Irak : Saddam Hussein, la corde du pendu, le prix du remord

Dans le salon de Moaffaq al-Roubaï, un buste du dictateur. © Sabah Arar/AFP

Il y a huit ans, Saddam Hussein n'exprima aucun remords au pied de la potence. Un ancien opposant, rancunier, met en vente la corde qui servit à son exécution.

Étrange lot pour une mise aux enchères… La corde qui, par un petit matin blême de décembre 2006, servit à pendre Saddam Hussein est à vendre. Son détenteur – à l’époque conseiller à la sécurité nationale sous le gouvernement irakien de transition – en demande au minimum 7 millions de dollars (6,2 millions d’euros) et espère voir ce prix s’envoler. À en croire le journal arabophone Al Araby Al Jadeed, basé à Londres, qui a dévoilé l’information le 3 février, des hommes d’affaires koweïtiens, une institution religieuse iranienne et une famille israélienne se bousculent déjà pour acheter l’instrument du supplice.

Derrière cette vente pour le moins sinistre, il y a une histoire, celle de son instigateur : Moaffaq al-Roubaï, 67 ans, est celui qui a tiré l’escabeau sous les pieds du raïs. Il a ensuite précieusement conservé cette corde dans le salon de sa demeure, au nord de Bagdad, et lui a donné une seconde vie en l’enroulant autour d’un buste en cuivre à l’effigie du dictateur déchu. Chaque jour, il revoyait ainsi la scène de pendaison. 

Une sorte d’exutoire pour cet ancien opposant à Saddam, cofondateur du parti chiite irakien Dawa dans les années 1980, torturé à plusieurs reprises puis condamné à mort par contumace après s’être enfui en Grande-Bretagne, où il réussit à terminer des études de médecine entamées à Bagdad et exerça comme neurologue pendant vingt-quatre ans.

"J’espérais qu’il se reprentirait de ses crimes"

En 2003, lorsque George W. Bush décide de déclencher une guerre en Irak, il rentre au pays et collabore avec les Américains. "Au moment où je conduisais Saddam Hussein à la potence, j’espérais qu’il se repentirait des crimes qu’il avait commis contre son peuple. Il n’a rien dit !" témoigne Roubaï dans le journal britannique The Independent. Il compte bien, à titre posthume, lui faire payer cette absence de remords très, très cher.