Opération reconquête pour Corsair à Abidjan

Par - Envoyé spécial à Abidjan

Vue d'un Aribus A330-300 de la compagnie aérienne Corsair. © DR

La compagnie aérienne française Corsair a repris officiellement, jeudi 16 juin, la desserte de la ligne Paris-Abidjan, après l'avoir suspendue en octobre 2015. Pour son retour, la filiale du voyagiste TUI Group entend bien bousculer ses concurrents et regagner des parts de marché.

Le vol SS984 de Corsair, en provenance de Paris, s’est posé sans encombres jeudi soir à Abidjan. Un vol qui marque le retour de la compagnie française qui avait suspendu la ligne en octobre 2015.

Lancée deux ans et demi plus tôt, en mars 2013, la connexion Paris-Abidjan devait étoffer la présence de Corsair en Afrique subsaharienne, où elle avait ouvert la desserte de Dakar en 2012. La filiale du groupe allemand de voyages et de tourisme TUI Group avait finalement jeté l’éponge à Abidjan, après avoir perdu de l’argent pendant deux ans et demi, aux dires même de son patron Pascal de Izaguirre.

Au moment de la suspension de la ligne Paris-Abidjan, au dernier trimestre 2015, rendez-vous avait été pris pour une reprise mi-juin 2016 sur la base de quelques mois, de mai à octobre, seule période jugée en interne comme pouvant être rentable.

Au final, le transporteur fait un come-back plus ambitieux que celui imaginé au moment de la suspension. Non seulement Corsair revient, mais la compagnie revient en année pleine avec quatre vols par semaine (lundi, jeudi, vendredi et dimanche), qui seront portés à six pendant les mois de juillet et août.

Que s’est-il passé entre l’annonce du retrait et ce retour en force à Abidjan ?

Plusieurs facteurs expliquent le retour

Un mélange de plusieurs facteurs a joué, expliquent Antoine Huet et Géry Mortreux, directeurs généraux adjoints de la société aux trois Boeing et aux quatre Airbus, qui a réalisé en 2015 ses premiers bénéfices depuis 2009 avec un chiffre d’affaires de 480 millions d’euros.

Parmi ces raisons : un coût du kérosène en chute, des frais d’assistance renégociés à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, des taxes d’aéroport revues à la baisse par les autorités ivoiriennes, une croissance soutenue du nombre de passagers à Abidjan (1,7 million de passagers visés en 2016), le renforcement des relations commerciales entre Paris et Abidjan… Pour Corsair, tous les ingrédients étaient réunis pour que la compagnie revienne vite et fort à Abidjan – et avec des marges.

Pourquoi avoir, dans ce cas, suspendu la ligne pour une période si brève ? « Cela a sonné le réveil auprès de tous nos partenaires. Certes, nous voulions développer des capacités nouvelles en Côte d’Ivoire mais encore fallait-il que cela nous soit rendu possible », explique Antoine Huet, interrogé dans la cabine bien fournie de l’Airbus A330 qui opérait la liaison avec la capitale économique ivoirienne jeudi soir.

Objectif : 70 % puis 90 % de remplissage 

Si 230 sièges étaient occupés sur les 250 disponibles sur le vol officiel marquant la réouverture de la ligne, la concurrence de Corsair a bien profité de l’absence du transporteur français.

Au premier rang de ceux-ci : Air France, présent sur la ligne depuis 75 ans avec 14 vols par semaine, qui a vu sa fréquentation passer de 204 000 passagers en 2014 à 240 000 en 2015. Idem pour Royal Air Maroc, Brussels Airlines, Turkish Airlines, qui sont tous présents à Abidjan et desservent Paris via leur hub respectif.

Cette concurrence n’effraie pas Corsair, qui entend reprendre des parts de marché. L’objectif est d’atteindre immédiatement 70 % de remplissage moyen pour les premiers mois puis d’aller rapidement à 90 %, le meilleur score obtenu dans les bons mois entre 2013 et 2015, expliquent ses responsables.

Le filiale de TUI Group compte également conquérir une nouvelle clientèle qu’elle compte séduire notamment par les prix – puisque la compagnie revendique une entrée de gamme à 657 euros au départ de Paris et à 349 000 F CFA (532 euros) au départ d’Abidjan. Un prix que Corsair juge très inférieur à la concurrence.

L’argument commercial a séduit Auriane Anoh, une Franco-Ivoirienne de 19 ans, étudiante en médecine à Toulouse dans le sud de la France, au départ de l’aéroport de Paris Orly ce jeudi pour rendre visite à sa famille. Elle a acheté son aller-retour à 580 euros sur Corsair, parmi les tickets à prix cassés qui étaient proposés par la société pour le redémarrage de la desserte d’Abidjan.

Corsair prépare cette reprise depuis février par des campagnes publicitaires, par des déplacements de Pascal de Izaguirre puis de Géry Mortreux, ou par le démarchage de Georges Armand Akobe, le représentant commercial de Corsair en Côte d’Ivoire. Et, enfin, hier, par une opération de relations publiques rondement menée qui a vu le consul de Côte d’Ivoire à Paris, Aïdara Abdoulaye, prendre place à bord, accompagné d’une vingtaine de journalistes.

« Une marque du dynamisme de la Côte d’Ivoire »

Si le faste n’était peut-être pas aussi poussé que pour le vol inaugural de mars 2013, hier, à Abidjan, les camions-citernes de l’aéroport international n’ont pas manqué – tout comme il y a trois – d’arroser la carlingue de l’Airbus A330 de Corsair avec les lances anti-incendie en « signe de bonne arrivée ».

Avant que la délégation Corsair ne soit reçue par Bakary Soro, le directeur de cabinet du ministre des Transports, Gaoussou Touré, et une nuée de journalistes et photographes. « C’est le signe de la confiance qui est accordée au dynamisme de la Côte d’Ivoire. D’autres compagnies suivront », a indiqué Bakary Soro.

Seul bemol : un retard d’environ heure aurait pu gâcher la fête. En cause, l’Airbus prévu le soir sur Abidjan avait été mobilisé en journée pour ramener les sponsors du match entre la France et l’Albanie, joué la veille à Marseille dans le cadre de l’Euro 2016. Au point d’obliger la compagnie à appointer un appareil de remplacement au pied levé, causant in fine le décalage.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici