RD Congo : la Gécamines s’associe au chinois CNMC pour développer le gisement de Deziwa

Vue de la mine de cuivre Frontier à Sakania (Sud-Est de la RDC), propriété du luxembourgeois Eurasian Ressources Group, le 3 mars 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

La Gécamines, compagnie minière nationale de la République démocratique du Congo (RDC), planche sur la création d'une co-entreprise avec le groupe China Nonferrous Metal Mining (CNMC), pour le développement du gisement de cuivre de Deziwa. Dans le cadre de cette co-entreprise, deux usines de transformation de cuivre devraient être créées.

Mis à jour le 23 juin 2016, 15H30 CET, suite aux précisions apportées par la Gécamines.

Le voile se lève peu à peu sur l’accord-cadre de coopération stratégique entre la Gécamines et le groupe China Nonferrous Mettal Mining annoncé en juillet 2015.

Au cours des dernières semaines, les responsables de la compagnie nationale minière ont exposé plusieurs contours de ce partenariat.

Présentant, le 8 juin dernier, la « stratégie de modernisation » 2016-2020 de la Gécamines, Albert Yuma Mulimbi, président de la compagnie nationale a évoqué le projet de création d’une co-entreprise avec China Nonferrous Mettal Mining (CNMC) pour l’exploitation du gisement de cuivre de Deziwa, près de Kolwezi, dans le sud-est de la RDC.

La Gécamines avait racheté en 2013 la totalité des parts de la Société minière de Deziwa et Ecaille C (Somidec), une co-entreprise qu’elle avait créée avec Platmin Congo, filiale du britannique Copperbelt Minerals, et dont elle détenait alors 32 % des parts, dans une transaction estimée à près de 200 millions de dollars.

Le gisement de Deziwa, avec des réserves estimées à 5 millions de tonnes de cuivre, est l’un des permis les plus attractifs détenus par la Gécamines qui l’avait arraché de haute lutte, contestant un projet de cession de Platmin à un consortium chinois composé de Zijin Mining Group Co. Ltd , China Africa Development Fund (CADF) et Golden Champion Mining (BVI) Limited [PDF – p. 3].

Financement des infrastructures par le partenaire chinois

Dans le cadre de leur partenariat, China Nonferrous Mettal Mining et la Gécamines vont créer une co-entreprise détenue à 51 % par le groupe chinois. Cette co-entreprise sera chargée du développement du gisement de Deziwa.

Le partenariat prévoit également la construction de deux usines de transformation qui permettront de porter la production de cuivre raffiné de la Gécamines de 15 000 tonnes à 100 000 tonnes. La première usine devrait voir le jour près de Kambove, à 130 kilomètres de la capital régionale Lubumbashi, et disposer d’une capacité de raffinage de 35 000 tonnes par an. La deuxième usine serait installée sur le site minier de Deziwa, avec une capacité de 80 000 tonnes par an.

Selon les responsables de la Gécamines, le projet de co-entreprise avec CNMC préfigure les « nouveaux types de partenariat » qu’entend conclure la compagnie congolaise afin d’accroître sa production : l’ouverture du capital des projets miniers détenus par la Gécamines à un partenaire international chargé d’assurer les besoins de financement initiaux.

Selon Jean Dominique Takis, responsable de la stratégie de la Gécamines cité par le site américain Bloomberg, le financement apporté par CNMC sera remboursé à travers un accord d’achat de la production de cuivre de ces sites. Le partenariat prévoit également qu’au terme de cet accord pluriannuel – dont la durée, en négociations, devrait être déterminée d’ici fin 2016 – la Gécamines devienne propriétaire des usines construites et reprenne l’intégralité de la mine de Deziwa.

Aucun accord définitif n’a été signé pour le moment avec China Nonferrous Mettal Mining.

Un nouveau programme de modernisation

Pour les responsables de la Gécamines, cette initiative entre dans le cadre d’un programme ambitieux de modernisation, qui verra la compagnie investir jusqu’à 717 millions de dollars, sans trop alourdir sa dette.

Selon Albert Yuma Mulimbi, seulement un tiers du plan d’investissement 2016-2020, sera financé par l’emprunt bancaire, soit 195 millions de dollars, rapporte Reuters.

Dans le cadre de son nouveau plan quinquennal, la Gécamines prévoit également le départ de 2 250 salariés (sur un total de 11 000), dans le cadre de départs à la retraite ou de retraites anticipées, pour un coût total de 115 millions de dollars. Ces départs devraient « sensiblement réduire les coûts de l’entreprise », a indiqué Albert Yuma Mulimbi, cité par Reuters.

Un plan trop ambitieux ?

Les projets annoncés par la Gécamines interviennent dans un contexte difficile pour les entreprises minières, durement affectées par le recul des cours des minerais. À 4 524 dollars la tonne, le cours du cuivre est en recul de plus de -20 % sur un an et de -35 % sur deux ans.

Aussi, les sources de financement de la Gécamines n’ont pas été clarifiées et les partenaires financiers pourraient être hésitants à soutenir ces projets au vu de la dette de la compagnie minière.

La Gécamines indique toutefois que cet endettement est en recul depuis fin 2010, où il atteignait 1,667 milliards de dollars contre 1,579 milliard aujourd’hui.

L’entreprise explique également que le plan de financement de 717 millions de dollars est assis, en partie, sur ses ressources propres dans le cadre de son plan de développement du périmètre minier de Kamfundwa où elle projette de produire 74 000 tonnes de cuivre d’ici 24 mois, avec une production en vitesse de croisière annuelle de 55 000 tonnes (contre une production actuelle de 19 000 tonnes). La mise en valeur d’autres actifs devraient également participer à l’augmentation de sa production.

Il faut noter, cependant, que ce n’est pas la première fois depuis le début de la décennie que la Gécamines annonce un ambitieux programme industriel. Son plan stratégique 2012-2016 [PDF] prévoyait une production de 100 000 tonnes de cuivre en 2015 et plan annonçait un budget de 160 millions de dollars pour financer le départ à la retraite de 5 000 salariés de la Gécamines.

En 2013, la Gécamines avait également annoncé le projet de construction d’une usine de cuivre d’une capacité de 200 000 tonnes, pour un coût estimé à 1,5 milliard de dollars. Ce projet est resté lettre morte.