Tunisie : l’Instance vérité et dignité en chiffres

Par Jeune Afrique

Le siège de l'Instance Vérité et Dignité, présidée par Sihem Ben Sedrine, une farouche opposante au projet de loi © Hichem

Communautés, associations, activistes, personnalités politiques, ou encore proches de victimes : tous avaient jusqu’au 15 juin pour déposer leurs dossiers auprès de l’Instance vérité et dignité créée en décembre 2013 afin de traiter les préjudices commis sous les régimes de Bourguiba et Ben Ali.

Repoussé à plusieurs reprises à la demande de différentes organisations et d’une partie de la société civile, le délai de dépôt des dossiers auprès de l’Instance vérité et dignité (IVD), chargée de traiter les préjudices commis sous les régimes de Bourguiba et de Ben Ali et de dédommager les victimes, arrive finalement à terme. Combien de dossiers ont été déposés jusqu’à maintenant ? Par qui ? Qui va les étudier ? À quelques heures de la clôture de la réception des dossiers, Jeune Afrique revient sur cette première étape en quelques chiffres… et en quelques noms. Objectif : « démanteler le système autoritaire et faciliter la transition vers un État de droit (…), en préservant la mémoire et en facilitant la réconciliation nationale. »

En quelques chiffres…

Sont considérés victimes, d’après le site de l’IVD,  les « membres de la famille ayant subi un préjudice en raison de leur lien de parenté avec une victime du point de vue de la loi, ainsi que toute personne ayant subi un préjudice alors qu’elle portait assistance à une victime. Cette définition est valable également pour toute région ayant subi une marginalisation ou une exclusion méthodique. »

685 dossiers déposés par l’État

Le nombre de dossiers s’est multiplié ces dernier mois, consécutivement au lancement d’une campagne de sensibilisation par l’Instance, notamment au travers d’une vidéo explicative partagée sur les réseaux sociaux.

Parmi les milliers de déposants, des citoyens comme Raoudha Saïdi, renvoyée de la télévision nationale et harcelée en 1999 pour avoir été la sœur d’un prisonnier politique, ou Nejib Belhedi, ancien champion mondial de nage en eau libre et militaire retraité. Plusieurs organisations aussi, comme l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’association des magistrats tunisiens (AMT), l’association de sauvegarde de la ville de Bizerte, ou encore l’association tunisienne des femmes démocrates (ATFD).

Moncef Marzouki, ex-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, ancien président de la République et fondateur du parti Al Irada, ainsi que des membres du mouvement Ennahdha ont également déposé des dossiers. Comme l’avaient fait un proche de Zouheir Yahyaoui, cyber-activiste tunisien mort en 2005 après avoir été emprisonné sous Ben Ali, ou Néjiba Hamrouni elle-même, ex-présidente du syndicat des journalistes tunisiens (SNJT), décédée fin mai. Les dossiers des députés Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, assassinés en février et en juillet 2013, ont également été déposés. Parmi les déposants, on peut aussi citer la communauté juive tunisienne, la communauté amazighe, la délégation de Boussalem (gouvernorat de Jendouba) en tant que zone victime, et l’État tunisien, qui a déposé le 15 juin via son chargé du contentieux 685 dossiers relatifs à des préjudices subis sous l’ancien régime, d’après l’agence TAP.

Depuis sa création, l’IDV a fait l’objet de plusieurs polémiques et sa présidente, Sihem Ben Sedrine, est très controversée, notamment à cause de soupçons de corruption. Passé ce délai fixé au 15 juin, l’Instance aura deux ans pour traiter l’ensemble des dossiers retenus.

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