Présidentielle aux Comores : pourquoi la Cour constitutionnelle n’a pas encore validé les résultats ?

La queue dans un bureau de vote pour les élections présidentielles aux Comores, le 21 février 2016. © Ibrahim Youssouf / AFP

Bientôt une semaine après l’annonce des résultats du second tour des élections présidentielles organisées le 10 avril, et l’Union des Comores ne connaît toujours pas le nom de son président.

Le colonel Azali Assoumani a bien viré en tête avec 40,98 %, devant le candidat du pouvoir, Mohamed Ali Soilihi, dit Mamadou (39,87 %) et Mouigni Baraka, le gouverneur de Grande Comore (19,15 %), mais sa victoire n’a toujours pas été validée par la Cour constitutionnelle, saisie par les trois candidats, qui tous contestent le déroulement du scrutin.

L’influence d’Azali Assoumani 

L’île d’Anjouan a été, les jours précédents le vote, le terrain de tensions importantes entre les partisans de Mamadou et ceux de l’ancien-putschiste et chef de l’État entre 1999 et 2006, Azali Assoumani, soutenu pour l’occasion par son successeur jusqu’en 2011, Abdlallah Sambi, lui-même Anjouanais. Selon les observateurs de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et de l’Union européenne, 23 bureaux de vote ont été saccagés dans les régions reculées d’Anjouan, représentant un total de 11 250 électeurs. 10% du corps électoral de l’île n’a donc pas pu être comptabilisé, alors qu’à peine 2 000 voix séparent les deux candidats sur l’ensemble du territoire.

Si l’ombre des deux anciens présidents plane sur ces actes de vandalisme, l’influence d’Azali Assoumani semble avoir joué un rôle décisif dans la proclamation des résultats provisoires par la Ceni. Appelés à la plus grande prudence par Houmed M’Saidie, le ministre de l’Intérieur qui, dans une lettre datée du 14 avril, demande « de sursoir à la publication des résultats » le temps de réorganiser un vote partiel dans les bureaux détruits, les responsables de la Commission annoncent pourtant les chiffres dès le lendemain. La visite impromptue, qu’aurait rendue la même nuit le colonel Youssouf Idjihadi, compagnon d’armes d’Azali et actuel chef d’état-major de l’armée au président de la Ceni, semble avoir convaincu ce dernier d’accélérer les choses. Et de rendre la situation encore un peu plus confuse.

Les conclusions de la Cour constitutionnelle attendues ce week-end

Seule habilitée à annoncer les résultats définitifs et à proclamer le vainqueur, la Cour constitutionnelle s’est saisie du dossier dès le lendemain et devrait rendre ses conclusions avant ce week-end. Elle peut entériner les résultats intérimaires et donc confirmer l’élection d’Azali Assoumani ou demander la tenue d’un vote partiel dans les seuls bureaux concernés, ou même faire revoter l’ensemble de l’île d’Anjouan.

Quelle que sera sa décision, Mohamed Ali Soilihi, soutenu par l’actuel président Ikililou et de nombreux autres candidats, a déjà promis de la respecter. Quant à son adversaire, il a préféré jusqu’à présent éluder la question. Beaucoup craignent que le colonel ne transforme son coup de force en un nouveau coup d’État. N’a-t-il pas tenu des discours très belliqueux entre les deux tours, mimant l’égorgement en se passant le pouce devant la gorge ? Comme une menace réelle pour la jeune démocratie comorienne.

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