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NSIA accélère son développement

Par Jeune Afrique

Devenu un acteur majeur de l'assurance en Afrique francophone, le groupe ivoirien modernise ses structures et se diversifie dans la banque et l'immobilier.

Peu de monde aurait parié sur Jean Kacou Diagou, au début des années 1990, lorsque, dans son bureau d’Abidjan, il rêvait de créer une société d’assurances africaine à vocation continentale. À l’époque, le marché est peu porteur et les groupes français sont bien implantés. D’ailleurs Jean Kacou Diagou, discret patron, dirige depuis 1983 la filiale ivoirienne de l’Union des assurances de Paris (UAP), groupe public français en cours de privatisation. Élu président de la Fanaf (Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines) en février 1990, Kacou Diagou se lance dans la restructuration du secteur. « Un petit comité a travaillé à l’élaboration d’une réforme, explique-t-il. Puis, nous avons proposé, contre l’avis de beaucoup, l’idée d’une réglementation commune aux ministres de la zone franc. »

Deux ans plus tard, les ministres signent, le 10 juillet 1992 à Yaoundé, le traité instituant une organisation intégrée des assurances. Une date symbolique : la fin d’une législation archaïque et différente d’un pays à l’autre, la supervision et la régulation du marché étant confiées à la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima, qui réunit quatorze États). En janvier 1995, peu avant l’entrée en vigueur du traité, Kacou Diagou crée la Nouvelle Société interafricaine d’assurances (NSIA). Marié et père de cinq enfants, il a alors 48 ans. « Certains assureurs français ont vu rouge. On m’a donné deux ans pour disparaître », se souvient l’homme d’affaires. Mais personne n’ose s’attaquer à lui. Cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), on prétend alors qu’il bénéficie du soutien du gouvernement Bédié. Il ne démentira jamais…

 

20 % de croissance par an

Progressivement, NSIA développe sa philosophie : s’associer à des nationaux pour élargir son champ d’action. Ainsi s’ouvrent des filiales au Bénin (1998), au Gabon (2000), au Sénégal (2002), au Congo (2004), au Togo (2005) et au Cameroun (2007). Le groupe emploie actuellement près de 1 000 personnes dans neuf pays (essentiellement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale). En 2008, il a réalisé un chiffre d’affaires de 63 milliards de F CFA (96 millions d’euros) dans l’assurance, affichant une croissance moyenne annuelle de 20 % depuis cinq ans.

Des performances qui ont convaincu l’investisseur américain Emerging Capital Partners (ECP) de s’intéresser à NSIA. ECP gère un fonds de plus de 1 milliard de dollars, qu’il investit exclusivement dans des entreprises africaines. Fin 2008, il a annoncé son entrée à hauteur de 20 % dans le capital du groupe NSIA pour 35 millions d’euros. « Cette arrivée a notamment pour but d’accélérer notre développement régional », justifie Jean Kacou Diagou. Après le Congo-Brazzaville, le groupe s’intéresse à la RD Congo, marché encore fermé, en attendant le Mali et la Guinée… Il souhaite aussi se développer dans d’autres contrées dont le potentiel de croissance est très fort, comme l’Angola, la Tanzanie et l’Ouganda. Le partenariat avec ECP doit également permettre de structurer un peu mieux NSIA et d’améliorer sa transparence financière en adoptant des méthodes de gouvernance encore plus rigoureuses. Certification internationale de type ISO et développement des ressources humaines figurent parmi les priorités.

 

Quatrième banque ivoirienne

Autre chantier : le développement de la bancassurance. Jean Kacou Diagou est intimement convaincu de l’avenir de cette activité, qui consiste, pour une société d’assurances, à multiplier sa présence auprès des clients en s’appuyant sur un réseau bancaire. Il entend y lancer son groupe grâce au réseau de la Banque internationale de l’Afrique de l’Ouest (BIAO), rachetée à la fin de 2006. « À l’origine, nous voulions nous associer à une banque de la place, explique l’homme d’affaires, mais l’acquisition de la BIAO nous laisse beaucoup plus d’autonomie. »

Ex-filiale ivoirienne de la Belgolaise (groupe belgo-néerlandais Fortis), dirigée par Martin Djedjes, ancien directeur général d’Ecobank Côte d’Ivoire, la BIAO a réalisé un chiffre d’affaires de 22 milliards de F CFA en 2008, en progression de 34 %. NSIA mise donc sur le savoir-faire des employés pour développer la complémentarité entre les activités banque et assurances. Mais renforce en parallèle les produits bancaires classiques (comptes de dépôt, prêts à la consommation et relais, emprunts immobiliers, crédits aux entreprises…) de la BIAO, quatrième banque du pays, dont il rouvre progressivement les agences dans le pays.

Symbole cité par les refondateurs du régime de la réussite des privés ivoiriens, Jean Kacou Diagou reste secrétaire national des affaires économiques et financières du PDCI, même si beaucoup le considèrent comme un proche du président Gbagbo. D’ailleurs son frère, Jean-Baptiste Gomont Diagou, membre actif du FPI, est l’actuel maire de la commune de Cocody (Abidjan). Le patron de NSIA est néanmoins discret sur ses activités politiques et fait plus parler de lui dans les médias comme président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI, le patronat ivoirien). Il prépare actuellement un grand plan de développement de l’économie ivoirienne, dénommé « Côte d’Ivoire 2040 ». Dans le même temps, NSIA pose des jalons dans l’immobilier, « un marché appelé à une forte croissance », conclut le PDG.

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