Droits des enfants : sous pression saoudienne, l’ONU retire la coalition arabe au Yémen de sa liste noire

Par Jeune Afrique avec AFP

Un enfant dans un camp de déplacés en bordure de Sanaa, au Yémen, le 8 juin 2016) © Hani Mohammed / AP / SIPA

Les Nations unies ont retiré lundi la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite au Yémen de sa liste noire des organisations ou États violant les droits de l’enfant. Une reculade face à la pression saoudienne dénoncée par de nombreuses ONG.

Dans un rapport du jeudi 2 juin, la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen avait été accusée d’être responsable à 60 % du bilan de 785 enfants tués et de 1 168 mineurs blessés en 2015 dans le pays. Des chiffres « très largement exagérés », selon Abdallah al-Mouallimi, le représentant permanent de Riyad aux Nations unies, qui avait demandé à ce que le rapport, qui tente d’établir un bilan des violences envers les enfants dans les conflits armés de 14 pays, « soit rectifié immédiatement ».

« Il a pu y avoir des dommages collatéraux de temps à autre [mais] c’est ce qui se passe en temps de guerre », avait-il plaidé. L’ambassadeur saoudien avait même fait planer une menace d’échec sur les négociations en cours menée par l’ONU au Koweït dans le but de trouver une solution pacifique au conflit qui oppose les rebelles chiites houthis et la coalition arabe.

Une vingtaine d’ONG montent au créneau

Conséquence, lundi 6 juin, l’ONU a subitement révisé sa position, déclarant vouloir « revoir conjointement » avec l’Arabie Saoudite le rapport en question, a indiqué Stéphane Dujarric, porte-parole des Nations unies. « En attendant les conclusions de cette révision conjointe, le secrétaire général de l’ONU (Ban Ki-moon) retire la coalition de la liste annexée au rapport », a-t-il ajouté, au grand dam d’une vingtaine d’ONG (HRW, Amnesty International, Oxfam et Terre des Hommes…) qui ont demandé mercredi l’annulation de cette décision.

De leur côté, Riyad s’est félicité de cette nouvelle bienveillance à son égard. L’ONU « donne clairement raison à l’Arabie saoudite et à la coalition », a commenté Abdallah al-Mouallimi. Si la révision des accusations n’a pas encore été entamée, le retrait de la coalition de la liste noire « est irréversible et sans conditions », estime-t-il.

6 400 civils tués et 2,5 millions de déplacés au Yémen

Le porte-parole onusien avait affirmé plus tôt que l’institution internationale ne souhaitait pas modifier le contenu du rapport, qui doit être présenté formellement au Conseil de sécurité au mois d’août, mais plutôt en « changer le format », afin de faire en sorte que les États membres tels que l’Arabie Saoudite ne soient pas relégués au même rang que des groupes terroristes.

« Dans plusieurs situations de conflit, des opérations aériennes ont contribué à créer un environnement complexe où de nombreux enfants ont été tués et blessés », explique Leila Zerrougui, représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés des Nations unies. Le conflit entre les rebelles et les forces gouvernementales aurait fait plus de 6 400 morts depuis le lancement de la coalition arabe en mars 2015.