Enchères : succès mitigé pour l’art contemporain africain

Toy Painting, de Yinka Shonibare. © DR/Piasa

Pour sa seconde vente aux enchères consacrée à l'art contemporain africain, la maison Piasa a attiré un grand nombre de spécialistes et vendu 57 % de ses lots.

Il faut reconnaître à la maison de ventes aux enchères Piasa une belle constance. Malgré une première tentative au bilan mitigé, elle organisait en effet jeudi 9 juin sa seconde vente consacrée à l’art contemporain africain intitulée Origines & Trajectoires. Aux manettes, le jeune Christophe Person, ancien de la Fondation Grameen Crédit Agricole, détenteur d’un Master en « Art, Law and Business » délivré par Christie’s éducation et auteur d’un mémoire sur le potentiel de développement du marché de l’art contemporain africain. Avant que les collectionneurs ne se prononcent, Person se montrait confiant. Entouré par les œuvres qu’il avait sélectionnées « tant pour leur identité africaine forte que pour leur forme attractive », il reconnaissait avoir voulu montrer qu’il existait « des travaux de qualité encore accessibles ». Le choix d’une gamme de prix raisonnables pour des œuvres contemporaines – entre 300 et 28 000 euros – résultait d’un choix stratégique assumé : « être abordable afin d’élargir le champs des potentiels acheteurs ». Au-delà, la sélection offrait un assez large panorama, plutôt « frais » selon les dires des nombreux spécialistes présents le 9 juin au soir – parmi lesquels les représentants des foires 1 : 54, Akaa et Joburg Art Fair, des galeristes, des artistes, des commissaires d’exposition, des journalistes.

Des noms peu connus à retenir

Même si l’on retrouvait dans la vente des grands classiques fréquemment présentés en France et en Europe – le Marocain Mahi Binebine, le Malien Malick Sidibé, le Sud-Africain Bruce Clarke, l’Ivoirien Aboudia, le Sénégalais Soly Cissé, le Camerounais Barthélémy Toguo, le Nigérian Yinka Shonibare, etc. – la sélection permettait de découvrir des artistes plus rares sur le second marché. Parmi eux, les Ougandais Henry Mzili Mujunga et Joseph Ntensibe venus par l’intemédiaire de Daudi Karungi, directeur de la future Biennale de Kampala (Seven Hills, 3 septembre-2 octobre 2016) avec Elise Atangana. Mais aussi des noms moins connus, mais à retenir, comme celui de l’Ethiopien Ephrem Solomon, du Béninois Dimitri Fagbohoun ou des Sud-Africains Athi-Patra Ruga, Bevan de Wet et Helena Hugo.

53 lots vendus sur 93

Variété des formes, richesse des propositions questionnant l’identité, la féminité, l’environnement et les migrations, attention médiatique favorable, modestie des prix n’ont pourtant pas suffit à faire d’Origines & Trajectoires un grand succès de ventes. Sur les 93 lots présentés, 53 sont partis (57 %) et, dans l’ensemble, les prix sont restés proches de leur estimation basse, voire inférieurs. Ainsi La roue, de Mahi Binebine, a été achetée pour 32 200 euros (frais compris), et Ashoebi II, de Nnenna Okore, pour 25 760 euros. Une exception notable, la sculpture de Yinka Shonibare de 2013, Toy Painting, dont l’estimation haute était à 7 000 euros et qui s’envole finalement pour 29 624 euros ! A noter aussi, les deux gravures de Bevan de Wet (Unlikely Allies) qui dépassent leur estimation haute et partent pour plus de 3 000 euros, tout comme La Danse, de Soly Cissé, à 7 410 euros.

Médiatisés, mais pas assez collectionnés

En dépit de ces heureuses exceptions, cette vente aux enchères vient infirmer les affirmations selon lesquelles l’art africain contemporain « exploserait » et confirmer l’idée d’une croissance du marché encore fort prudente. Même si, selon un artiste présent dans la salle, certains des plasticiens vendent leurs travaux souvent plus cher sur le premier marché (via leurs galeries ou « de la main à la main »). De plus en plus visibles, de plus en plus médiatisés, de plus en plus exposés, les artistes contemporains issus du continent continuent en réalité de souffrir d’un mal qui les handicape : le faible intérêt que leur accorde la classe possédante africaine.