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Éthiopie : plus de 400 morts dans la répression de manifestations, HRW accuse Addis-Abeba

Par Jeune Afrique avec AFP

Beyene Petros, chef de l'opposition éthiopienne à l'occasion d'une conférence de presse où il a dénoncé la répression du gouvernement dans les manifestations de l'Oromia, en décembre 2015. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Plus de 400 morts dans les manifestations antigouvernementales qui se sont déroulées en novembre 2015 en Éthiopie : c’est le chiffre avancé par un rapport de l’organisation Human Rights Watch publié jeudi. Un bilan déjà rejeté par les autorités d’Addis-Abeba.

Les rassemblements populaires dans la région de l’Oromia n’auraient fait que 173 morts, dont 28 policiers et officiels, selon le gouvernement éthiopien.

Dans son rapport intitulé « Une répression si brutale : meurtres et arrestations en réponse aux manifestations des Oromos en Éthiopie », l’organisation de lutte pour les droits humains accuse Addis Abeba d’avoir violemment réprimé les manifestations, pacifiques pour la plupart. Les forces de sécurité éthiopiennes sont pointées du doigt pour avoir, selon HRW, tiré à balles réelles à répétition.

De nombreux étudiants parmi les victimes

La plupart des 300 victimes identifiées par leurs noms par Human Rights Watch sont des étudiants.

« Les forces de sécurité éthiopiennes ont tué par balles des centaines d’étudiants, d’agriculteurs et d’autres manifestants pacifiques, avec un dédain flagrant de la vie humaine », selon Leslie Lefkow, directrice adjointe de la division Afrique à l’ONG. « Le gouvernement devrait immédiatement libérer les personnes arrêtées à tort, soutenir l’ouverture d’une enquête crédible et indépendante, et faire rendre des comptes aux membres des forces de sécurité pour les abus commis. », a-t-elle suggéré sur le site officiel de HRW.

Des dizaines de milliers d’arrestations, de cas de torture ou encore de viols sont recensés par l’ONG dans son rapport de 61 pages.

Instrumentalisation des chiffres

Le gouvernement éthiopien a de son côté mentionné des cas isolés de recours excessif à la force, à travers la Commission des droits de l’Homme du Parlement éthiopien. « Dans l’ensemble, les forces de sécurité se sont comportées de manière très professionnelle et très responsable, mais il y a toujours quelques brebis galeuses », a affirmé Getachew Reda, porte-parole du gouvernement.

Addis-Abeba admet certains écarts, mais conteste radicalement les 400 morts dénombrés par Human Rights Watch, insistant sur les chiffres de la Commission éthiopienne des droits de l’Homme : une liste de 103 victimes avait été publiée en mars dernier par cette instance indépendante, précisant que les autorités avait eu recours à des exécutions extrajudiciaires.

« Le Conseil éthiopien des droits de l’Homme qui n’est pas un ami du gouvernement n’a enregistré que 103 noms (de victimes). Pourquoi pas plus ? Tout simplement parce que ces noms n’existent pas (…) Human Rights Watch est très généreux avec les chiffres quand il s’agit de l’Ethiopie », a ajouté Getachew Reda.

Craintes d’expropriations

En novembre dernier, des manifestations brutalement réprimées s’organisaient pour protester contre un plan d’urbanisme controversé, prévoyant l’extension des limites administratives et territoriales de la capitale éthiopienne. Les fermiers oromos, groupe ethnique le plus important du pays, avait alors craint des expropriations.

Cette communauté met régulièrement en exergue les discriminations imposées par le gouvernement d’Addis-Abeba, favorisant les deux autres grands groupes ethniques du pays, les Tigréens et les Amhara.

Les réformes d’urbanisme prévues pour le gouvernement éthiopien ont été abandonnées en janvier 2016, mais ce recul n’aura pas suffi à apaiser la contestation populaire.

À qui la faute ?

Hailemariam Desalegn, premier ministre de l’Éthiopie, a demandé des excuses devant tout le Parlement en mars dernier pour n’avoir pas été assez attentif aux exigences du peuple. Cependant, il estime que les dégradations et les morts provoqués par ces événements relèvent de la responsabilité de certains manifestants violents.

L’Éthiopie n’avait pas connu de crise aussi grave depuis les violences ayant suivi les élections de 2005, qui avaient fait 200 morts.