Israël : Sara Netanyahou, le boulet

©

Réputée pour ses frasques et ses lubies, Sara Netanyahou, l'épouse du Premier ministre israélien, a été rattrapée par un scandale qui pourrait, à deux mois des législatives, ruiner les ambitions de son mari.

"Quiconque veut attaquer ma politique de manière pertinente est le bienvenu, mais laissez ma famille tranquille." En pleine campagne électorale, Benyamin Netanyahou a choisi Facebook pour répondre à l’offensive médiatique qui le vise depuis que Sara, son épouse, doit répondre de l’accusation de détournement de fonds. L’affaire, pour le moins rocambolesque, concerne le recyclage de bouteilles achetées et consommées par le bureau du Premier ministre. Ces dernières années, Sara Netanyahou se serait personnellement octroyé la consigne reçue en échange de bouteilles vides, alors que cette somme aurait dû atterrir dans les caisses de l’État.

Le fricotage, baptisé Bottlegate par la presse israélienne, se chiffrerait à 24 000 shekels (environ 5 000 euros), selon des témoignages recueillis par le quotidien Haaretz. Si le larcin peut sembler dérisoire, l’opinion publique a été stupéfaite d’apprendre que la femme la plus dédaigneuse du pays se prête à une activité réservée habituellement aux plus démunis. Du coup, ces révélations ont déclenché une avalanche de photomontages sur les réseaux sociaux, dans lesquels une indigente Sara apparaît sous les traits d’une mendiante poussant un Caddie rempli de bouteilles en plastique. Un cliché dégradant aux antipodes du statut d’épouse d’homme d’État qu’elle a toujours affiché avec arrogance.

1 million de shekels de dommages et intérêts

Le scandale est d’autant plus préjudiciable que Benyamin Netanyahou aurait fermé les yeux sur ce trafic. Très embarrassé, le procureur général de l’État, Yehuda Weinstein, envisage l’ouverture d’une enquête judiciaire. Même si la procédure n’aboutissait pas à une inculpation, elle briserait certainement les ambitions de l’actuel chef du gouvernement israélien, qui rêve d’un troisième mandat. Et pour ne rien arranger, le contrôleur de l’État, Yossef Shapira, s’est engagé à publier le rapport que ses services ont rédigé sur "l’affaire des bouteilles". "Bibi" crie au complot : les attaques calomnieuses contre lui et son épouse visent "à faire tomber le Likoud et à favoriser l’arrivée au pouvoir de la gauche".

Toujours très solidaire, le couple Netanyahou doit également faire face aux accusations de la deuxième chaîne de télévision israélienne. Des documents présentés au JT épinglent leurs achats excessifs de boissons alcoolisées : 100 000 shekels dévolus aux plaisirs de l’ivresse en l’espace de deux ans. Un chiffre que le bureau du Premier ministre a bien du mal à justifier. "En 2013 et 2014, les dépenses journalières à la résidence s’élevaient à une bouteille de vin en moyenne", peut-on lire dans un communiqué.

Il se trouve que trois anciens employés ont récemment brisé le silence et porté plainte contre les Netanyahou pour "conduite abusive". Leurs témoignages, déposés au tribunal du travail de Jérusalem, accablent en réalité Sara, accusée de terroriser constamment son personnel, surtout après avoir avalé de grandes quantités d’alcool. "Je me souviens très bien de ses changements d’humeur qui conduisaient à des cris, des humiliations et, plus généralement, à un comportement inapproprié", écrit Guy Eliyahu. Qui évoque une "atmosphère de peur parmi les employés", dont certains étaient effrayés à l’idée d’aller lui servir une boisson dans sa chambre.

"Au cours des vingt mois pendant lesquels il a été employé dans la résidence du Premier ministre, vingt-neuf personnes ont quitté leur poste, et pas d’une manière plaisante", précise l’avocat de Meny Naftali, ancien intendant et garde du corps de Sara. Le plaignant réclame près de 1 million de shekels de dommages et intérêts pour mauvais traitements. "Il arrivait qu’elle me réveille en pleine nuit parce que j’avais acheté du lait dans un emballage en plastique et non en carton, ou qu’elle me jette un vase à la figure car il n’était pas rempli de fleurs", raconte Naftali. "Jamais une telle chose ne se produirait à l’Élysée", lui hurlait Sara à la moindre occasion.

