En Angola, la chute des prix du pétrole aggrave la crise sanitaire

Par Jeune Afrique avec AFP

Centre d'accueil des urgences, dans un hôpital en Angola, en janvier 2010. © Darko Bandic/AP/SIPA

Avec la crise du pétrole, le budget des hôpitaux a baissé de 50 %, déplore un professionnel du secteur de la santé en Angola. Une situation aggravée par l'épidémie de fièvre jaune qui frappe le pays, la pire depuis trente ans.

Hôpitaux surchargés, mortalité infantile record, manque criant de matériel : l’épidémie de fièvre jaune qui frappe l’Angola met en lumière l’état déplorable des services publics de santé, aggravé par la chute des cours du pétrole qui touche le deuxième producteur africain d’or noir.

Domingos Ngozulu, responsable de l’entretien d’une résidence de Luanda, a perdu récemment son premier enfant. En décembre, 24 heures après la naissance du bébé qui souffre de problèmes respiratoires, la famille est mise à la porte du centre pédiatrique public du quartier de Talatona, dans la capitale angolaise.

« Le médecin nous a dit que le bébé allait bien, qu’il avait juste bu du liquide amniotique. Il y avait une infirmière pour 20 à 30 patients », se rappelle le père de 32 ans, qui avait lui-même apporté à l?hôpital gants, désinfectant et pansements.

Son bébé meurt finalement à l’hôpital public de Maria Pia, l’un des plus grands établissements de santé de Luanda, après avoir passé quelques jours en couveuse, parfois avec deux ou trois nourrissons dans le même incubateur. Comble de l’horreur, l’hôpital lui remet le corps d’un autre bébé.

« Le système de santé fonctionnait mieux pendant la guerre (1975-2002) car les associations humanitaires nous aidaient », affirme Domingos Ngozulu. « Après la fin de la guerre en 2002, elles se sont retirées car elles estimaient que l’État était assez riche. »

Aujourd’hui, l’Angola enregistre le pire taux de mortalité au monde parmi les enfants de moins de 5 ans, avec 167 décès sur 1 000 naissances.

« Le système de santé angolais est gratuit et entièrement assisté par l’État. Il n’y a quasiment pas d’impôts. Or le budget de l’État dépend totalement du pétrole », explique Hernando Agudelo Ospina, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Angola.

Avec la chute des cours du pétrole, le pays se trouve privé de ressources vitales. À tel point que Luanda a demandé en avril l’assistance financière du Fonds monétaire international (FMI).

« Avec la crise du pétrole qui a débuté en 2015, le budget des hôpitaux a baissé de 50 % », constate Luis Bernardino, médecin à l’Hôpital pédiatrique public de Luanda, dans le centre-ville.

« Les salaires n’ont pas été affectés mais le budget biens et services (notamment les médicaments) si », ajoute-t-il. Dans son établissement, 25 personnes meurent chaque jour, en majorité du paludisme, la première cause de mortalité en Angola selon l’OMS.

Train de vie fastueux

Depuis décembre, une grave épidémie de fièvre jaune, la pire depuis trente ans en Angola, vient encore gonfler le nombre de victimes d’un système sanitaire en totale déliquescence.

La fièvre jaune, qui se transmet par les moustiques, a fait 258 morts sur 618 cas confirmés, selon les derniers chiffres de l’OMS.

L’épidémie est cependant en train de reculer, affirme Hernando Agudelo Ospina. Une campagne de vaccination financée par l’Etat avec l’aide de l’OMS a permis d’immuniser 6 millions de personnes, quasiment toute la ville de Luanda, l’épicentre.

Face à la situation sanitaire désastreuse, la colère est néanmoins palpable dans la population et vise le train de vie fastueux du chef d’Etat Jose Eduardo dos Santos et de sa fille Isabel, milliardaire et femme la plus riche d’Afrique, selon le magazine américain Forbes.

Sur les réseaux sociaux, d’insoutenables vidéos montrent un flot ininterrompu de familles lavant leurs morts, souvent des enfants, dans la cour d’un hôpital public de Luanda avant de les placer dans des cercueils.

« Les gens ne veulent même plus aller à l’hôpital public quand ils sont malades car ils ont peur d’y mourir et savent que de toute manière on ne leur donnera pas de médicaments », affirme Adao Gonçalve, un chauffeur de 38 ans.

Se faire soigner dans un établissement privé est inabordable pour l’écrasante majorité de la population, même pour la classe moyenne. Une journée d’hospitalisation peut vite dépasser des milliers de dollars.

Les malades « préfèrent s’éteindre à la maison ou avoir recours à la médecine traditionnelle », ajoute Adao Gonçalve, alors que sa belle-mère, hospitalisée pour un problème aux yeux, n’est jamais ressortie.

« On ne sait toujours pas de quoi elle est morte », soupire-t-il.