Société

Médiatisation jihadiste : dur, dur d’être un Shebab !

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Même lorsque les Shebab rivalisent d’ingéniosité diabolique, leurs “exploits” ne font guère la une de publications occidentales. © Glez

Alors que le groupe terroriste salafiste somalien "Al-Shabaab" fête son dixième anniversaire, qui s’intéresse encore à ses exactions pourtant quotidiennes ? Dans l’implacable Star Academy du jihad, les Shebab apparaissent comme la cinquième roue du carrosse médiatique…

Rien n’y fait. Même lorsque les Shebab rivalisent d’ingéniosité diabolique, leurs « exploits » ne font guère la une de publications occidentales pourtant percluses de psychose. Vendredi dernier, les islamistes somaliens exécutaient six hommes en public pour espionnage, qui par fusillade, qui par décapitation. Et qui leur damait le pion dans le classement des informations les plus consultées, le week-end dernier, sur les sites du Nord ? L’ancienne star de téléréalité Loana qui publiait sur Facebook les SMS d’insultes envoyés par son ex à sa mère et l’Indienne de 19 ans qui venait de donner naissance à un bébé de 6,8 kilos…

Difficile de revendiquer des droits d’auteurs sur de la non-création musicale…

Ça serait à vous dégoûter de faire carrière médiatique dans le jihad, si d’autres groupes de proche obédience n’occupaient pas le haut du pavé de la notoriété. Qu’ont-ils donc de plus, les affidés proche-orientaux de Daesh ou les barbus de Boko Haram ? Même les héritiers d’Al-Qaïda, ringardisés depuis la disparition de papy Ben Laden, continuent de réussir leurs happenings de has-been en Afrique de l’Ouest.

Pourtant, les Shebab aussi, ils ont leur drapeau noir tout pareil ; et leurs enlèvements d’Occidentaux, comme la Française Marie Dedieu en 2011, handicapée de surcroît. Et ils pratiquent consciencieusement les attentats-suicides. Quant aux castings islamistes à la sortie des bus interpellés, c’est bien eux qui les ont vulgarisés. De même, dès 2010, bien avant l’occupation de Tombouctou, ce sont eux qui interdisaient la musique. Difficile, évidemment, de revendiquer des droits d’auteurs sur de la non-création musicale…

Même en matière d’attentats de grande envergure à Mogadiscio, les barbus de Somalie n’auraient pas à rougir devant le jury de la performance salafiste : plus de 70 décès, en octobre 2011, lors d’un attentat-suicide au camion piégé contre un complexe ministériel ; 29 morts et 58 blessés, en avril 2013, au court d’un raid contre le principal tribunal de la capitale ; au moins une vingtaine de tués, en mars 2015, lors de l’attentat de l’hôtel Makka al-Mukarama…

La Somalie, pays en déficit de notoriété

Le déficit de notoriété du territoire somalien serait-il la cause du manque d’attention de l’opinion internationale, face aux exactions des miliciens Shebab ? C’est sur un territoire voisin –le Kenya– que ces derniers ont composé leurs « tubes » incontestés : 68 morts et plus de 200 victimes, en septembre 2013, lors de la tuerie du centre commercial Westgate de Nairobi et 152 tués, en avril 2015, à l’université de Garissa de la même capitale kényane. Il en est ainsi de la vigilance internationale : elle se réveille quand les zones attaquées sont fréquemment et massivement fréquentées par des touristes ou des businessmen occidentaux. La Somalie, les humanitaires babacools s’y intéressèrent pour ses premières disettes mémorables, avant de détourner la tête de leur persistance. Somaliens, si vous voulez vous faire remarquer dans l’entrepreneuriat du mal, devenez pirates. Ça vous vaudra au moins une fiction cinématographique avec Tom Hanks…

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