Infographie : ces présidents africains qui fréquentent assidûment l’Élysée sous Hollande

François Hollande et Thomas Boni Yayi sur le perron de l'Élysée lors d'une visite officielle. © Michel Euler / AP / SIPA

Mahamoudou Issoufou a achevé sa cinquième visite à l'Élysée, jeudi 16 juin. Depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir en 2012, le président nigérien est l'un des chefs d'État africains les plus vus à Paris. Et le vôtre, fait-il partie du même cercle ?

Depuis l’élection de François Hollande, quelque 43 chefs d’États africains, dont certains à plusieurs reprises, ont foulé le perron de l’Élysée. Quatre-vingt-sept entretiens plus tard, François Hollande, que d’aucuns ont surnommé « l’Africain », a noué quelques solides contacts sur le continent.

Parmi les habitués, Boni Yayi occupe une place de choix, tout comme Mohammed VI, premier chef d’État africain à avoir été reçu par le tout nouveau président français en 2012. Mieux, à l’inverse de ses prédécesseurs, François Hollande n’a pas hésité à quitter la sphère francophone : le Nigeria et le Ghana ont fait des progrès remarqués dans la diplomatie élyséenne.

Surtout, si le généralissime François Hollande a noué des relations avec les présidents successifs du Mali et de la Centrafrique pour des raisons sécuritaires évidentes, le socialiste a également su cultiver ses amitiés avec des présidents proches idéologiquement, tels Alpha Condé et Mahamadou Issoufou.

Découvrez quel président a le plus rencontré François Hollande à l’Élysée depuis 2012.

* Sont exclus de ce graphique, qui ne concerne que les visites de chefs d’État africains à l’Élysée, les rencontres préparatoires à la Cop21 et autres événements multilatéraux.

Alpha Condé

Stephane de Sakutin/AP/SIPA

Alpha Condé et François Hollande à l'Élysée le 26 avril 2016. © Stephane de Sakutin/AP/SIPA

Alpha Condé est celui qui a le plus rencontré François Hollande à l’Élysée, pour parler climat, sécurité régionale, Ebola… Et l’assiduité du doyen des chefs d’État d’Afrique de l’Ouest, dont l’avis est précieux, ne doit rien au hasard : il connaît Paris par cœur pour en avoir arpenté les rues en tant qu’opposant en exil.

Passé par Sciences-Po avant François Hollande, titulaire d’un doctorat d’État en droit public, le Guinéen a été président de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf) en 1963 et l’un de ses principaux dirigeants jusqu’en 1975. À l’époque, Hollande fait encore ses classes et « Alpha »  flirte avec les communistes avant de se rapprocher du Parti socialiste.

Il assiste aux congrès du PS, comme à Brest en 1997, avec Ibrahim Boubacar Keïta, Mahamadou Issoufou et Laurent Gbagbo. Coïncidence ? C’est à ce même congrès breton que François Hollande est élu Premier secrétaire du parti. Il le restera jusqu’en 2008. Deux ans plus tard, Alpha Condé est élu à la présidence guinéenne. Hollande devra, lui, attendre 2012. « Depuis que Sarkozy est parti, je dors bien, voire même très bien, mon médecin peut le confirmer », ira jusqu’à déclarer « Alpha » peu après l’élection du socialiste en France. Depuis, les deux hommes ne se quittent (presque) plus.

Thomas Boni Yayi

Thibault Camus/AP/SIPA

François Hollande et Boni Yayi le 11 janvier à Paris. © Thibault Camus/AP/SIPA

S’il n’a pas l’enjeu sécuritaire du Niger, le Bénin, où le groupe Bolloré est omniprésent, reste l’un des pays les plus scrutés depuis Paris. Et si Boni Yayi n’est pas aussi proche idéologiquement de François Hollande que peut l’être Alpha Condé, l’ancien président béninois est le premier chef d’État subsaharien à avoir été reçu par François Hollande après son élection.

Président de l’Union africaine durant toute l’année 2012, Boni Yayi s’est avéré incontournable alors que la France s’engageait en Centrafrique et, surtout, au Mali. Mais ses visites à Paris ont également pris des allures plus politiciennes. Avec un Lionel Zinsou, très proche de la France et désigné comme successeur, Boni Yayi a en particulier fait de son ancien ami Patrice Talon l’un des principaux sujets de discussion avec son homologue français.

