augmenter, ce qui permettra, à long terme, de faire remonter le naira », a poursuivi l’entrepreneur nigérian.

Abolaji Odumesi, un ancien banquier à la tête d’une entreprise de distribution de boissons à Lagos, reconnaît que cette mesure va booster les investissements. Mais il craint les effets à court terme de la dévaluation du naira, dans un pays qui importe la grande majorité de ses biens de consommation courante. « L’impact immédiat, pour la population, c’est la hausse des prix des biens et des services, comme on ne produit rien dans ce pays. Avec la dévaluation, les prix des importations vont augmenter », a-t-il prévenu.

L’inflation a déjà atteint son plus haut niveau en six ans, de 15,6 % en mai.

Selon les médias nigérians lundi, les industriels et les importateurs sont dans l’attente de quatre milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) auxquels ils n’ont pas eu accès durant le contrôle des devises imposé durant les mois précédents. La Banque centrale du Nigeria compte remettre à zéro toutes les demandes de devises étrangères en attente dans le pays à travers des paiements au comptant ou à terme, a précisé le porte-parole de cette organisation, Isaac Okorafor, ce lundi.

 

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