Une femme exécrable et manipulatrice

Le comportement maniaco-dépressif de la première dame contribue à alimenter l’image d’une femme exécrable et manipulatrice, largement relayée par la presse israélienne, pour qui les frasques de Sara Netanyahou s’apparenteraient presque à un marronnier. Depuis 1996, date du début du premier mandat de son époux, il ne s’est pas passé une année qui n’ait apporté son lot de révélations embarrassantes, comme le renvoi d’une baby-sitter pour avoir brûlé le plat de ses deux fils, ou bien d’un jardinier dont elle n’aimait pas le travail. En août 2011, une Népalaise chargée de soigner le père de Sara Netanyahou accusa celle-ci de l’avoir bousculée, frappée et menacée de renvoi. À l’époque, le démenti du bureau du Premier ministre fut plus nuancé : "L’épouse du chef du gouvernement a accusé l’employée de négligence mais nie qu’il y ait eu le moindre contact physique", concluant, comme de juste, à "une volonté de nuire et de gagner de l’argent".

Au fil des années, l’épouse de "Bibi" est devenue la femme la plus détestée d’Israël. Ses rares défenseurs voient en elle une réplique autoritaire de Hillary Clinton quand son mari, Bill, dirigeait la Maison Blanche. Ses détracteurs, nombreux et féroces, hésitent plutôt entre Elena Ceausescu et Mimi Papandréou. En plus d’emprunter à ses aînées quelques traits de – fichu – caractère, Sara Netanyahou, 56 ans aujourd’hui, s’est illustrée par son goût pour les fastes du pouvoir, ce qui a toujours irrité au plus haut point les caciques du gouvernement. De tribunes d’honneur en voyages officiels, Sara a coutume de s’emporter quand les caméras la négligent trop à son goût. En novembre 2013, elle s’était même invitée à Moscou pour une séance de shopping pendant que son mari rencontrait le président Vladimir Poutine afin de le dissuader de conclure un accord avec l’Iran.

Née dans le nord d’Israël, Sara Ben Artzi est issue d’une famille modeste. Fille d’un couple d’universitaires traditionalistes – son père, Shmuel, enseignait la Torah -, elle raconte avoir vécu son enfance non loin de Haïfa, dans l’ombre de ses frères, tous trois lauréats d’un concours de culture biblique. L’un d’entre eux rejoignit d’ailleurs très vite les colons de Hébron, en Cisjordanie. Après un premier mariage raté, elle renonce à une carrière de psychologue et travaille comme hôtesse de l’air pour la compagnie El Al. L’ascenseur social ne la surprendra pas en plein vol, mais dans le duty free de l’aéroport d’Amsterdam, où elle rencontre Benyamin Netanyahou, figure montante de la droite israélienne. Leur relation est discrètement officialisée en 1989, alors que Sara est enceinte de quatre mois. Il se murmure, depuis, qu’elle tient son homme d’une main de fer.

Goût du luxe

Sara a en tout cas imposé le goût des voyages luxueux à sa douce moitié. Ces dernières années, le couple a été maintes fois épinglé par la presse pour ses dépenses incongrues. L’opinion garde en mémoire le "Bedingate", soit les 127 000 dollars (111 000 euros) dont s’est acquittée la présidence du conseil pour installer une chambre avec lit double dans l’avion qui emmenait le couple Netanyahou à Londres assister aux obsèques de Margaret Thatcher, en avril 2013. Quelques années auparavant, en juillet 2006, lors d’un séjour à Londres, ils auraient accumulé 25 000 euros de notes de frais, entre nuits d’hôtel, restaurants, salons de coiffure et places de théâtre. Alors chef de l’opposition israélienne, Benyamin Netanyahou était venu défendre l’offensive contre le Hezbollah au Liban. Sara n’a pas dû le comprendre ainsi.

Campagne puérile

Depuis que les différentes formations politiques israéliennes sont entrées en campagne, la bataille fait rage entre le Likoud et le Parti travailliste, lequel vient d’opérer un virage au centre avec l’arrivée de l’irréductible Tzipi Livni. "C’est lui ou nous", martèle "Bougie" Herzog, chef de file de la gauche israélienne, faisant allusion à Benyamin Netanyahou qui, selon lui, a conduit le pays au "désastre". "Nous sommes les vrais sionistes", renchérit Livni. Le Premier ministre sortant a choisi la dérision pour répondre à ses détracteurs. Dans son dernier clip de campagne, il apparaît dans le rôle d’un "Bibi-sitter" chargé de veiller sur deux enfants particulièrement dissipés : Tzipi et Bougie.