Sable Mining : Phil Edmonds et Andrew Groves, un tandem controversé

Dans les années 70 et 80, Phil Edmonds a été l’un des joueurs de cricket les plus brillants mais aussi les plus controversés de sa génération. © DR

Les deux managers britanniques sont à l'origine du groupe minier Sable Mining, actif dans le fer et le charbon en Afrique subsaharienne et épinglé dans un rapport rendu public cette semaine par l'ONG Global Witness. Portraits de deux dirigeants controversés.

Phil Edmonds, 65 ans

Né en 1951 en Rhodésie du Nord, aujourd’hui la Zambie, Phil Edmonds, est le fils de l’homme d’affaires Douglas Edmonds, l’un des rares partisans blancs du mouvement indépendantiste de libération de Kenneth Kaunda, le premier président du pays libéré de la tutelle britannique en 1964.

Un choix qui n’a guère profité à Edmonds senior après l’indépendance, le nouveau pouvoir préférant privilégier d’autres entrepreneurs que lui, ce qui a laissé son fils amer sur l’idéalisme non récompensé de son père. Au contraire de l’idéalisme de son géniteur, Phil Edmonds a développé un sens de l’opportunisme et du pragmatisme, mais en misant comme lui en priorité sur l’Afrique, un continent dont il se revendique, puisqu’il y est né.

Dans les années 70 et 80, Phil Edmonds a été l’un des joueurs de cricket les plus brillants mais aussi les plus controversés de sa génération. Mike Brearley, son capitaine de l’équipe d’Angleterre à l’époque le décrit comme l’un des joueur les plus difficiles qu’il ait eu à gérer, avec un talent et une intelligence du jeu rare, mais aussi et surtout une agressivité sans limite qui inspiraient la crainte aux plus grands batteurs de ce sport, prisé en Grande-Bretagne et dans tout l’ancien empire britannique. Successeur logique de Brearley au poste de capitaine de l’équipe nationale, il n’a finalement pas pris sa suite, en raisons plusieurs altercations avec lui, se recyclant dans les affaires à partir de 1986.

Le cricket est pour lui une bonne porte d’entrée auprès des investisseurs de la City, souvent des aficionados de ce sport. Allié avec son associé de toujours Andrew Groves, il s’est lancé dans le secteur minier, privilégiant logiquement le continent. Sur le second marché londonien – l’Alternative Investment Market (AIM) – on l’a vu utiliser les mêmes techniques qui ont fait son succès dans le cricket alliant un sens inné de l’opportunisme et du bluff. Selon Global Witness, sur l’AIM, « il a vite compris que pour faire de l’argent dans les mines africaines, point n’est besoin d’avoir des mines profitables : il suffit d’avoir des investisseurs ayant confiance dans les dirigeants des sociétés qui y sont cotées. »

Andrew Groves, 48 ans

Né en 1968 en Rhodésie du sud, aujourd’hui le Zimbabwe, Andrew Groves est beaucoup moins connu des médias que son partenaire Phil Edmonds.

Fils d’un officier de police ayant service les deux régimes avant et après l’indépendance du pays, il s’est établi dans le sud de l’Angleterre après des études au Zimbabwe puis en Afrique du Sud, selon le site web de Sable Mining dont il est le directeur général (CEO). Il est d’abord connu pour ses talents commerciaux.

« Il vendrait de la glace à des Eskimos » dit l’un de ses anciens associés, dont les propos ont été recueillis par Global Witness. Selon les personnes interrogées par l’ONG, aussi charmeur soit-il avec ses partenaires et clients, il peut aussi se transformer en  une personne menaçante, n’hésitant pas à recourir à des « sociétés de sécurité » pour faire pression sur des personnes avec lesquelles il est en conflit d’affaires, ainsi qu’il l’a notamment fait en Afrique du Sud avec son ancien associé Heine van Niekerk, jadis représentant de Sable Mining au Liberia, mais aussi à l’encontre de son associé au Mozambique, Vivek Solanki.

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