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Pour la planification démocratique des objectifs économiques après une présidentielle

par

Professeur de sciences économiques et politiques, rédacteur associé de la revue Géopolitique africaine.

Des électeurs font la queue pour voter lors du premier tour de la présidentielle au Bénin, le 6 mars 2016, à Seme Podji. © Virgile Ahissou / AP / SIPA

En Afrique, l’année 2016 est marquée par quasiment une vingtaine d’élections présidentielles.

Compte-tenu des modes de scrutin, de la nature des régimes politiques et des rapports de force entre majorité et opposition, le paysage politique africain ne sera pas fondamentalement bouleversé. La plupart des présidents sortants ont été ou seront réélus, c’est vrai du Tchad et du Congo-Brazzaville, cela sera possible au Gabon, même si le Bénin tend à relativiser notre propos car les candidats Zinsou et Talon étaient nouveaux.

L’Afrique a beaucoup de mal, depuis les indépendances et surtout depuis les années 1990 où le principe d’un chemin démocratique s’avère indispensable pour accéder au pouvoir, à faire la place aux objectifs économiques que chaque Président élu doit mettre en place dès les cent premiers jours. Avant les élections et au cours des investitures, les différents Présidents étalent au grand jour un catalogue de mesures économiques et sociales qui vise à donner un souffle nouveau au pays. Ce catalogue ouvre des opportunités à l’ensemble de la population et ne repose pas souvent sur une approche « problématisante » des hiérarchies à opérer et des ressources à obtenir pour que ces opportunités deviennent réelles pour l’Etat.

De la nécessité d’une planification économique pour une démocratie politique réelle

Les présidents élus devraient, dans les cent premiers jours de leur élection, retenir deux ou trois priorités parmi les nombreuses que requière le développement pour donner du sens et de la crédibilité à leur action. Les crises politiques après les élections participent de l’absence d’un cheminement politique crédible de la part des autorités auprès des populations et de la communauté internationale. Tout le monde sait qu’en Afrique les priorités sont nombreuses et quatre d’entre elles semblent sortir du lot : la lutte contre la pauvreté, l’emploi, les systèmes éducatif et de santé.

La démocratie politique se fait sur des idées, la démocratie économique, elle, ne se décrète pas et repose sur des faits concrets

Il peut être utile de choisir deux objectifs importants, systèmes éducatif et de santé, voire trois avec l’emploi, et organiser une conférence budgétaire pendant les cent jours afin de permettre à l’État de mettre en face de ses objectifs les ressources financières, humaines, techniques à court, moyen et long termes. Sur le plan des ressources financières, les conférences budgétaires doivent de façon très claire indiquer face aux deux ou trois objectifs immédiats, comment ceux-ci seront financés en établissant un partage entre les ressources internes et les ressources étrangères. Cette façon de faire va obliger le président élu et les États à réfléchir sur une comptabilité patrimoniale à établir, qui devra tenir compte de l’ensemble des ressources de la nation. La démocratie politique se fait sur des idées, la démocratie économique, elle, ne se décrète pas et repose sur des faits concrets.

La planification n’est pas un outil dépassé mais à valoriser dans le champ politique africain

La plupart des pays africains oublient en chemin la démocratie économique et se contente de raisonner sur les idées politiques. Un dicton populaire ne dit-il pas que « ventre affamé n’a point d’oreille » ? La démocratie économique permet aussi de réfléchir sur le mode de gouvernance économique de l’État. Faut-il adopter un libéralisme global ? Quelle place peut-on faire à un interventionnisme stratégique de l’État vis-à-vis des bailleurs de fonds étrangers ? Comment, dans cette vision stratégique sauvegarder les intérêts de la nation ? L’élection présidentielle en Afrique n’est pas une fin en soi. L’enjeu politique qu’elle suscite est important car les Africains doivent savoir quels sont leurs gouvernants et leurs modèles politiques de gouvernance. Cela ne suffit pas. Il faut introduire une dose très forte du travail économique dans le champ politique. C’est à ce prix que la démocratie politique deviendra un élément de référence et favorisera l’alternance apaisée en Afrique.

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