Présidence au Liberia : George Weah proche du but ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

À 49 ans l'ancien footballeur est en lice pour la présidentielle au Liberia en 2017. © Glez

Avec le départ d’Ellen Johnson Sirleaf de la présidence libérienne, l’heure de l’ancien sportif George Weah a-t-elle sonnée ? D’anciens collègues footballeurs se sont essayé à la politique, avec plus ou moins de succès.

Ce n’est pas parce qu’on a raté un coup franc qu’on ne doit pas tenter le penalty suivant. Si l’ex-footballeur George Weah n’a pas réussi, en 2005, à atteindre la magistrature suprême libérienne, il se dit confiant pour la présidentielle d’octobre 2017.

Il y a onze ans, ses statistiques de match était déjà prometteuses : un peu plus de 40% des voix au premier tour du scrutin. Il a ensuite engrangé une nouvelle expérience de campagne comme candidat à la vice-présidence, en 2011, sur le ticket de Winston Tubman. Mis les mains dans le cambouis de la gouvernance en devenant, en 2014, sénateur de la région Montserrado, face à Robert Sirleaf, le fils d’Ellen Johnson Sirleaf, celle-là même qui lui barra la route du palais en 2005. Et lors du prochain penalty présidentiel, la présidente sortante ne constituera pas de mur, les règles du jeu constitutionnel l’empêchant d’être alignée sur le terrain de la campagne 2017.

Revoilà donc Georges Weah, à 49 ans, en lice pour la présidence du Liberia, soutenu par ses supporters du Congress for Democratic Change (CDC). Le succès sera-t-il au rendez-vous, pour celui qui connut une carrière sportive flamboyante couronnée par un Ballon d’Or ? Même si la présence de l’ancien footballeur dans le sérail politique ne fait plus l’objet de procès en illégitimité, une phase finale électorale n’est pas comparable à un tournoi de « balle au pied ». Les carrières politiques d’anciens footballeurs ne sont guère légion…

L’élection d’anciennes stars du ballon rond ne conduit pas toujours à une longue carrière politique

Tarak Dhiab, ancien meneur de jeu de l’Espérance de Tunis et de la sélection tunisienne, a été ministre de la Jeunesse et des Sports. Au Brésil, alors que le roi Pelé s’occupa également du portefeuille ministériel des Sports, Bebeto fut membre du Parlement, tout comme Romario qui devint également sénateur de l’État de Rio puis responsable d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la corruption du foot. L’ancien défenseur géorgien du Milan AC, Kakhaber Kaladze, fut élu à la chambre des députés, puis nommé vice-Premier ministre et ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. Oleg Blokhine, ex-Ballon d’Or et sélectionneur de l’Ukraine, fut représentant du peuple à la fin des années 1990. L’Italien Gianni Rivera est député européen, après avoir été secrétaire d’État à la Défense.

L’élection d’anciennes stars du ballon rond ne conduit pas toujours à une longue carrière politique. Élu maire de la ville de Siven, le Bulgare Yordan Letchkov sera condamné à deux ans de prison, pour abus de pouvoir et mauvaise gestion. D’autres ne seront pas élus, comme l’Ukrainien Andrei Chevtchenko qui n’obtiendra que 1,7% des voix aux élections législatives de 2012. D’autres encore navigueront en politique hors mandat électif, comme Eric Di Méco qui fut adjoint aux sports à la mairie de Marseille ou comme Basile Boli qui fut nommé secrétaire national du parti de Nicolas Sarkozy en charge du co-développement. L’Espagnol Pep Guardiola, lui, s’engage toujours pour une Catalogne indépendante, tandis que le Britannique Sol Campbell rêva, en vain, de devenir maire de Londres en ce mois de mai 2016.

Georges Weah sera-t-il le premier ex-footeux président de la République ? Il a manifestement emprunté au sportif Muhammad Ali la technique de l’intimidation prétentieuse, en déclarant notamment : « Je sais que je peux être un des meilleurs présidents au monde ». Attention, l’impatience confiante conduit parfois au hors-jeu…