Il lui répétait notamment tout le mal qu’il pensait d’une candidature de l’homme d’affaires, en exil en France depuis 2012, à la présidentielle de février 2016. Si son activisme n’a pas suffi à empêcher l’élection de Patrice Talon, Boni Yayi pourrait au moins en avoir retiré un bénéfice personnel. Il aurait ainsi obtenu le soutien de la France pour une reconversion à l’ONU, au poste de secrétaire général adjoint.

Alassane Ouattara

Michel Euler/AP/SIPA

François Hollande et Alassane Ouattara à l'Élysée, le 4 février 2016. © Michel Euler/AP/SIPA

Une chose est sûre : la proximité de Alassane Ouattara avec François Hollande est moins évidente qu’elle ne l’était avec son prédécesseur à l’Élysée, Nicolas Sarkozy. Unis par une amitié de plus de vingt ans, l’ancien président français et le chef d’État ivoirien entretenaient une proximité affichée. Lors de la crise postélectorale ivoirienne, Alassane Ouattara avait alors l’oreille de son ami de président. Quelques semaines après son investiture, en mai 2011, le couple Ouattara avait même été invité dans la résidence présidentielle d’été du cap Nègre, dans le sud de la France, un privilège rarement accordé aux chefs d’États étrangers.

Si elles sont moins franches, les relations entre François Hollande et l’ami de son meilleur ennemi n’en sont pas moins chaleureuses. Preuve en est, le président ivoirien a été invité à six reprises à l’Élysée pour des entretiens officiels en tête-à-tête. Ouattara lui a renvoyé la politesse en juillet 2014, lorsque François Hollande a été reçu en grande pompe à Abidjan.

Les prises de position du président français à l’encontre de Laurent Gbagbo, pourtant membre de l’Internationale socialiste et proche de certains membres du PS français, ont sûrement rapproché les deux hommes. « Quand il y a des chefs d’État qui se comportent comme des dictateurs, ils n’ont aucune place dans les réunions socialistes au plan international », lançait François Hollande en décembre 2010 sur les ondes de la radio française RTL.

Mahamadou Issoufou

Christophe Ena/AP/SIPA

Mahamadou Issoufou et François Hollande, en 2013, à Paris. © Christophe Ena/AP/SIPA

Pour la France, dont l’armée est impliquée au nord du Niger, avec l’opération Barkhane, et à la frontière nigériane, notamment via le renseignement face à Boko Haram, le Niger revêt une importance stratégique majeure. Sans même parler de l’uranium et d’Areva, François Hollande et Mahamadou Issoufou ont donc matière à  réflexion en termes de sécurité, d’immigration et de lutte contre le terrorisme. Mais il faut également se souvenir d’un congrès du Parti socialiste, en 1997, à Brest, au fin fond de la Bretagne, pour comprendre la relation qu’entretiennent les deux chefs d’État.

À l’époque, ce bout du Vieux monde accueille aussi le Malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), encore Premier ministre, et trois opposants de poids : le Guinéen Alpha Condé, l’Ivoirien Laurent Gbagbo et l’actuel président nigérien. IBK attire tous les regards mais Mahamadou Issoufou fait déjà partie du landernau socialiste. Il n’est pas de la même génération qu’ « Alpha » mais est issu du même moule. À la fin des années 1970, alors qu’il est étudiant en mathématiques à Paris, il a déjà fait ses premières armes au sein des cercles Afrique des partis communiste et socialiste français et, surtout, de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf).

Il y croise, évidemment, François Hollande, qui préside la section de l’Union nationale des étudiants de France (Unef) à Sciences-Po Paris à partir de 1974. Entre les deux hommes, l’un qui devient Premier secrétaire du PS français, l’autre qui crée le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS), la relation va durer, à la faveur des congrès de l’Internationale socialiste, dont Issoufou devient le vice-président. Leurs cinq tête-à-tête à l’Élysée et la visite de François Hollande à Niamey en 2014 sont donc tout aussi stratégiques qu’ « amicaux ».