Afrique du Sud : protestations pour le centenaire de l’université qui a formé Mandela

Par AFP

Des étudiants manifestent à l'Université Fort Hare le 20 mai 2016 en Afrique du Sud. © Stringer/AFP

L'université de Fort Hare en Afrique du Sud, connue pour avoir formé plusieurs leaders africains comme Nelson Mandela ou Robert Mugabe, a célébré vendredi son centenaire dans un contexte tendu par des manifestations étudiantes au sein de la faculté.

La police a utilisé des canons à eau pour disperser un groupe d’étudiants de l’université qui voulaient bloquer l’accès au complexe accueillant les personnalités invitées à la célébration du centenaire, ont rapporté plusieurs médias sud-africains.

« Ce matin, les étudiants ont essayé de construire des barricades sur la route qui mène à l’université », a indiqué vendredi à l’AFP le porte-parole de la police Khaya Tonjeni.

« Nous avons renforcé la sécurité car depuis deux jours, il y a beaucoup d’intimidation et des tentes (installées pour la cérémonie) ont été brûlées », a-t-il poursuivi alors que le président sud-africain Jacob Zuma et son homologue zimbabwéen Robert Mugabe sont présents pour la cérémonie d’anniversaire.

Après l’intervention de la police pour empêcher le blocage, les étudiants ont entamé une manifestation sur le campus de l’université.

La nuit dernière, certains étudiants avaient lancé des pierres sur des policiers avant d’être dispersés à coups de grenades lacrymogènes, selon plusieurs médias sud-africains.

Ces violences à Fort Hare s’inscrivent dans un mouvement national de protestation des étudiants qui réclament depuis un an une scolarité moins chère et de meilleures conditions pour étudier.

Plusieurs universités du pays ont été fermées en février après l’incendie de bâtiments. Un auditorium de l’université de Johannesburg a été également incendié cette semaine.

« Brûler des écoles, des bibliothèques et des bâtiments universitaires revient à brûler le futur », a réagi le président sud-africain Jacob Zuma qui s’exprimait à Fort Hare pour la cérémonie du centenaire.

« Il n’y a pas de justification à la violence et à l’anarchie, particulièrement dans un pays où les gens ont la liberté d’expression », a-t-il poursuivi.

Fort Hare est connue pour être l’université qui a formé les élites noires sur le continent africain, à l’époque où le gouvernement raciste de l’apartheid réservait les meilleures facultés pour les Blancs.

Dans son discours vendredi à la tribune, le président zimbabwéen Robert Mugabe a souligné qu’il avait « changé » dans cette université et découvert son « identité et sa personnalité africaine ».

Usant de sa traditionnelle rhétorique anti-Occident, le chef d’Etat de 92 ans, au pouvoir depuis 1980, a rappelé qu’il ne comptait pas démissionner.

« Au Zimbabwe, (les Occidentaux) ont dit qu’il y aurait un changement de régime mais j’ai répondu que ça n’arriverait jamais », a-t-il déclaré.

Outre Nelson Mandela et Robert Mugabe, l’ex-président zambien Kenneth Kaunda ou encore l’ancien chef d’Etat tanzanien Julius Nyerere ont aussi été formés à Fort Hare.

Dans son autobiographie, Nelson Mandela décrit Fort Hare comme un mélange « d’Oxford, Cambridge, Harvard et Yale dans une seule université ».