Algérie : qu’est-ce qui fait courir Chakib Khelil ?

Après le retour de Chakib Khelil en Algérie, c'est sa tournée des zaouïas qui fait débat. © Ronald Zak/AP/SIPA

Depuis son retour en Algérie, Chakib Khelil, ex-ministre algérien de l’Énergie et des Mines, fait la une des médias nationaux. Sa tournée controversée dans différentes zaouïas (établissements religieux musulmans) du pays suscite de vives réactions auprès de l’opinion publique algérienne.

Lourdement inculpé en août 2013 par la justice algérienne qui avait lancé contre lui un mandat d’arrêt international (retiré depuis pour vice de forme) dans le cadre d’un scandale de corruption présumé dit Sonatrach 2, Chakib Khelil s’était exilé aux États-Unis pendant près de trois ans. Jusqu’au 17 mars, date à laquelle il fut accueilli en grande pompe dans la salle d’honneur de l’aéroport d’Oran. Désormais, ce sont ses déplacements religieux qui font des remous.

Après s’être rendu dans les zaouïas de Tissemsilt, Chlef, Mascara, Djelfa, Mila et Annaba, Chakib Khelil a assisté le dimanche 1er mai à la grande « waada » (cérémonie) annuelle d’un saint de la région de l’Adrar, dans la ville de Reggane. Et les images publiées sur les réseaux sociaux pouvaient laisser penser que ces milliers de fidèles étaient venus pour soutenir Chakib Khelil…

Pourquoi ses visites dans les zaouïas font-elles réagir ?

Des visites interrompues deux fois (à Chlef et à Annaba) par des militants l’accusant d’instrumentaliser ces lieux de culte et de piété à des fins politiques. Dans la vidéo qui suit, on voit d’ailleurs un homme dénoncer la présence de Chakib Khelil dans une zaouïa à Annaba :

Ce regain de religiosité de la part de Chakib Khelil agace et intrigue en Algérie d’autant plus que ce père de deux enfants qui vivent encore aux États-Unis n’a jamais affiché de penchant débordant pour la religion. Sur les réseaux sociaux, ses compatriotes s’amusent d’ailleurs à reproduire d’anciennes photos dans lesquelles on peut voir cet amateur de Bourbon un verre d’alcool à la main.

On soupçonne Chakib Khelil de tenter de redorer son image, ternie par les scandales de corruption ainsi que par son exil aux États-Unis visant à se soustraire à la justice de son pays. Depuis son retour d’exil, l’homme multiplie les sorties médiatiques sur la chaîne privée Ennahar TV pour clamer son innocence et expliquer qu’il n’a jamais été convoqué par les juges algériens et que les accusations portées contre lui par le procureur général, qui a été démis de ses fonctions, ne sont qu’un tissu de mensonges.

Vers un retour en politique ?

Ces visites publiques et médiatiques de Chakib Khelil relancent également le débat sur le rôle des zaouïas dans la sphère politique. Loin d’être inédit, ce rapprochement avec la religion rappelle par exemple celui d’Abdelaziz Bouteflika dans les années 1990, à la veille de son accession à la présidence de la République. De retour en Algérie après une longue « traversée du désert » entamée après son retrait du pouvoir en 1981, Bouteflika avait assidûment fréquenté les zaouïas. Mais ses visites dans ces lieux de prière, de recueillement et de mysticisme qui servent aussi de relais avec les populations locales, se faisaient alors en toute discrétion.

Si l’entourage de Chakib Khelil explique que ses visites ne revêtent pas un caractère politique, les supputations sur son éventuel retour aux affaires vont bon train. Une vidéo postée le 30 avril sur Facebook, dans laquelle l’ex-ministre déclare vouloir travailler pour que « notre Algérie continue à vivre en paix et en sécurité sous une prospérité durable et une solidarité sans faille envers nos citoyens les plus vulnérables », accrédite ces rumeurs. Les prémisses d’une pré-campagne dans le cadre de la succession au président Abdelaziz Bouteflika ? Une page de soutien à la candidature de Chakib Khelil a déjà été créée le 3 mai sur le réseau social américain.

Si d’aventure l’ex-ministre de l’Énergie nourrissait des ambitions présidentielles, sa tâche serait cependant compliquée, pour ne pas dire irréalisable. Car en l’espèce, Chakib Khelil n’a pas légalement le droit de se présenter à l’élection présidentielle. L’article 87 de la Constitution algérienne, qui a été amendée en février 2016, dispose en effet que « pour être éligible à la présidence de la République, le candidat doit attester de la nationalité algérienne d’origine unique du conjoint [et] il doit justifier d’une résidence permanente exclusive en Algérie durant un minimum de dix années précédant le dépôt de candidature. »

Or l’épouse de Chakib Khelil, Najat Arafat Khelil, également inculpée dans le cadre de l’affaire Sonatrach 2, est américano-palestinienne. Surtout, Chakib Khelil, qui a quitté l’Algérie en mars 2013, a séjourné durant trois ans sans discontinuer aux États-Unis où il a d’ailleurs acquis le titre de résident. Ce qui rend son éventuelle candidature hautement improbable, voire impossible. Sauf à contourner la loi ou à modifier la Constitution.

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