La start-up africaine de la semaine : CTIC, l’incubateur du numérique sénégalais

Par - à Dakar

Régina Mbodji, la directrice générale qui a succédé à Oumar CIssé après son départ. © CTIC

Lancé en 2011, Croissance des technologies de l'information et de la communication (CTIC), un incubateur qui encadre le développement de micro-entreprises sénégalaises actives dans les nouvelles technologies, estime avoir aidé 75 poulains à générer 3,5 milliards de F CFA (5 millions d'euros) de revenus. Le Centre joue désormais la carte de la diversification avant de s'agrandir pour répondre à la demande.

L’ambiance est bon enfant et affairée, en cette matinée de fin mai, à Croissance des technologies de l’information et de la communication (CTIC), l’incubateur perché en plein cœur du Plateau, le bruyant quartier des affaires de Dakar, la capitale sénégalaise. Une dizaine de personnes ont le regard rivé sur leurs écrans d’ordinateurs.

Créée en 2011, la structure est dédiée à l’appui et au coaching de jeunes entrepreneurs et de petites et moyennes entreprises (PME) actifs dans le secteur de l’économie numérique, qui sont très souvent confrontés à un réel déficit d’encadrement et d’accompagnement.

C’est ainsi qu’une poignée d’acteurs dont Omar Cissé, aujourd’hui co-fondateur du fonds d’investissement Téranga Capital, ont eu l’idée de mettre sur pied le CTIC, qui après son démarrage en 2010 a revendiqué le statut de pionnier en Afrique de l’Ouest. Une initiative qui n’est pas restée lettre morte et a reçu des soutiens public et privé (gouvernement, Orange, Organisation des professionnels des technologies de l’information et de la communication…).

Omar Cissé, auquel la création du CTIC est associée, a bénéficié d’InfoDev, le réseau des pépinières d’entreprises de la Banque mondiale avec l’objectif de mettre en place un modèle économique qui puisse être équilibré financièrement au bout de cinq ans. On ne sait pas si le pari a été tenu, mais Omar Cissé, qui se range lui-même dans la catégorie des « serial entrepreneurs », a préféré passer la main en 2014.

75  jeunes entreprises numériques encadrées

Ce qui ne veut pas dire que le CTIC ne tient pas dans la durée. Au contraire, l’incubateur fait état de résultats honorables. Il a jusqu’à présent accompagné plus de 75  jeunes entreprises numériques et coaché 1 750 porteurs de projets. Le CTIC a, de même, contribué à créer 200 emplois dans les sociétés hébergées. Celles-ci cumulent trois milliards de F CFA de chiffre d’affaires, et ont réussi à lever 135 millions de F CFA.

Actuellement, une douzaine d’entreprises dans le e-commerce, la communication digitale, les services à valeur ajoutée via SMS, sont actuellement en phase d’incubation, pour des durées pouvant atteindre trois ans. By Filling, une agence de conversation digitale, en fait partie. Spécialisée dans le marketing digital et l’inbound management (gestion des commandes), elle est cofondée et dirigée par le Nigérien Mohamed Amadou Diallo, diplômé de l’Institut supérieur de management de Dakar (ISM).

Accompagné par le CTIC depuis 2013, By Filling est un bon exemple de la croissance que connaissent nombre des entreprises incubées. « Nous avons commencé à deux, aujourd’hui nous sommes une quinzaine, explique Mohamed Amadou Diallo. Nous sommes passés d’un chiffre d’affaires de 5 millions à 100 millions de F CFA ».

La banque Cofina, l’établissement de microcrédit Pamecas, la Société générale de banques au Sénégal (SGBS), le fournisseur de solutions de gestion numérique Gaindé 2000 comptent parmi les clients de By Filling. Ce qui la start-up met en bonne posture pour affronter le marché à quelques mois de sa sortie.

Ancien de l’Agence de promotion des grands travaux de l’État (APIX), Chérif Ndiaye est, lui, le patron et fondateur de Sign Up. Ce MOOC à la sénégalaise encore balbutiant met gratuitement en ligne des cours de mathématiques, de philosophie et de français à destination des élèves du collège au lycée. Il tentera lui aussi de voler de ses propres ailes cette année, après avoir bénéficié de l’encadrement juridique, administratif et comptable des neuf salariés permanents du CTIC, ainsi que de locaux gratuits. Les charges locatives (eau, électricité et loyer) sont assurées par l’Agence de l’informatique de l’État (ADIE).

S’agrandir pour répondre à la demande et atteindre l’équilibre financier

L’incubateur est aujourd’hui confronté à l’exiguïté de ses locaux. Pourtant, le gouvernement a, depuis l’année dernière, mis à sa disposition un autre bâtiment d’environ 700 mètres carrés. Mais il faudra auparavant le rénover et l’équiper. « La réalisation de ce projet nous permettra de recevoir davantage d’entreprises incubées et accélérées (sur des périodes plus courtes de six mois et pour des projets moins matures) », explique Carine Vavasseur, responsable de la communication et de l’événementiel du CTIC. Un investissement qui se chiffre à 200 millions de F CFA.

« Il nous est encore difficile de lever ces fonds », avoue-t-elle. À terme, ce projet d’extension devra permettre à l’incubateur d’atteindre l’équilibre financier.

Organisation à but non lucratif, le modèle économique du CTIC de Dakar repose sur le partage de la croissance du chiffre d’affaires généré par les entreprises accompagnées.

« On ne touche pas au chiffre d’affaires de départ, détaille Carine Vavasseur. Par exemple, une entreprise venue avec 10 millions de F CFA et qui au bout d’une année en réalise 30 millions ; c’est sur les 20 millions générés ensemble que les royalties seront prélevées » : 9% pour les incubés dans les murs du CTIC, contre 7 % pour les projets qui bénéficient d’un encadrement à distance, les « incubés virtuels ».

Diversification

Mais pour assurer ses arrières, l’incubateur développe désormais d’autres activités comme les services d’aide au développement des entreprises -Business Development services (BDS)-, dont la moitié de ses revenus proviennent désormais.

Le CTIC de Dakar a, par exemple, accompagné la mise en place d’un incubateur au Niger et réalisé des études de faisabilité au Gabon, au Togo et en Mauritanie.

De même, il trouve un second souffle dans l’événementiel en organisant des Hackathon, des concours d’entrepreneuriat, ou plus récemment en s’associant à Wazi Up, un programme de trois ans soutenu par l’Union européenne (UE), lancé en février dernier, qui vise à la vulgarisation de l’usage de l’internet des objets et des données numériques pour faire émerger des solutions concrètes aux problèmes du monde rural en Afrique.

« Par exemple, on voudrait mettre en place des systèmes de mini-puces sur le bétail pour avoir une traçabilité et un système d’alerte qui prévient l’éleveur via son téléphone sur les différents mouvements de ses bêtes », renseigne encore Carine Vavasseur.

Une manière aussi de se démarquer puisque le CTIC n’est pas seul au monde. Enablis, Cofina Startup House et d’autres comme le holding français Scintillo sont positionnés sur le segment au Sénégal. Beau joueur, Omar Cissé l’assure : « Un chiffre récent montre que CTIC Dakar ne couvre que 10 % des besoins d’accompagnement des entrepreneurs sénégalais ».

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