Qui est « L’homme jaune » algérien, à l’affiche du Grand marché de l’art contemporain à Paris ?

Par Jeune Afrique

"Nous sommes vous". © Facebook/L'Homme jaune

En couverture du catalogue 2016 du Grand marché de l’art contemporain (GMAC), « L’homme jaune » intrigue et ébranle. Derrière ce pseudonyme, un jeune algérien qui tisse sa toile en transformant le moche sociétal en beau artistique.

Cyniques, aguicheurs et familiers, ses tableaux dans l’air du temps agissent comme des miroirs grossissants de la société algérienne et de l’actualité internationale. Plusieurs d’entre eux revisitent des grands classiques artistiques, et tous éclaboussent l’homme moderne de ses défauts, poussant les formes à bout pour « mettre à nu la laideur intérieure ».

Ayant déjà fait leur effet un peu partout en Europe, ses œuvres feront une halte au GMAC de Bastille, qui se tiendra du 28 avril au 2 mai. Derrière ce mystérieux « homme jaune », se cache Yasser Ameur, bientôt 27 ans et originaire de Mostaganem. S’il préfère généralement laisser parler son art et son alter-ego coloré, il a accepté de se livrer à Jeune Afrique, désireux de partager ses coups de pinceaux, ses coups de gueule et ses coups de cœur.

Facebook/L'Homme jaune

"Le Selfie". © Facebook/L’Homme jaune

Jeune Afrique : Comment êtes-vous tombé dans le chaudron artistique ?

Yasser Ameur : Mon père était artiste et j’ai donc baigné très tôt dedans. Comme j’avais des problèmes à interagir avec les gens étant enfant, l’art me permettait de m’exprimer et de m’évader. Après avoir vu à quel point ça a été difficile pour mon père au quotidien, j’ai suivi des études de biologie… Mais c’était plus fort que moi, et après un master en design et environnement en 2011, je suis revenu à l’art !

Comment est né « L’homme jaune » ?

Petit, je coloriais déjà mes personnages en jaune. Puis, il y a 4 ans, j’ai décidé de créer ce personnage appelé «L’homme jaune », symbole d’une société malade, de la perfidie et de l’individualisme ambiants. Jaune, comme le Christ de Gauguin ou comme le rire hypocrite, dit “Dhahka Safra” (« rire jaune » en arabe). Et cela peut paraître surprenant, mais le jaune est loin d’être ma couleur préférée ! Maintenant tout le monde m’appelle « l’homme jaune », même mes parents.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je m’inspire d’un peu tout ce qui m’entoure, mais j’adore m’assoir dans un café pour dessiner. C’est mon plaisir quotidien. J’y trouve toujours un public nouveau, différent, des gens qui ne sont pas forcément initiés à l’art. Lorsque je commence à dessiner, ça suscite d’abord de la curiosité de leur part, puis de l’intérêt, et ensuite des échanges très intéressants et enrichissants. La plupart de mes idées pour mes tableaux me viennent de ces discussions dans des cafés populaires. Les artistes, ce sont eux, moi je n’interprète que ce qu’ils me racontent. En tant qu’artiste, on a la prétention de vouloir apporter quelque-chose aux gens, or ce sont les gens qui m’ont tout appris.

Etre artiste en Algérie, c’est comment ? Vivez-vous de votre art ?

C’est très pénible. Je ne suis pas engagé politiquement, mais beaucoup des sujets que je traite sont politiques. Et en Algérie, rien que le fait d’être artiste c’est un engagement en soi. Je n’ai pas été directement censuré jusque-là, mais je n’ai jamais pu exposer librement mon travail au niveau national [jusqu’à samedi, avec l’exposition indépendante et atypique Picturie Générale III, dans un vieux marché d’Alger]. Il n’existe pas encore de marché de l’art, mais plutôt un grand « souk » ! L’avantage pour l’instant, c’est que le travail des artistes algériens est donc souvent plus sincère et authentique. Mais en tant qu’artistes on est encore considérés comme des parasites, des fainéants, même auprès de nos proches.

Aujourd’hui, et surtout depuis ma collaboration avec Norty Paris mécénat, mes œuvres se vendent bien. Mais il y a deux choses que je déteste : parler argent pour mes tableaux, et les signer.

Facebook/L'Homme jaune

"Tiens un ballon, ne t'occupe pas de la politique !" © Facebook/L’Homme jaune

Vous êtes passé du street-art au cyber-art, sur les réseaux sociaux. Est-ce une façon de rendre l’art plus accessible ?

Comme je n’arrivais pas à exposer au début, je me suis rabattu sur la rue, je laissais ma trace partout où j’allais via des « attentats picturaux ». Puis j’ai créé une page sur Facebook pour y publier des images de mes tableaux, ce qui a bien marché. L’art ne doit pas se cantonner aux galeries, accessibles qu’à une certaine frange de la population. Il doit aller à l’encontre d’un public plus large, en investissant l’espace public.

Il y a plusieurs mois, je suis allé dans des villages dans le sud de l’Algérie pour y organiser des ateliers de dessin avec des enfants. Ils ont adoré et c’était une très belle expérience. J’aimerais utiliser une partie de ce que je gagne grâce à la vente de mes tableaux pour les investir dans plus de projets de ce genre.

Si vous deviez choisir un tableau pour illustrer le travail de « L’homme Jaune », lequel serait-il  et pourquoi ?

C’est difficile de choisir… Je dirais celui de « Nedjma allaitant son enfant ». Nedjma, qui représente l’Algérie, est inspirée du roman du même nom de Kateb Yacine. Le message est le suivant : ce qui nous nourris est aussi ce qui nous tue.

Facebook/L'Homme jaune

"Nedjma allaitant son enfant." © Facebook/L’Homme jaune

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"Babour Dzayer (Géricault revisité par L'Homme Jaune)". © Facebook/L’Homme jaune

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"Non au gaz de schiste". © Facebook/L’Homme jaune

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"The connected." © Facebook/L’Homme jaune

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"TERROR--IS--ME." © Facebook/L’Homme jaune

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