Guinée : le débat autour d’un éventuel 3e mandat d’Alpha Condé fait rage

Par - à Conakry

Panneau de soutien au président Alpha Condé lors de la présidentielle d'octobre 2015. © Youssouf Bah / AP / SIPA

L’année 2020 est certes encore bien loin mais l’éventualité d’un troisième mandat d’Alpha Condé fait déjà débat en Guinée.

Dans les médias locaux, les taxis, tous les lieux publics, c’est le sujet de discussion favori depuis la déclaration du président guinéen en conférence de presse, dimanche 15 mai, selon laquelle il revient au peuple de Guinée de décider de son avenir politique.

« Dans un pays, ce n’est pas à vous de décider, c’est le peuple. Personne, je dis bien, personne ne me dira ce qu’il faut faire, excepté le peuple de Guinée. J’ai un programme de cinq ans que j’applique pour satisfaire le peuple de Guinée. Je ne rentrerai pas dans ce débat de limitation de mandats », a répondu Alpha Condé à la question de savoir si le fait pour lui de fréquenter des pays à démocratie douteuse n’augurait pas de son ambition à se maintenir au pouvoir au-delà du délai constitutionnel.

Cellou Dalein Diallo réagit

Pour Alpha Condé, seuls comptent les avantages qu’il tire de ses relations bi et multilatérales. « Nous en avons assez qu’on invective : l’Afrique, l’Afrique… L’Asie du Sud-Est dont on vante tant les mérites s’est développée comment ? Est-ce que ce sont des démocraties ? La Malaisie ? Pourquoi vous ne voulez pas que je collabore avec Kagamé ? Non, je n’ai aucun complexe. Chaque président est libre, en fonction de son peuple, de faire sa politique ».

De son côté, Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition, craint que « cette déclaration donne lieu à une nouvelle transition. Les Guinéens ne voudront pas du tout que leur Constitution soit modifiée. Il y aura un choix à faire avec des conséquences et j’espère que Alpha Condé fera le bon choix, pour la démocratie et pour lui-même. » Et le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de se réjouir de la réaction de l’ambassadeur des États-Unis en Guinée, Dennis Hankins, qui s’est dit convaincu qu’ après les révolutions burkinabé et sénégalaise aucun projet de modification du mandat présidentiel ne prospérerait en Afrique de l’Ouest.

Verrou constitutionnel

« À la différence des autres pays, en Guinée, les dispositions constitutionnelles relatives au nombre et à la durée du mandat présidentiel sont intangibles. Elles ne peuvent en aucun cas faire l’objet de révision », coupe court le juriste Mohamed Camara, citant d’abord l’article 27 de la Constitution guinéenne qui dispose qu’ « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ».

Enfin, l’article 154 verrouille le dispositif : « La forme républicaine de l’État, le principe de la laïcité, le principe de l’unicité de l’État, le principe de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs, le pluralisme politique et syndical, le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’une révision ».

Cette garantie constitutionnelle induit Mohamed Camara à estimer que l’affaire dans son ensemble n’est qu’une tempête dans un verre d’eau. « L’idée d’un troisième mandat est sans objet en Guinée. C’est juste un essai pour tâter le terrain ou détourner l’attention populaire des questions brûlantes du scandale de corruption soulevé par Global Witness et la revendication syndicale sur la baisse du prix du carburant… »

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