Érythrée : viols, castrations, noyades… l’ONU dénonce l’enfer du régime d’Isaias Afewerki

Par Jeune Afrique avec AFP

Le Président de la Commission d’enquête sur la situation des droits de l’homme en Érythrée, Mike Smith. © ONU/Jean-Marc Ferré

Viols, castrations, noyades... La Commission d'enquête de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Érythrée a publié mercredi un rapport accablant indiquant que des crimes contre l'humanité ont été commis de manière systématique dans le pays au cours des 25 dernières années.

Selon ce rapport, publié mercredi 8 juin, « les crimes de réduction en esclavage, d’emprisonnement, de disparitions forcées, de torture, de persécution, de viol, de meurtre et d’autres actes inhumains ont été commis dans le cadre d’une campagne généralisée et systématique visant à instiller la peur, à dissuader l’opposition et à contrôler la population civile érythréenne depuis que les autorités érythréennes ont pris le contrôle du territoire érythréen en 1991 ».

« L’Érythrée est un État autoritaire. Il n’y a pas de système judiciaire indépendant, pas d’assemblée nationale et il n’y a pas d’institutions démocratiques en Érythrée. Cela a créé un vide de gouvernance et d’état de droit qui entraîne un climat d’impunité propice aux crimes contre l’humanité qui sont commis depuis plus d’un quart de siècle. Ces crimes se produisent encore aujourd’hui », a ainsi déclaré Mike Smith, le président de la Commission d’enquête dans un communiqué de presse.

« Il n’existe aucune véritable perspective que le système judiciaire érythréen traduise en justice, de manière équitable et transparente, les auteurs présumés de ces crimes. La communauté internationale doit maintenant prendre des mesures, y compris en référant la situation à la Cour pénale internationale ainsi qu’en utilisant les tribunaux nationaux compétents et tout autre mécanisme disponible, en vue d’établir les responsabilités pour les atrocités commises en Érythrée », a-t-il ajouté.

« J’ai été régulièrement battu et torturé »

Le rapport souligne notamment que « les Érythréens continuent d’être soumis à un service national illimité et que la durée illimitée du service militaire ou du service national est souvent mentionnée par les Érythréens comme la raison principale qui les pousse à fuir leur pays ». Un témoin qui a réussi à s’enfuir d’une prison en 2015 a ainsi raconté à la Commission d’enquête qu’il avait été placé en détention après avoir demandé à être relevé de ses obligations militaires.

« Il n’y a pas de guerre et en plus je me suis plaint de devoir travailler pour les grands patrons. J’ai posé la question durant un meeting de mars 2014, tout le monde m’a applaudi, ce qui a ennuyé le Général. Peu de temps après, j’ai été arrêté, jeté en prison, et détenu menotté dans une cellule pendant 8 mois », témoigne-t-il.

Ils m’ont frappé sur les testicules plusieurs fois, je me suis évanoui à chaque fois, je n’ai plus de testicules à présent…

« J’ai été régulièrement battu et torturé. On a plongé ma tête dans un container rempli d’eau sale, ils m’ont frappé sur les testicules plusieurs fois, je me suis évanoui à chaque fois, je n’ai plus de testicules à présent, elles ont disparu, je suis impuissant et ne pourrai plus avoir d’enfants. Avant ces incidents, j’ai eu une fille, et c’est le seul enfant que j’aurai », poursuit-il.

« Je suis restée presque 6 mois, et il m’a violée chaque jour »

Les entraînements militaires sont eux aussi particulièrement propices aux exactions. « Ils nous ont jeté à la mer, la plupart des recrues ne savaient pas nager, nous avons dit aux soldats que la plupart ne savaient pas nager et qu’il fallait leur apprendre. Les instructeurs ont dit non. Si quelqu’un se noyait, ils disaient qu’il fallait le laisser, et prétendaient qu’il faisait semblant », raconte un témoin de la Commission.

Une femme détenue par la police se souvient également des sévices subis en détention : « Le chef d’un poste de police m’a fréquemment sortie de la cellule et m’a violée. Je suis restée presque 6 mois, et il m’a violée chaque jour. Si je refusais, il me battait. Après il me menaçait et disait qu’il ne fallait rien dire. Il m’a dit qu’il me retrouverait et me tuerait si jamais je parlais ».

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