Boucle ferroviaire : le Burkina prend position entre Bolloré et Africarail

Par - à Ouagadougou

Sitarail est une filiale du Groupe Bolloré, dont la Côte d'Ivoire et le Burkina sont également actionnaires. © DR

La boucle ferroviaire ouest-africaine est-elle en panne? Alors qu'au Bénin, une décision de la Cour d'appel bloque les travaux ferroviaire et que le Niger et Geftarail-Africarail ont mis un terme à leur différend juridique sur ce dossier, au Burkina, le projet patine. Le ministre burkinabè des Transports, Souleymane Soulama, a répondu aux questions de "Jeune Afrique".

Jeune Afrique : D’après nos informations, les négociations avec Bolloré pour la réhabilitation du tronçon Abidjan-Ouaga-Kaya ont achoppé début mai à Abidjan sur un blocage financier. Que s’est-il réellement passé ?

Souleymane Soulama : Vu l’importance géostratégique de la ligne Abidjan-Kaya (Burkina Faso) pour l’économie nationale et l’intégration socio-culturelle de nos peuples, nous avons pris tout le temps nécessaire pour négocier avec le groupe Bolloré, actionnaire majoritaire de Sitarail [Société internationale de transport africain par rail, Ndlr].

Au terme de ces échanges, le groupe Bolloré s’est engagé à réhabiliter la ligne à hauteur de 400 millions d’euros soit environ 262 milliards F CFA sur une durée de cinq ans.

Nous étions donc parvenus à élaborer un projet de révision et de renouvellement de la convention de concession dont la cérémonie de signature avait été initialement prévue le 17 mars 2016 à Abidjan. À la veille de cette cérémonie, le groupe Bolloré a posé de nouvelles conditions avant tout engagement de sa part, notamment la signature préalable d’un accord technique, commercial et tarifaire avec Pan African Minerals (PAM), détenteur du permis d’exploitation de la mine de manganèse de Tambao.

Le temps presse ! Nos gouvernements ont pris des engagements envers les populations pour réaliser ce projet ferroviaire dans les meilleurs délais.

Pour lever ces obstacles, mon homologue des Transports en Côte d’Ivoire [Gaoussou Touré, ndlr] et moi-même avons rencontré le 21 avril 2016 à Ouagadougou le président de PAM, Frank Timis, qui s’est engagé à faire transporter l’intégralité du manganèse de Tambao par le chemin de fer réhabilité.

Alors, nous avons de nouveau invité le groupe Bolloré à Abidjan en présence de PAM pour lever toute équivoque et aller à la signature de la nouvelle convention. À cette réunion, le groupe Bolloré a encore proposé aux États d’investir 40 millions d’euros la première année de mise en œuvre du programme d’investissement au lieu des 130 millions d’euros initialement prévus, et le reliquat à étaler sur la durée résiduelle de la convention de concession révisée soit 29 ans, plutôt que sur la période totale de cinq ans évoquée en mars.

Nous avons pris acte de ces propositions. Mais les négociations continuent puisque j’ai reçu le président du conseil d’administration de Sitarail, Michel Roussin, avec qui nous avons échangé sur le sujet. Nous disons que le temps presse car nos gouvernements respectifs ont pris des engagements envers nos populations pour réaliser ce projet dans les meilleurs délais.

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Souleymane Soulama est le ministre burkinabè des Transports. © DR

La Cour d’appel de Cotonou a rendu une décision bloquant les travaux ferroviaires de Bolloré. Comment réagissez-vous à cet arrêt qui vient compliquer la réalisation de la boucle ferroviaire ouest-africaine ?

Je n’ai pas de commentaires à faire sur une décision judiciaire concernant un pays frère.

Je trouve simplement dommage que le projet de boucle ferroviaire, pourtant capital pour nos économies, soit bloqué par des intérêts privés.

Le Burkina ne pense pas pouvoir continuer avec Africarail.

Le Burkina reconnaît-il Africarail comme concessionnaire du projet de Boucle ferroviaire ?

Les quatre États à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et le Togo ont approuvé, depuis 2002, les statuts constitutifs de la société Africarail dont nous sommes actionnaires. Nous avons même versé des subventions de fonctionnement aux dirigeants de la société.

Cependant nous avons constaté que, depuis sa date de création, cette société ne s’est pas attelée à son objet social qui était de mobiliser les financements, de construire la boucle ferroviaire et de l’exploiter en concession de service public.

Dans ces conditions, le Burkina ne pense pas pouvoir continuer avec Africarail.

Le Burkina s’estime-t-il lésé par Africarail?

Absolument, nous sommes lésés, puisque nous avons versé des subventions et jusqu’à ce jour la boucle ferroviaire n’a pas été réalisée. Du reste, nous n’avons pas reçu de dividendes malgré notre statut d’actionnaire.

S’agissant de la voie ferrée Kaya-Niamey que convoitait entre-temps Bolloré, des négociations sont-elles en cours ?

Non. Pour le moment, nous n’avons pas de négociations avec Bolloré sur le tronçon de Dori [nord-est du Burkina] à la frontière du Niger.

Par contre, en ce qui concerne la ligne Kaya-Dori-Tambao avec Pan African Minerals, les négociations sont en cours. Son prolongement va au Mali.

Donc, il y aura deux voies distinctes : l’une par Bolloré et l’autre par Africarail?

Non. Historiquement, la boucle ferroviaire portée par Africarail est un projet qui devrait relier Niamey aux chemins de fer existants du Burkina Faso, du Bénin et du Togo.

La boucle ferroviaire portée par les organisations d’intégration sous-régionale et régionale doit relier Abidjan, Ouaga, Cotonou, Accra, Lomé, Niamey et Bamako.

Elle correspond pour l’essentiel du trajet à la ligne proposée par Bolloré.

Cette boucle ferroviaire a fait l’objet d’une étude de faisabilité sur financement de l’Union Européenne, qui a été validée en décembre 2014.

Ladite étude porte sur la construction d’une voie ferrée à l’écartement standard (1,435 mètre), avec une mise en œuvre permettant le passage futur de l’écartement métrique actuel au standard par la pose de traverses double-écartement sur la même plate-forme.

Que disent les bailleurs de fonds sur ce sujet de boucle ferroviaire ?

La construction d’un chemin de fer coûte excessivement cher pour un pays comme le nôtre.

La meilleure option est de recourir aux partenariats public-privé (PPP) pour la réalisation de tous ces projets d’infrastructures ferroviaires.

Aussi, il reviendrait au partenaire sélectionné d’accomplir toutes les diligences pour trouver des soutiens financiers. Nous avons reçu des manifestations d’intérêts mais pour l’instant, rien n’est ficelé.