Nigeria : la Banque centrale va introduire un régime de change plus flexible

Par Jeune Afrique

Billets de nairas, émis par la Banque centrale nigériane, gardienne de la politique monétaire et régulatrice du secteur bancaire. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Longtemps opposée à ce principe, la Banque centrale du Nigeria a indiqué ce mardi son intention d'introduire un taux de change plus flexible pour la devise nationale le naira, qui est aujourd'hui arrimé au dollar américain. Les modalités de ce nouveau régime de change devaient être dévoilées dans les prochains jours.

La Banque centrale du Nigeria va adopter un régime de change plus flexible, a annoncé ce mardi Godwin Emefiele, gouverneur de la Central Bank of Nigeria (CBN), selon des propos rapportés par l’agence Reuters.

« Le MPC (Comité de politique monétaire) a voté à l’unanimité pour adopter une politique de taux de change flexible afin de restaurer les propriétés d’ajustement automatique du taux de change », a déclaré Godwin Emefiele à la presse ce mardi, rapporte Reuters. Selon le dirigeant nigérian, les détails de cette nouvelle politique de change devraient être dévoilés au cours des prochains jours.

Godwin Emefiele a simplement ajouté que la banque centrale comptait « conserver une petite fenêtre pour le financement de transactions critiques » et que « les détails des opérations du marché seraient rendus publics par la banque centrale au moment opportun », toujours selon la même source.

Une volte-face

Cette annonce représente une volte-face remarquable dans la politique monétaire du Nigeria. Le pays a jusqu’à présent maintenu un régime de parité fixe avec le dollar américain, établi par la CBN et maintenu par celle-ci dans une bande de fluctuation très limitée autour de sa valeur centrale à travers des interventions sur le marché des changes.

La décision de la Banque centrale du Nigeria intervient dans un contexte marqué par un décalage très important entre le taux de change officiel (197 nairas pour un dollar américain) et en net décalage avec ceux pratiqués sur les marchés informels, où le cours de la devise nigériane est jusqu’à 40 % inférieur.

Une mesure longtemps rejetée par les autorités

Réclamée par de nombreux opérateurs économiques du pays, la dévaluation du naira, voire l’instauration d’un régime de change (plus) flexible, avait été opposée par les autorités nigérianes, au premier rang desquelles le président Muhammadu Buhari.

Les opposants à une modification du régime de change ont insisté, au cours des mois écoulés, sur son impact éventuel sur la balance commerciale du pays, craignant une nette hausse des importations favorisées par un naira plus faible.

Les partisans d’un régime flottant ont eux mis en avant les conséquences négatives des barrières que la Banque centrale a imposées sur l’accès aux devises étrangères, ainsi que la hausse drastique de leurs cours sur le marché informel.

Net recul des réserves de change

Les interventions de la CBN sur les marchés de change afin de stabiliser le naira ont eu un impact important sur les réserves de devises du Nigeria, dans un contexte déjà défavorable en raison du recul des recettes pétrolières.

En 2015, les réserves de change du pays ont baissé de -6 milliards de dollars, s’établissant à 28,4 milliards de dollars fin décembre 2015, selon Moody’s. Début avril, l’agence de notation les évaluait à 27,7 milliards de dollars.

Hier, lundi 23 mai, le gouvernement avait déjà indiqué son intention d’utiliser dorénavant un taux de change de 285 nairas pour un dollar américain pour les importations d’essence plutôt que le taux officiel de 197 nairas pour un dollar.