Zimbabwe : « Touche pas à Mugabe », la démonstration de force de la Zanu-PF

Par Jeune Afrique avec AFP

Des partisans de Robert Mugabe, président du Zimbabwe, le 25 mai 2016 à Harare. © Jekesai Njikizana/AFP

Un mois après une manifestation de l'opposition demandant la démission du président Robert Mugabe, plusieurs dizaines de milliers de sympathisants du chef de l'État zimbabwéen et leader de la Zanu-PF ont défilé mercredi à Harare pour afficher leur soutien.

De nombreux supporters de Robert Mugabe, 92 ans, ont rejoint Harare par des bus affrétés par la Zanu-PF, parti au pouvoir, pour venir soutenir le chef de l’État, sur fond de tensions au sujet de sa succession et d’appel à sa démission par l’opposition.

« Quel cadeau vous donnez là au président ! Mais le président vous répond que vous nous faites là un cadeau à nous tous », a lancé, mercredi 25 mai, le président zimbabwéen sous les applaudissements de plusieurs dizaines de milliers de ses sympathisants.

Les organisateurs avaient baptisé l’événement « la marche d’un million d’hommes » et la manifestation a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes, selon les observateurs. De jeunes militants portaient des t-shirts à l’effigie de leur héros Robert Mugabe, au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980, et scandaient des slogans favorables au plus vieux chef de l’État en exercice au monde.

« Le camarade Mugabe n’est pas malade, les gens mentent. En avant avec le président Mugabe ! », ont chanté les manifestants. Une réponse à la manifestation anti-Mugabe organisée le mois dernier par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), principal parti de l’opposition, qui avait rassemblé plus de 2 000 personnes à Harare. Soit la plus importante marche jamais organisée depuis une décennie contre le président Mugabe.

Mugabe président, même après sa mort ?

« Nous sommes ici parce que nous aimons notre président. Il a beaucoup fait pour nous. Il nous a donné des terres et nous approuvons son programme d’indigénisation », a expliqué Learnmore Muzarabani, un agriculteur de 28 ans, qui est venu lui aussi témoigner sa loyauté à Robert Mugabe lors de la manifestation.

On fera de Mugabe notre dirigeant même depuis sa tombe

Son épouse, Grace Mugabe, 50 ans, pressentie comme sa possible successeure, a affirmé pour sa part que son mari était « irremplaçable ».

« On fera de toi notre dirigeant même depuis ta tombe, parce que nous savons que tu es celui qui nous unit », a-t-elle plaidé, soutenant que c’est Dieu lui-même qui avait choisi Robert Mugabe pour faire de lui le « prophète des nations ».

Mugabe s’en prend aux « traîtres » de son parti

Dernier à prendre la parole, le président zimbabwéen a prononcé un discours fleuve de plus d’une heure.

« Je suis au service du peuple. Si le peuple veut que je parte, je partirai. Mais maintenant où voulez-vous que j’aille ? Je ne vais nulle part », a prétendu Robert Mugabe.

Le chef de l’État s’en est aussi pris aux « traîtres » de son parti, qui ont engagé une bataille pour sa succession. « Il ne devrait pas y avoir de petits groupes qui promeuvent telle ou telle chose. Ces petits groupes sont formés de traîtres qui empoisonnent le parti », a-t-il affirmé.

Aux journalistes des médias privés locaux qui demandent aussi sa démission, Robert Mugabe n’a laissé qu’une option : « Aller se faire pendre ». Parce que, malgré son âge et certains signes visibles de faiblesse, le vieux président compte bien se représenter à la présidentielle de 2018.