Guinée-Bissau : le président Vaz limoge une nouvelle fois son gouvernement

Par Jeune Afrique avec AFP

José Mário Vaz, le 3 mars 2014, alors candidat à la présidentielle. © Sylvain Cherkaoui pour J.A.

La nouvelle était attendue. Le président bissau-guinéen José Mario Vaz a relevé de ses fonctions le gouvernement et a demandé au parti au pouvoir de lui proposer une nouvelle équipe, afin de sortir le pays de la crise politique, dans un message à la nation jeudi.

José Mario Vaz a ainsi renvoyé la balle dans le camp de sa formation, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir), dont le chef, son ancien Premier ministre Domingos Simoes Pereira, l’invitait plutôt à dissoudre le Parlement et convoquer des élections anticipées.

« J’ai pris une décision qui responsabilise les partis politiques en leur donnant l’occasion de prouver qu’ils placent l’intérêt supérieur de la nation et du peuple au-dessus de leurs intérêts personnels ou de groupe ou de parti », a-t-il déclaré dans cette allocution retransmise par les radios et télévisions.

Les ministères placés sous le contrôle des forces de sécurité 

« Il reviendra au parti qui a remporté les élections législatives la responsabilité de proposer un gouvernement capable de mériter la confiance de la majorité parlementaire », a encore dit le président Vaz, en référence au PAIGC.

Le parti au pouvoir a entamé une réunion pour décider des suites à donner à cette annonce. Les ministères ont été placés sous le contrôle des forces de sécurité, selon des témoins et des sources de sécurité.

Le chef de l’État a expliqué avoir choisi entre trois options pour surmonter la crise : un remaniement en profondeur du gouvernement dirigé depuis septembre 2015 par Carlos Correia, un vétéran du PAIGC, des élections anticipées, ou la formation d’un nouveau gouvernement.

Pas d’élections anticipées 

« Les élections législatives anticipées ne sont pas un moyen adéquat pour résoudre les problèmes de discipline, de cohésion et d’unité interne des partis politiques », a-t-il affirmé.

La crise a éclaté en août 2015 lors du limogeage par le président Vaz de Domingos Simoes Pereira, son Premier ministre depuis quatorze mois, une décision alors rejetée par le PAIGC. Entre les deux hommes, la mésentente était notoire.

La crise avait semblé se régler avec la nomination de Carlos Correia sur proposition du PAIGC avant de se rallumer lors de l’échec de la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre en décembre, en raison de l’abstention de 15 députés frondeurs, qui ont depuis été exclus du parti, désormais privé de majorité parlementaire.

La communauté internationale a « atteint la limite de sa patience »

Cette nouvelle secousse politique pourrait définitivement décourager la communauté internationale dans son aide financière au pays. En février dernier, les principaux bailleurs du pays ainsi que la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avaient d’ailleurs fait part de leur exaspération.

« La communauté internationale pourrait être fatiguée de vos crises qui n’en finissent pas », elle « a atteint la limite de sa patience », s’était énervé l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, chef de la mission du Groupe de contact de la Cedeao sur la Guinée-Bissau. Un appel qui n’a visiblement pas été entendu.

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