RDC : Domenico Cocco condamné à 15 ans de prison pour le meurtre d’opposants à Kabila père

Par AFP

Vingt-cinq ans de réclusion criminelle ont été requis vendredi à l'encontre de l'Italien Domenico Cocco. Photo d'illustration. © Jacques Demarthon/AFP

L'Italien Domenico Cocco a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle vendredi pour le meurtre de deux dignitaires congolais en 2000, au terme d'un procès qui n'a pas permis d'éclaircir le mystère de ce dossier, aux relents de trafics et de barbouzes.

Dernier des trois accusés à être jugé dans cette affaire, Domenico Cocco, 63 ans, avait nié toute implication dans le meurtre de Philémon Naluhwindja, chef Maï Maï d’une tribu de la province du Kivu en République démocratique du Congo (RDC), et d’Aimé-Noël Atembina, conseiller militaire du gouvernement congolais à l’époque de Mobutu.

Les corps des deux victimes avaient été découverts carbonisés le 29 décembre 2000 dans un Renault Scenic en flammes stationné dans un champ de maïs fauché à Chasse-sur-Rhône. Ils avaient été tués de deux balles dans la tête et le cou.

Lors de sa dernière audition en garde à vue, en mai 2001, M. Cocco avait pourtant fait des aveux circonstanciés. Il avait reconnu avoir recruté deux tueurs, deux « Maghrébins », des « racailles de Vénissieux », pour « exécuter un contrat » moyennant 200 000 francs (30 500 euros).

Puis être allé à la gare de Lyon Part-Dieu où les deux victimes, venues de Bruxelles, l’attendaient pour récupérer une importante somme d’argent afin de financer un coup d’État contre Laurent-Désiré Kabila (finalement tué deux semaines après les faits à Kinshasa).

« On les a charclés »

Il aurait alors livré les victimes aux tueurs, qui lui déclareront une fois leur forfait accompli : « On les a charclés » (assassinés – ndlr). M. Cocco avait affirmé avoir agi à la demande de l’homme d’affaires belge Benoît Chatel, condamné, en son absence, à 20 ans de réclusion criminelle dans ce dossier en février 2015.

Un autre accusé, ancien associé de Benoit Chatel, l’architecte d’intérieur monégasque Alain Deverini, avait été acquitté.

Selon la thèse retenue par l’accusation, Chatel, Deverini et Cocco auraient voulu éliminer les deux victimes, des « putschistes » supposés, afin de protéger leurs affaires en RDC. Les trois hommes avaient en effet des projets dans le négoce du bois, les machines à sous ou la loterie nationale dans l’ex-Zaïre.

Mais à l’audience M. Cocco, cheveux blancs et paupière basse, est revenu sur ces aveux, avec des propos souvent confus ou inaudibles. En garde à vue, « il a fallu que j’invente au fur et à mesure que je parle. Je me suis perdu dans mes explications et j’ai dit des choses qui sont fausses », a-t-il affirmé d’une voix implorante. « C’est sûr que ça va être très difficile de me croire », a-t-il reconnu.

« Parodie de procès »

L’avocate générale Thérèse Brunisso avait requis 25 ans de réclusion, appelant les jurés à « faire le tri entre l’accessoire et l’essentiel » dans cette affaire où a été évoquée l’implication des services secrets français, congolais, voire américains.

Selon elle, l’implication de Cocco ne faisait pas de doute et c’est d’ailleurs à cause de lui que le rendez-vous avait été fixé à Lyon. Car l’ancien proxénète connaissait dans cette ville où il a grandi « des gens capables d’organiser un assassinat ».

Parmi ceux-ci, elle a évoqué l’implication probable de Michel Zaragoza, « indic » du commissaire Michel Neyret, l’ancien n°2 de la PJ lyonnaise. M. Zaragoza avait été entendu en février 2002 puis relâché faute de preuve.

« Ce procès est une parodie de procès. C’est un simulacre parce qu’il faut un coupable », s’est insurgée l’avocate de l’accusé, Me Solène Royon, en énumérant les multiples pistes explorées par les enquêteurs : trafic d’uranium, trafic d’or, barbouzerie. Et même l’implication de la franc-maçonnerie, a-t-elle pointé.

L’avocate a aussi rappelé que les tueurs n’avaient jamais été retrouvés après plus de dix ans d’enquête. « On vous demande de prendre 25 ans de la vie de cet homme alors que vous ne savez même pas qui a tenu cette arme », a-t-elle dit, en plaidant l’acquittement au bénéfice du doute.