Mais que font les Obiang et la Guinée équatoriale au carnaval de Rio ?

Écrit par Mélanie Ferreira, à Rio de Janeiro

Répétition au Sambodrome de Rio de Janeiro, le 1er février 2015. © Yasuyoshi Chiba/AFP

Le financement par la Guinée équatoriale d'une école de samba pour le carnaval de Rio a suscité une petite polémique au Brésil. Mais l'intérêt des Obiang pour les défilés de chars et de passistas au sambodrome n'est pas totalement désintéressé.

Un air d’Afrique soufflait lundi dans l’avenue du Sambodrome de Rio de Janeiro à l’heure du défilé de l’école de samba Beija-Flor. Celle-ci, l’une des plus titrées de la ville, a rendu hommage aux beautés naturelles du continent africain, et plus particulièrement à celles de la Guinée équatoriale. Aux côtés des chars luxueusement décorés et des passistas (danseuses de samba) défilant devant des dizaines de milliers de spectateurs, onze artistes équatoguinéens ont réalisé un ballet exaltant la culture de leur pays. Et dans le dernier char allégorique de l’école a pris place l’ambassadeur du pays au Brésil, Benigno-Pedro Matute Tang, vêtu d’un costume traditionnel, customisé à la mode carnavalesque.

Affiche annonçant le défilé de l’école Beija-Flor.

Jusque là rien de bien nouveau sous le soleil de Rio, où il est courant que les écoles de samba choisissent le thème de l’Afrique pour leur défilé. Exaltation des racines africaines du samba et transmission d’une histoire dont plus de la moitié des Brésiliens sont héritiers. Mais cette année, l’hommage de Beija-Flor à l’Afrique et plus particulièrement à la Guinée équatoriale a créé la polémique. Selon le journal brésilien O Globo, le président Teodoro Obiang – qualifié de "dictateur" – aurait offert à l’école 10 millions de reais, soit plus de 3 millions d’euros, pour financer son défilé.

Du côté de l’ambassade de Guinée équatoriale, on parle de moins 5 millions de reais (sans toutefois pouvoir donner de somme exacte), en guise de "contributions d’acteurs culturels guinéens pour l’expansion de la culture de leur pays". De fait, belle vitrine que celle du Carnaval de Rio, l’un des plus grands spectacles de la planète. Pour l’occasion, une quarantaine de représentants de Guinée équatoriale ont fait le déplacement dans la "Ville merveilleuse". Le fils du président, Teodoro Obiang Mangue, ainsi que plusieurs ministres ont pris leur quartier au sein du luxueux Copacabana Palace, avant d’assister au défilé de Beija-Flor et à la mise en scène carnavalesque de la culture bantu dans le Sambodrome.

Un membre de l’école de samba Beija-Flor devant des allégories des chars du futur défilé. © Reuters

La participation au carnaval de Rio est devenue une tradition pour la présidence guinéenne qui depuis plusieurs années déjà loue une loge privée au Sambodrome pour assister au défilé. En 2013, le vice-président Teodoro Obiang Mangue, qui aurait plusieurs appartements au Brésil, avait déjà participé au carnaval de Salvador qui avait défilé sur le thème de la Guinée équatoriale. La même année, l’école de Beija-Flor avait été invitée à défiler lors de la célébration du 45e anniversaire de l’Indépendance. C’est là qu’auraient commencé les premières négociations sur un partenariat entre la Guinée équatoriale et l’école carioca.

Entre 2003 et 2013, les échanges commerciaux entre la Guinée équatoriale et le Brésil sont passés de 3 à 700 millions de dollars !

Mais l’attrait particulier du vice-président pour le Brésil et le Carnaval n’expliquent pas tout. Derrière cette opération de promotion de la culture équato-guinéenne se dessine l’influence grandissante de ce petit pays du Golfe de Guinée dans les pays lusophones. Depuis la mi-2014, le 3e producteur de pétrole africain est membre à part entière de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), avec laquelle elle a intensifié ses échanges. Selon l’ambassade de Guinée équatoriale créée il y a 10 ans à Brasilia, le Brésil, sous l’impulsion de Lula, est devenu le principal partenaire économique du pays, dans le secteur de l’agriculture et dans celui du bâtiment notamment. Pas moins de cinq entreprises brésiliennes de construction ont des contrats avec la Guinée équatoriale pour aider à mettre en œuvre les programmes sociaux du pays : "routes pour tous", "de l’eau pour tous", "une maison pour tous"…

Entre 2003 et 2013, les échanges commerciaux entre la Guinée équatoriale et le Brésil sont passés de 3 à 700 millions de dollars ! Une liaison aérienne directe a été créée entre São Paulo et Malabo pour faciliter les déplacements entre les deux pays, qui "[marchent] sur le chemin du bonheur", selon l’expression consacrée du premier vers de l’hymne national équatoguinéen… repris en chœur par l’école Beija-Flor pour le titre de son samba.

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Mélanie Ferreira, à Rio de Janeiro

 

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